Mort de Dietrich Fischer Dieskau Le baryton légendaire Dietrich Fischer Dieskau s’est éteint à presque 87 ans

Mort du baryton légendaire Dietrich Fischer-Dieskau

Dietrich Fischer Dieskau est mort

Baryton racé, d’une exigence rare, expert du lied, c’est à dire diseur inégalé (chez Schubert, Strauss, Wolf ou Mahler entre autres), Dietrich Fischer Dieskau, le berlinois à la voix d’or, qui fut aussi une étoile lyrique chez Verdi, Strauss ou Mozart, s’est éteint à Starnberg (non loin de Munich), ce jeudi 17 mai 2012 à presque 87 ans. Il s’était retiré de la scène en 1992.
Né Berlinois en 1925, “DFD”, pratiquait le chant à la prussienne comme une discipline quotidienne à laquelle il associait la culture et l’extrême finesse d’un érudit et d’un esthète. Sans compromission sur son art, il a souvent refusé des engagements parce qu’ils n’arrivaient pas au bon moment dans sa carrière … le jeune baryton prodigieux marque dès l’après guerre les scènes lyriques en particulier chez Verdi, un Posa anthologique dans Don Carlo: sens inné de la phrase, articulation naturelle, timbre musical d’une rare élégance… “le” Fischer Dieskau est né: il ne quittera plus les planches ni la scène musicale. Après avoir collaboré à des hauteurs inimaginables avec les chefs légendaires, Fricsay ou Furtwängler, DFD poursuit ses engagements et ses choix de répertoires avec une intelligence exemplaire: Comte régulier dans les Noces de Figaro de Mozart à Salzbourg, Amfortas déchirant (Parsifal de Wagner), Rigoletto troublant, (et pas Boccanegra de façon surprenante), surtout Falstaff (avec Bernstein quand même), truculent et humain, Fischer-Dieskau s’impose, convainc: son naturel et sa vérité servent à chaque prise de rôle, la sincérité dramatique et scénique de ses personnages; l’acteur est à nouveau reconnu quand Aribert Reimann conçoit pour lui le Roi Lear en 1978: un nouveau défi lyrique à la hauteur de ses immenses capacités artistiques et interprétatives.
Les couleurs, l’intonation subtile et suggestive, le phrasé ciselé selon l’activité émotionnelle du verbe… tout indique chez DFD un mélodiste hors pair, l’égal des plus grands Hans Hotter ou sa contemporaine, la soprano Elisabeth Schwarzkopf. Avec eux, les lieder de Schubert, Mahler, Wolf sont poèsie pure et coulante, aux innombrables nuances poétiques. Un engagement que le chanteur qui s’adonnait aussi à la peinture, puis à la direction d’orchestre, a partagé encore et encore, et toujours approfondi avec sa dernière épouse, la soprano captivante elle aussi, Julia Varady: même chant radical et nuancé, même intelligence singulière, même “rencontre totale” entre l’interprète et le rôle qu’il a choisi. Les sceptiques en manque de passion spontanée, regrette l’abstraction d’un chant d’esthète, plus intellectuel que naturel: l’art total ne souffre aucun sacrifice; DFD nous a quitté mais il reste immortel. Son chant, sa maîtrise à force de travail, atteignent l’évidence du naturel: une obstination et la quête coûte que coûte de la perfection vocale auront réalisé une expérience unique à ce jour, que le disque et quelques images d’archives restituent aujourd’hui. Qui parmi la nouvelle génération des barytons adulés, peut revendiquer un tel accomplissement et une telle cohérence artistique?

télé, hommage: dimanche 17 juin 2012

Hommage à Dietrich Fischer Dieskau
Arte rend hommage au baryton berlinois, Dietrich Fischer Dieskau,
disparu le 18 mai dernier. Dimanche 17 juin 2012, après midi spéciale
dédiée à l’immense chanteur pour lequel l’art vocal était un sacerdoce
qui n’avait qu’un but : l’excellence. A 15h25, portrait de l’artiste par
Bruno Monsaingeon (1995). A 16h20, concert Mozart et Mahler
(1987,1991).

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