Milan : Elina Garanca chante Mascagni et Leoncavallo

Elina GarancaMilan, Scala. Mascagni, Leoncavallo. Elina Garanca, vendredi 12 juin 2015, 20h. La tradition lyrique (depuis un certain soir du Metropolitan Opera de New York en 1895) associe deux chef d’oeuvres vĂ©ristes signĂ©s Mascagni et Leoncavallo : deux tragĂ©dies « hurlantes », deux tranches de vie, suscitĂ©es Ă  l’origine par l’éditeur Sonzogno, oĂč la passion amoureuse mĂšne au crime. Dans Cavalleria, Santuzza folle de jalousie, intrigue pour que son ancien amant, Turridu soit assassiné  Dans Pagliacci,  c’est Canio, directeur d’une troupe de comĂ©diens ambulants qui tue son Ă©pouse Nedda, laquelle le trompe avec le beau Silvio
 Le scĂ©nographe Mario Martone distingue cependant l’atmosphĂšre de chaque partition : poids de la religion le jour de PĂąques, costumes d’époque pour Cavalleria ; sordide de banlieue dans Paggliacci
 autant d’indices visuels pour mieux s’immerger dans le noir venin de la jalousie, sentiment moteur et destructeur des deux courts ouvrages. La production convoque une production remarquablement engagĂ©e oĂč domine le mezzo chaud, souple, suave d’ElÄ«na Garanča qui chante une Santuzza ardente, foudroyĂ©e et haineuse. Indiscutablement, l’élĂ©ment le plus envoĂ»tant de la distribution rĂ©unie Ă  Milan.

 

 

boutonreservationMilan, Scala, vendredi 12 juin 2015, 20h.
CAVALLERIA RUSTICANA, de Pietro Mascagni
PAGLIACCI, de Ruggero Leoncavallo
Orchestre et ChƓur du Teatro alla Scala
Carlo Rizzi, direction musicale
Mario Martone, mise en scĂšne
SĂ©jour Ă  Milan (12,13 et 14 juin 2015) :
Assistez aussi le samedi 13 juin Ă  Carmen de Bizet, 20h, puis le dimanche 14 juin 2015 au
récital du ténor Jonas Kaufamnn, 20h, toujours au Teatro alla Scala de Milan.
RĂ©servations et informations sur le site de la Scala de Milan

 

approfondir
Cavalleria et Pagliacci : deux sommets du vérisme lyrique

mascagni Pietro Mascagni1La tradition de les jouer tous les deux lors d’une mĂȘme soirĂ©e comme s’ils Ă©taient le faces dĂ©sormais insĂ©parables du vĂ©risme lyrique, remonte Ă  une soirĂ©e pionniĂšre du Metropolitan Opera de New York de 1895. Deux ans les sĂ©parent seulement : ce qui en fait, deux frĂšres presque jumeaux de la tragĂ©die amoureuse vĂ©riste. La jalousie est le sentiment partagĂ© : porteur de la catastrophe. Ici les petites gens, plus misĂ©reux que les bons bourgeois offrent une tranche de vie, restituĂ©e dans sa cruditĂ© sur la scĂšne lyrique. Participant en 1888 au concours de l’éditeur Sonzogno, lui-mĂȘme rival de Ricordi, Pietro Mascagni, proche de Puccini qui l’encourage, remporte le premier prix avec Cavalleria Rusticana, d’aprĂšs la piĂšce de Verga. Le musicien originaire des Pouilles a travaillĂ© durant deux mois, et prĂšs de 18h par jour. Travail harassant qui montre une passion peu commune : l’aboutissement en est son premier et ultime chef d’oeuvre crĂ©Ă© en 1990. Certes, L’Amico Fritz de 1891 poursuit sa carriĂšre sans partager l’engouement jamais attĂ©nuĂ© de C Rusticana. 

leoncavallo Ruggero_Leoncavallo_1Sur les traces du succĂšs de Mascagni, Ruggero Leoncavallo (1857-1919) prĂ©tend lui aussi Ă  la gloire lyrique : accompagnateur besogneux aux cafĂ©s concerts de Paris, ami de Massenet, il compose en 5 mois son Paillasse / Pagliacci pour Sonzogno. C’est Toscanini qui en mai 1891 Ă  Milan crĂ©e Pagliacci : nouveau triomphe. Et second excellente intuition pour l’éditeur, dĂ©fricheur et promoteur de talents, Sonzogno. Canio le clown triste, l’amuseur tragique rongĂ© et dĂ©vorĂ© par la jalousie amoureuse devient le rĂŽle fĂ©tiche de Caruso : il ne fallait pas moins pour imposer dĂ©finitivement la partition Ă  l’opĂ©ra. A Paris, le tĂ©nor Maurel (crĂ©ateur de Iago dans Otello de Verdi) convainc Leoncavallo qui Ă©tait son ami d’ajouter un air fameux, celui du clown Canio, plus dĂ©veloppĂ© dĂšs le prologue : vĂ©ritable manifeste du vĂ©risme (et que reprend ensuite Puccini dans son triptyque, prĂ©cisĂ©ment dans le final de Gianni Schicchi oĂč le hĂ©ros agitateur philosophe s’adresse directement Ă  la foule
). Ici Canio prĂ©cise Ă  son auditoire que ce qui va se passer est une tranche de vie, frappante et saisissante par sa rĂ©alitĂ© fĂ»t-elle crue et tragique voire effrayante. 

En deux volets dĂ©sormais estampillĂ©s Sonzogno, Cavalleria et Pagliacci s’affirment tels les tenants vĂ©ristes au wagnĂ©risme ambiant. Dans le Mezzogiorno, cadre des deux actions tragiques, les personnages sont paysans donc simples voire bruts inspirĂ©s par le code de l’honneur, la passion des gens laborieux
 Cavallaria Rusticana reprĂ©sente le jour de PĂąques, la vengeance d’une femme sicilienne humiliĂ©e et trahie, amoureuse jalouse (Santuzza dont Maria Callas dĂšs 1939 offrira une mĂ©morable incarnation) qui provoque l’assassinat de celui qui l’a trahie (Turridu). Carmen de Bizet (1875) inspire la violence du drame qui frappe par son efficacitĂ© foudroyante. L’honneur sicilien imprime ici son implacable fatalitĂ©, sa machinerie tribale comme s’il s’agissait d’un fait divers. ReprĂ©senter une tranche de vie avait prĂ©ciser Leoncavallo dans son prologue manifeste.

De fait, dans Pagliacci, l’action se dĂ©place de Sicile en Calabre. La mĂšre du compositeur qui fut juge, vint Ă  arbitrer une sombre affaire de meurtre survenu lors d’une reprĂ©sentation Ă  Montalto Uffugo, un village de Calabre. Leoncavallo n’avait pas Ă  chercher loin l’intrigue de son opĂ©ra vĂ©riste, offrant une saisissante tranche de vie. L’intensitĂ© du rĂŽle de Canio tient Ă  cette obligation de faire rire alors qu’il est rongĂ© par la jalousie la plus dĂ©sespĂ©rĂ©e. Contrastes des passions qui plonge aussi dans la rĂ©alitĂ© du jeu de l’acteur
 Acteurs du drame d’Arlequin et Colombine, Canio et son Ă©pouse Nedda vivent les tensions ultimes de la passion maudite et Canio fou de douleur en mari trompĂ© cocufiĂ©, humiliĂ©, tue et Nedda et son amant Silvio.

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