vendredi 19 juillet 2024

Mozart: Le Nozze di Figaro, 1786. Jérémie Rhorer Bruxelles, La Monnaie. Du 9 au 26 juin 2009

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Wolfgang Amadeus Mozart

Les Noces de Figaro
, 1786


Bruxelles, La Monnaie


Du 9 au 26 juin 2009

Jérémie Rhorer, direction

Christof Loy, mise en scène

reprise

Jubilantes Noces

Jérémie Rhorer (né en 1973 à Paris), qui vient de faire les beaux soirs du dernier festival d’Aix, avec une perle de Haydn à la jubilante juvénilité (l’Infedelta delusa), n’en est pas à son premier opéra de Mozart: Idoménée, et aussi les Nozze justement qui ont accompagné toute son année 2007, les jouant à Besançon, Lyon (en alternance avec son aîné et vénérable Christie), puis à Beaune et au TCE à Paris. Voilà donc une partition lyrique qui a marqué son apprentissage de chef, mieux, permis la maturation de son style, alliant éloquence, fougue, finesse.

Le jeune maestro français, fondateur du Cercle de l’Harmonie, ensemble sur instruments d’époque créé en avril 2005, et depuis, brillant ambassadeur des musiques de l’Esprit des Lumières dont il aime aussi à explorer en interprète nuancé, les parts d’ombre et d’incertitude, demeure l’un des jeunes chefs les plus prometteurs.
Mozartien qualifié, il a su imposé déjà, un style et un tempérament; mieux, une vision. Ainsi, au début du III de ses Nozze célébrissimes, le chef aime moduler ce passage particulier où Mozart passe, audace délectable du mi majeur au do majeur, vertige des tonalités qui exprime alors le désarroi de Suzanne à laquelle le Comte pressant, demande si elle viendra au rendez-vous. Pour Jérémie Rhorer, Mozart, divin mélodiste, structure aussi l’action, en souligne les points clés, grâce aux modulations harmoniques.

Ce qui frappe le maestro dans l’opéra, ce sont les nombreux arrières plans, la multiplicité des personnages troubles, une mosaïque d’individualités qui fait de l’opéra un tableau psychologique frappant par sa recherche de vérité émotionnelle, alors que la pièce de théâtre de Beaumarchais, éditée en 1778 (et interdite par Louis XVI), comprend explicitement une attaque contre la politique du Souverain et la société de l’Ancien Régime. Mozart et Da Ponte s’intéressent surtout à la métamorphose des coeurs en souffrance ou à la contradiction que leur dicte leurs sentiments les plus intimes: telle Suzanne, femme forte assurément mais aussi d’une posture ambiguë vis à vis du pouvoir, celui du Comte, à l’opposé de la Comtesse qui malgré ses… 23 ans, dans la pièce de Beaumarchais (!) est d’une humeur « mélancolique » voire « résignée ». Sombre et profonde (voir son air sublime qui ouvre le II: « Dove sono »…). Ce qui est captivant c’est la couleur individuelle qu’il faut apporter pour distinguer le caractère de Susanne et de la Comtesse (deux sopranos), de Figaro vis à vis du Comte (deux barytons). Cette échelle des sentiments et des coeurs affrontés est peut-être la clé pour bien réussir à jouer les Noces. Jérémie Rhorer est l’un des rares maestros à être capable d’en distiller la vérité captivante, la profondeur enivrante.

Illustration: Jérémie Rhorer (DR)

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