L’Orlando de William Christie à Zurich

OPERA DE ZURICH : reprise d'Orlando de handel version BILLZURICH. Orlando de Handel par William Christie, jusqu’au 25 mai 2016. Bill retrouve son cher orchestre suisse à Zurich, La Scintilla, fleuron des phalanges sur instruments d’époque, une Rolls instrumentale qui lui permet de ciseler et insuffler à sa propre lecture de Haendel, le nerf, l’élégance, le sens dramatique dont il détient seul le secret. Au coeur d’Orlando, rgène sans partage la lyre délirante, hallucinée inspiré de L’Arioste : errance et folie du chevalier amoureux Roland dans une forêt devenue labyrinthe aux épreuves pour un dévoilement voire une révélation finale qui le libérera totalement de ses entraves personnelles.

Créé le 27 janvier 1733 à Londres, Orlando (créé par le castrat vedette de Haendel, Il Senesino) met en scène le cheminement des cœurs entre raison et passion. La production reprise à Zurich est déjà ancienne : la vision scénographiée et visuelle de Jens-Daniel Herzog enferme le pastoralisme permanent et les références au milieu sylvestre et arboricole dans un lieu fermé, asphyxiant, un hôpital des années 1920. La bergère Dorinda devient infirmière, juste transposition qui convient au caractère, car elle soigne de facto les âmes chancelantes et perdues. Le mage Zoroastro est évidemment un médecin, guérisseur vraisemblable et impressionnant au vrai charisme. Enfin Orlando, victime de l’amour, est la proie manifeste d’un dérèglement des sens, un être détruit par la passion qui le submerge et le ronge…
En filigrane, un couple principal – ainsi présenté, la reine Angelica et le prince Medoro s’aime et se déchire, alors qu’ils sont respectivement aimés simultanément par Orlando et Dorinda…
La tradition lyrique s’est habitué à distribuer le rôle titre à un alto voire contralto (par exemple la contralto Marijana Mijanovic dans le dvd qui existe de cette production) ; en 2016, c’est plutôt un haute contre, ici Bejun Mehta, voire aigre et peu nuancé qui exécute systématiquement ses parties sans guère varier, colorer, affiner ; c’est du moins le reproche émis à l’écoute de son interprétation sous la baguette de René Jacobs dans un coffret cd récent édité par Archiv (2013). Pourtant l’opéra, surtout psychologique, comporte une scène fameuse, celle de la folie d’Orlando à la fin du II,

christie_625Héros aux pieds d’argile. Avant nos Batman,  Spiderman,  Hulk ou Superman…. autant de vertueux sauveurs dont le cinéma ne cesse de dévoiler les fêlures sous la… cuirasse, les figures de l’opéra ont elles aussi le teint pâle car sous le muscle et l’ambition se cachent des êtres de sang,  inquiets, fragiles d’une nouvelle humanité tendre et faillible. Ainsi Hercule chez Lully,  Dardanus chez Rameau, surtout Orlando de Haendel… avant Siegfried de Wagner, héros trop naïf et si manipulable. Sur les traces de la source littéraire celle transmise par L’Arioste au début du XVIème siècle et qui inspire aussi Vivaldi,  voici le paladin fier vainqueur des sarasins,  en prise aux vertiges de l’amour, combattant si frêle face à la toute puissance d’Eros. Un chevalier dérisoire en somme, confronté au dragon du désir. …
Mais impuissant et rongé par la jalousie le pauvre héros s’effondre dans la folie. Que ne peut-il pourtant fier conquérant infléchir le coeur de la belle asiatique Angelica qui n’a d’yeux que pour son Medoro. En un effet de miroir subtil, Haendel construit le personnage symétrique mais féminin de Dorinda, tel le contrepoint fraternel des vertiges et souffrances du coeur : elle aime Orlando qui n’a d’yeux que pour la belle Angélique.

Passionanntes Angelica et Dorinda
La musique exprime le souffle des héros impuissants, la toute puissance de l’amour, sait pourtant s’alanguir en vagues et déferlantes pastorales (l’orchestre est somptueux en poésie et teintes du bocages), annonce comme Rameau quand il nous parle d’amour (Les Indes Galantes), cet essor futur du sentiment, nuançant en bien des points les figures un rien compassées et mécaniques du séria napolitains.  Gorgé d’une saine vitalité, William Christie connaît son Haendel comme peu… le maestro, fondateur des Arts Florissants en 1979, reste indépassable par le sentiment et l’alanguissement.

DORINDA, un personnage captivant. D’une juvénilité incandescente, pleine d’expressivité ardente et naturelle : un modèle d’élocation dramatique qui rééclaire le rôle de Dorinda, en fait bien cette sœur en douleur de l’impuissant Paladin devenu fou. Les grandes lectures savent éclairer et souligner le profil féminin, véritable double opposé du sombre Orlando. Les chefs haendéliens savent fouiller le relief et l’activité émotionnelle de leur orchestre. Exprimer les teintes mordorées voire ténébristes des situations en droite ligne du roman de l’Arioste entre l’illusion de l’amour, la sincérité du cœur, la folie de la jalousie : de fait, l’orlando de Haendel est contemporain du choc orchestré par Rameau son contemporain (Hippolyte et Aricie, 1733), et de 20 ans plus tardif que les sommets lyriques précédents signés Vivaldi à Venise…  Aucun doute cet Orlando de Haendel touche autant qu’Alcina, par la justesse du regard psychologique. Des êtres de chair et de sang paraisse ici, loin des archétypes baroques..

Orlando de Haendel à l’Opéra de Zurich
William Christie
JD Herzog (reprise)
Les 13, 16, 20, 22 et 24 mai 2016
Avec B. Mehta, Fuchs, Galou, Breiwick, Conner

Orlando : Bejun Mehta
Angelica : Julie Fuchs
Medoro : Delphine Galou
Dorinda : Deanna Breiwick
Zoroastro : Scott Conner

Réservez

http://www.opernhaus.ch/vorstellung/detail/orlando-16-05-2016-17573/

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