Marie Jaëll: Concertos pour piano n°1 et n°2Lille Piano(s) festival, le 9 juin 2012 à 17h et 19hFrance Musique, le 2 juillet 2012 à 20h

Marie Jaëll
(1846 – 1925)
Concertos pour piano n°1 et n°2
(1877,1884)

Lille, Lille piano(s) festival
samedi 9 juin 2012, 17h, 19h
Opéra de Lille


France Musique, le 2 juillet 2012 à 20h

De son professeur de composition, le non moins fécond Saint-Saëns, Marie Jaëll hérite d’un goût confirmé pour la forme du Concerto pour piano; elle reste l’une des rares compositrices romantiques à s’être illustrer ainsi, accordant virtuosité de soliste et écriture symphonique. C’est elle qui, en concertiste renommée comme son époux Alfred, crée ses propres Concertos, suscitant l’admiration de Saint-Saëns, Liszt, Valéry. Le 9 juin 2012, Lille Piano(s) Festival propose une journée dédiée à la recréation de ses 2 Concertos pour piano, complétée par un cycle de 2 conférences soulignant l’apport de la compositrice dans l’histoire du Concerto pour piano en France…

Les deux Concertos pour piano

Le Concerto pour piano n°1 en ré mineur (dédié à Saint-Saëns) est créé à la SNM (Société Nationale de Musique), le 13 mai 1877. Il permet à la compositrice de s’affirmer au sein de la Société comme auteur symphonique. Très influencée par les auteurs germaniques, “Madame Alfred Jaëll” est alors présentée comme le Schumann français: son écriture y démontre une sensibilité orchestrale aiguë, le piano n’étant qu’un instrument dans la masse symphonique à l’opulence flamboyante: il s’émancipe seulement dans le dernier mouvement qui est le plus schumannien. C’est en outre, la période où Marie Jaëll achève aussi son poème symphonique Ossiane, féminisation du fameux poème de Macpherson, créateur de la figure du barde écossais Ossian: la manière de Marie Jaëll y confirme une tentation nettement wagnérienne.

Le Concerto n°2 en ut mineur dédié à Eugen d’Albert est créé le 19 avril 1884 à la Société nationale de musique sous la direction d’André Messager. Liszt, très enthousiaste, en permet la reprise à Weimar en mai 1884, sous la direction de Camille Saint-Saëns. Sa reprise, la dernière du vivant de la pianiste auteure, à Paris début 1885 est un succès: outre sa révérence à Liszt, le Concerto en un seul mouvement est l’oeuvre symphonique avec piano la plus aboutie et la plus originale de Marie Jaëll. C’est une pièce brillante et passionnée dont on regretta au moment de la création, un certain manque de féminité (!); or toute l’écriture de Marie Jaëll est là, épique, héroïque, profonde. L’aboutissement d’une inspiration exigeante qui allait ensuite s’écarter du concert pour travailler d’une manière scientifique et expérimentale sur le toucher pianistique et le jeu technique du pianiste.

Née alsacienne, le 17 août 1846, Marie Trautmann manifeste très tôt un amour passionné pour le son, la musique, le piano… ses parents favorisent ses dispositions et lui permettent de suivre l’enseignement du piano auprès du professeur Hamma, à Stuttgart. A 16 ans, elle entre au Conservatoire de Paris (1862, classe de piano de Henri Herz): après seulement quatre mois, elle obtient un Premier Prix! A 20 ans (1866), elle épouse Alfred Jaëll, pianiste renommé, excellent interprète de Chopin entre autres, ami de Brahm, Liszt, Rubinstein. Le couple récemment marié participe activement à la vie musicale parisienne en donnant de nombreux récitals. C’est Alfred qui en 1874 crée à Paris, le Concerto de Schumann sous la direction de Colonne.

Le jeu de Marie est plus carré, plus puissant et passionné que celui de son mari : ambitieuse et travailleuse, elle joue en première parisienne les Sonates de Beethoven, et l’intégrale des oeuvres de Schumann, puis celle de Liszt en 1891-1892. Sa compréhension de l’écriture Lisztéenne fait d’elle, la plus grande interprète de Liszt, selon Saint-Saëns.

