jeudi, décembre 8, 2022

Lyon. Opéra, le 31 janvier 2007. Tchaïkovski, Eugène Onéguine.

A ne pas rater

2ème de la trilogie

La trilogie Pouchkine: opéra sauvage et guerrier, le Mazeppa de la saison dernière mis en scène par Peter Stein. Onéguine de cet hiver sans hiver: la passion amoureuse et fatale, mais dont la sauvagerie et le désespoir  intérieurs percent sous le vernis de la société provinciale ou pétersbourgeoise. Et La Dame de Pique, à venir. Ce que fait d’abord sentir P. Stein, c’est la force dialectique à l’œuvre entre la solitude (Tatiana passionnée et bafouée, Lenski jaloux finissant par basculer dans son ravin neigeux, ou même à sa façon, Onéguine) et la cruauté des chants et danses de la mort sociale, à travers le divertissement et le regard mondain du jugement sans pitié. Comme, Dieu merci, P.Stein n’est en aucune façon tenté par quelque transposition branchée, genre kalachnikov et bal chez les mafieux poutinophiles, on en reste à une vision classico-romantique très lisible mais non dépourvue d’arrière-plans vertigineux, que suggèrent les décors de F.Wogernauer, et que surtout armature la direction ardente mais discrète de Kirill Petrenko. Ces mises en espace visuel mais surtout sonore ont volontiers tendance à valoriser le dramaturge des gestes (surtout s’il est célèbre) au détriment de celui des voix, actrices et orchestrales. Avec Petrenko et l’essentiel de la distribution vocale, on est « russe jusqu’à la moëlle des os », comme s’autoportraiturait Tchaïkovski-le-trop-européen…

Tatiana et Lenski mais Onéguine
C’est donc à lui comme à Stein qu’on rend hommage du meilleur : la musicalité si tendre d’une Tatiana (Olga Mykytenko), devenue sœur en Tolstoï, Dostoïevski ou Tchekhov, la jalousie vaillante et suicidaire de Lenski (Marius Branciu). Mais il y a du bien moins bien : l’Onéguine de Wojtek Drabowicz, même si le personnage prend davantage de densité au dernier acte. Avec cet interprète un peu indifférent, on en oublierait de poser la question fondamentale : que signifie ce cynique incohérent rattrapé par la justice immanente de l’amour fou ? Et quel sens a le pouvoir démesuré d’un coup de foudre  qui vous laisse à jamais incendié ? Le génie musical de Tchaïkovski – révulsé par cette « force qui va » du personnage légué par Pouchkine –  exige ici autre chose qu’un chanteur au demeurant bon technicien ; au moins y faudrait-il un peu de la séduction canaille d’un Delon-Tancrède pour le Guépard de Visconti, ce film-opéra auquel maintes scènes (les bals…) font penser. Eloges aux autres personnages et surtout aux chœurs (Opéra de Lyon), mobiles et harmonieux, bien « doublés » par la chorégraphie de Lynne Hockney. Voilà un opéra très rassemblé, par force mais non sans subtilité parfois angoissante…

Eugène Onéguine.
Scènes lyriques en trois actes et sept tableaux, 1879
Livret du compositeur et de Constantin Chilovski,
d’après le poème d’Alexandre Pouchkine

Wojtek Drabowicz, Eugène Onéguine
Olga Mykytenko, Tatiana
Marcus Branciu, Lenski
Elena Maximova, Olga
Michail Schelomianski, Le Prince Grémine
Stefania Toczyska, Madame Larina
Margarita Nekrasova, Filipievna, la nourrice
Christophe Mortagne, Monsieur Triquet
Jérôme Varnier, Zaretski
Paolo Stupenengo, Un capitaine
Jérôme Avenas, Un paysan

Mise en scène : Peter Stein
Décors : Ferdinand Wögerbauer
Costumes : Anna Maria Heinreich
Eclairages : Duane Schuler, Japhy Weideman
Orchestre et Choeurs de l’Opéra de Lyon
Kirill Petrenko, direction

Opéra de Lyon, du 25 janvier au 7 février 2007.

Crédit photographique
Service photo de l’Opéra de Lyon (DR)

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