vendredi, décembre 9, 2022

L’ère Liebermann à l’Opéra de Paris Editions Gourcuff Gradenigo

A ne pas rater
Rolf Liebermann (1910-1999) a dirigé l’Opéra Garnier entre 1973 et 1980, sortant l’institution parisienne d’une morne activité vers un cycle de programmations exceptionnelles dont l’apport et le succès, surtout auprès du grand public, restent un modèle en matière de direction artistique.
Pour le centenaire de sa mort, en 2010, l’Opéra parisien reconnaissant dédie une exposition hommage dont ce superbe catalogue est le complément incontournable.


7 ans pour un âge d’or

On y suit précisément un homme de théâtre qui fut aussi compositeur (son opéra L’Ecole des femmes produit pour le centenaire en 2010 par l’Opéra de Bordeaux est diffusé le 29 janvier sur France Musique), dont le travail exemplaire savait marier têtes d’affiche et (déjà) metteurs en scène exigeants, pertinents, visionnaires. Liebermann s’impose par la qualité des distributions vocales et l’exigence des réalisations scéniques. Avec lui, un temps était révolu: celui des mises en scènes ultraclassiques voire illustratives et celui des décors poussiéreux…
Voyez tout en suivant la pagination de ce beaux-livre très convaincant, qui respecte la chronologie des productions présentées pendant l’ère Liebermann à Paris, les spectacles désormais emblématiques des Vêpres Siciliennes de Verdi avec Martina Arroyo (!) et déjà Placido Domingo en 1974; ce Cosi mozartien dirigé par Krips et mis en scène par Ponnelle… (avec Kanawa et Barbié); voyez Elektra sous la baguette de Boehm avec l’évidente légendaire Birgit Nelson; 1975 garde ce niveau avec le Don Giovanni de Solti (avec Margaret Price et Julia Varady…); ces années sont celles aussi de Lavelli (Faust avec Van Dam et Freni…); sans omettre l’exceptionnelle Ariane de Grace Bumbry dans Ariane et barbe Bleu de Dukas (juillet 1975)… ni La Maréchale de Christa Ludwig (janvier 1976)… Outre Boehm, Krips, Solti est le grand invité de ce cycle inoubliable qui a inscrit d’emblée la scène parisienne au top 3 des théâtres lyriques du monde: le chef hongrois y dirige après Don Giovanni, Otello (Domingo/Price) et surtout une amorce de la Tétralogie (l’Or du rhin et la Walkyrie), de 1976 à 1978 (mises en scènes de Peter Stein et Hans Michael Grüber).

Les années Liebermann ont été marquées par de grands chanteurs tels le déjà nommé Domingo, mais aussi Pavarotti (la Bohème, 1974), Teresa Berganza (Carmen, 1980), … surtout Ruggero Raimondi qui incarne après avoir été au cinéma Don Giovanni, Boris Godounov où à la demande de Liebermann, le baryton retrouve l’excellent cinéaste devenu metteur en scène, Joseph Losey (1980)… Il y aurait beaucoup d’autres réalisations à présenter, que le livre met en lumière grâce à de superbes clichés photographiques pris pendant les répétitions ou au moment des représentations. Quel dommage qu’à l’époque, il n’existait pas encore la vidéo sur internet: nous aurions gagné des documents de premier intérêt, et des sujets courts sur les coulisses de production, captivants!

L’homme des miracles

Ce sont aussi les réalisations mémorables des Noces de Figaro par l’éblouissant Strehler (direction Solti en 1973); Pelleas et Mélisande de Debussy dirigé par Maazel avec Frederica Von Stade (mise en scène de Lavelli en 1977); Lulu de Berg avec Teresa Stratas dans la mise en scène de Patrice Chéreau et sous la baguette de Boulez (1979)…

Mais l’accent est mis aussi sur le ballet dont là encore, Liebermann fait l’une des troupes les plus enviables du monde invitant Noureev pour reconstruire un répertoire. Le défi et la réussite qui en découle, sont d’autant plus méritoires que depuis Lifar, aucune personnalité n’a vraiment su reprendre le chantier d’un vrai grand ballet à Paris. En confortant l’oeuvre chorégraphique de Noureev sur les grands classiques, puis en invitant aussi Carolyn Carlson, Béjart ou Roland Petit, Liebermann sait soigner l’ancien et le moderne, en une équation miraculeuse. Là aussi les nouveaux ballets et les créations ne manquent.
En grand format, présentant un ensemble de documents photographiques (majoritairement en noir et blanc), sélectionnant en première partie de non moins magnifiques planches des décors et costumes (en couleurs), le livre édité par les éditions Gourcuff Gradenigo s’impose: l’oeuvre de Liebermann à Paris y gagne un éclairage lumineux et complet. Articles de fonds sur les apports de la politique de Liebermann, côté opéras et côté ballets, éclairages biographiques sur l’homme, tableau récapitulatif des productions (lyriques et chorégraphiques) présentées et crées sous l’ère Liebermann complètent le bénéfice des photos. Remarquable travail éditorial.

L’ère Liebermann à l’opéra de Paris. Editions Gourcuff Gradenigo. 312 pages. Catalogue hommage édité à l’occasion du Centenaire Rolf Liebermann, en complément à l’exposition de la Bibliothèque-musée de l’Opéra Garnier, l’ère Liebermann à l’Opéra de Paris, jusqu’au 13 mars 2011. ISBN 978-2-35340-0959. Prix : 49 € TTC

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