jeudi, décembre 8, 2022

Massy. Opéra, le 5 novembre 2010. Giuseppe Verdi : Il Trovatore. Giuseppe Gipali, Adina Aaaron, Marzio Giossi, Mzia Nioradze, Giovanni Furlanetto. Alain Guingal, direction. Charles Roubaud, mise en scène

A ne pas rater
Flamboyant Trovatore à Massy…

Pour ouvrir sa saison 2010-2011, l’Opéra de Massy choisit de présenter à son public l’un des chefs d’œuvres de Verdi, le Trouvère. Un superbe spectacle qui laisse augurer de bien belles choses pour la suite de la saison.
Commençons par une interrogation : pourquoi avoir sonorisé la fosse d’orchestre ? Cette idée, pour le moins étrange, si elle donne aux musiciens éclat et puissance – parfois trop ; et n’aurait-il pas sonné autant sans cette sonorisation ? –, elle l’enveloppe également d’un halo et d’un écho fort gênant, rappelant les comédies musicales, loin des habitudes opératiques. Par ailleurs, il semble que les chanteurs, pourtant apparemment dotés d’instruments conséquents, aient du bénéficier du même traitement sonorisé, afin de se faire entendre à travers cette masse sonore compacte et tonitruante, ce qui fausse quelque peu la donne.
Sorti de là, saluons le travail effectué par Alain Guingal avec un Orchestre National d’Île-de-France en grande forme, ciselant les lignes, caressant les voix et les soutenant, jamais pompier, toujours en finesse, y compris dans les grands éclats dramatiques.
La production de Charles Roubaud, bien connue et déjà vue à Orange il y a trois ans, est un modèle de clarté et d’efficacité, offrant de beaux tableaux. Très intelligemment imaginés, les hauts murs entourant la scène et donnant une atmosphère oppressante à l’ensemble semblent mettre à nu l’implacabilité du destin contre lequel les personnages ne peuvent rien. La distribution réunie ici est globalement à saluer, malgré quelques faiblesses.

…ou le triomphe des femmes, ou le triomphe des femmes

Les seconds rôles sont excellemment tenus, de Murielle Tomao, prêtant sa belle voix bien timbrée à Ines, à Julien Dran, riche de promesses en Ruiz, faisant admirer en quelques phrases son superbe timbre et sa belle ligne de chant.
Giovanni Furlanetto offre un portrait convainquant de Ferrando, belle diction et pâte vocale intéressante, malgré quelques aigus un peu bouchés. En Luna, le baryton italien Marzio Giossi fait valoir le mordant de sa voix, mais ne peut faire oublier un engorgement de la voix manifeste, un vibrato qui tend à s’élargir, ainsi que des aigus totalement étouffés et serrés, sans parler d’une absence quasi-totale de nuances. Une vraie voix, mais dont la technique marche totalement sur la tête et qui semble ignorer les règles du bel canto.
Avec Giuseppe Gipali, nous trouvons un Manrico convainquant, mais un peu pâle, manquant visiblement de largeur et de vaillance pour « Di quella pira ». En revanche, son « Ah si ben mio » est superbement phrasé, avec un legato admirable et une remarquable musicalité.
Azucena pleine de rage, Mzia Nioradze emporte l’adhésion par la largeur de sa voix, l’ampleur de ses graves et l’éclat de ses aigus. Une superbe mezzo, audiblement très à l’aise dans ce rôle difficile, et scéniquement électrisant.
Inclinons-nous devant Adina Aaron, Leonora de toute beauté, semblant se promener sur l’ensemble de la partition, tant le rôle semble écrit pour elle et lui convenir à merveille. La voix est d’une richesse rare, le médium solide et corsé, et le grave aisé et sonore, la couleur chaude de son timbre – rappelant irrésistiblement Leontyne Price – offrant des reflets inattendus dans ce rôle. Tout au long de la représentation, magnifiée par des robes splendides, elle laisse pantois par son sens des nuances et des clairs-obscurs. Le sommet est atteint dans le quatrième acte, qu’elle domine de tout son art, avec un « D’amor sull’ali rosee » somptueux, legato à l’archet et pianissimi flottants et impalpables – elle ose notamment le contre-ré bémol piano écrit par Verdi, que bien peu se risquent à faire –. Une grande artiste, vraiment. Félicitons également les chœurs de Massy et Limoges, efficaces et d’une superbe homogénéité. Au final, un beau Trouvère, largement dominé par les femmes.

Massy. Opéra, 5 novembre 2010. Giuseppe Verdi : Il Trovatore. Livret de Salvatore Cammarano et Leone Emanuele Bardare. Avec Manrico : Giuseppe Gipali ; Leonora : Adina Aaron ; Il Comte di Luna : Marzio Giossi ; Azucena : Mzia Nioradze ; Ferrando : Giovanni Furlanetto ; Ines : Murielle Tomao ; Ruiz : Julien Dran. Chœur de l’Opéra-Théâtre de Limoges et Chœur de l’Opéra de Massy. Orchestre National d’Île-de-France. Alain Guingal, direction musicale ; Mise en scène : Charles Roubaud. Décors : Jean-Noël Lavesvre ; Costumes : Katia Duflot ; Lumières : Marc Delamézière ; Assistant à la mise en scène : Bernard Monforte ; Chef de chant : Marie-Claude Papion ; Chef des chœurs : Jacques Marsech.

- Espace publicitaire -spot_img
- Sponsorisé -
Derniers articles

Cinéma. Maestro(s), le nouveau film de Bruno Chiche (7 déc 2022) 

Cinéma. Maestro(s), le nouveau film de Bruno Chiche (7 déc 2022)  -  Maestro(s), le nouveau film de Bruno Chiche,...
- Espace publicitaire -spot_img

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img