Mais Marie, pianiste réputée et applaudie, travaille aussi la composition avec César Franck et Camille Saint-Saëns. Soutenu par ce dernier et par Fauré, Marie est la première femme compositrice à rejoindre la Société des Compositeurs: elle édite ses premières oeuvres en 1871 et suscite le soutien de Saint-Saëns (valses à quatre mains, Grande Sonate, Impromptus…) qui loue ses audaces et son tempérament inventif. Les oeuvres de Marie Jaëll, également admirées par Paul Valéry, ne concernent pas uniquement le piano car son inspiration sert bien d’autres genres et formes: chant, musique de chambre, choeurs et musique symphonique.

Marie et Liszt

En 1882, Alfred meurt et c’est une veuve de 36 ans qui rejoint chaque année à Weimar, Liszt dont le jeu l’inspire particulièrement: elle témoigne de sa technique et de son oeuvre de pianiste compositeur. Inspirée par la curiosité artistique et la pensée universaliste de cet ainé si admirable, rencontré grâce à son mari, Marie Jaëll élargit encore ses champs de réflexion et d’expérimentations musicales.
Quand meurt Liszt, Marie Jaëll réalise les fruits de ses longues réflexions sur le jeu pianistique et la relation du pianiste à son instrument. Solitaire volontaire dans le calme d’une retraite désormais recherchée, Marie entend écrire sa propre analyse du toucher, de la technique pianistique. La musique et la psychophysiologie paraît en 1897. Avec Charles Féré, médecin à Bicêtre, Marie mène des recherches approfondies sur la physiologie de la main: leur collaboration dure jusqu’au décès du docteur en 1907. Marie Jaëll, âme romantique, questionne inlassablement la question des ressources pratiques de la main musicale tout en essayant de percer le mystère de l’infini de l’art dont comme Liszt, elle souhaite partager et transmettre sa passion viscérale. Ses recherches se poursuivront encore jusqu’à sa mort le 4 février 1925.

“Nous ne descendons jamais assez bas pour voir ce que nous sommes, nous ne montons jamais assez haut pour voir ce que nous devrions être… si l’on veut vivre, il faut naître de soi-même.” (Journal de Marie Jaëll)

Marie Jaëll ressuscite à Lille

Lille piano(s) festival, en partenariat avec le Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française – propose un nouvel éclairage sur Marie Jaëll pédagogue, compositrice et pianiste. L’Orchestre national de Lille enregistre en septembre 2012, les deux Concertos présentés lors de l’édition 2012 du Festival lillois.

A 16h puis 18h, une introduction à son œuvre est proposée par le conférencier Sébastien Trœster, spécialiste de Marie Jaëll, qui a permis l’édition du matériel d’orchestre grâce à ses travaux de recherches et la réécriture des manuscrits.

Les 2 concertos pour piano de Marie Jaël sont dédiés à Saint-Saëns et à d’Albert.

Samedi 9 juin 2012 à 17h
Grande Salle de l’Opéra de Lille

Joseph Swensen, direction

Romain Descharmes, piano*

Jean-Claude Pennetier, piano**
Marie Jaëll: Concerto n° 1 en ré mineur pour piano et orchestre*

Gabriel Fauré: Ballade pour piano et orchestre en fa dièse majeur**

Samedi 9 juin 2012 à 18h
Foyer de l’Opéra de Lille

Elèves du conservatoire de Wasquehal

Classe de piano de Grégory Rattez
Œuvres de Marie Jaëll: la méthode Jaëll appliquée par les élèves pianistes

Samedi 9 juin 2012 à 19h
Grande Salle de l’Opéra de Lille

Joseph Swensen, direction

David Violi, piano*

Emmanuel Strosser, piano**

Marie Jaëll: Concerto n°2 en ut mineur pour piano et orchestre
Francis Poulenc: Aubade, concerto chorégraphique pour piano et dix-huit instruments

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