Livre, événement. Compte rendu critique. Philippe Quinault : livrets d’opéra par Buford Norman, 3ème édition revue et corrigée (Editions Hermann)

Norman Buford 3eme edition hermann bibliotheque des litteratures review compte rendu critique classiquenews mars 2016livrets-dopera.jpgLivre, événement. Compte rendu critique. Philippe Quinault : livrets d’opéra. Présentés et annotés par Buford Norman, 3ème édition (Editions Hermann). Les livrets de Philippe Quinault sont d’abord des textes littéraires que les contemporains de Lully lisaient comme des œuvres d’art indépendantes. C’est pourquoi le mythe Quinault existe bel et bien, et même célébré du vivant de l’auteur. A l’époque où la France invente la tragédie lyrique, les modèles du théâtre parlé de Corneille et Racine pèsent de tout leur poids et au regard de l’importance de la rhétorique comme de l’éloquence, nul doute que le livret d’opéra participe étroitement à la société baroque de l’écrit et du discours théâtral. C’est bien ce que nous indique clairement Buford Norman, dans cette 3ème édition de son livre “Philippe Quinault : Livrets d’opéras”. Clarté, vraisemblance, bienséance, équilibre et cohérence formelles sont les qualités intrinsèques des livrets ciselés par Quinault. Voltaire, auteur du Siècle de Louis XIV a bien synthétisé tout ce qui fait pour lui et aujourd’hui pour nous, la réussite et la séduction des livrets de Philippe Quinault : la douce harmonie de la poésie, le naturel et la vérité de l’expression… L’impact de chaque texte tragique de Quinault dépasse largement les meilleurs succès de Racine ou de Thomas Corneille (Timocrate), et Quinault est même mieux payé pour chaque texte que ses confrères théâtreux… c’est dire combien Voltaire a raison de les prendre en haute estime, emblèmes particulièrement aboutis d’un siècle d’excellence pour l’art et le style français. En cela Thésée, 3ème tragédie en musique reste le plus grand triomphe de Quinault, comptant un nombre impressionnant de reprises (200 représentations entre 1675 et 1685). Le profil du poète librettiste se précise encore grâce à la remarquable introduction aux livrets eux-mêmes : élève des écrivains Tristan l’Hermite puis de Philippe Mareschal, Quinault devint avocat en 1655, écrivit l’un des plus grands succès du siècle : Astrate en 1665, fut élu à l’Académie française en 1670, et écrivit ses 16 pièces de 1655 à 1671.

11 tragédies en musique présentées, commentées, annotées par Buford Norman

Philippe Quinault, un génie poétique et littéraire

En définitive, la tragédie en musique s’appuie sur un texte solide, dont l’idéal esthétique n’est pas de reproduire la nature (et les passions humaines) mais de l’imiter, où le Roi s’il demeure un sujet idéalisé et directement encensé dans le Prologue (Prélude), apparait souvent en héros faillible et pluriel (Admète, Egée…) dans le déroulement de l’action qui suit. Même si les courtisans recherchent et trouvent des références à des épisodes véridiques de l’histoire du Roi à Versailles, l’évolution proprement littéraire et poétique de Quinault du début à la fin de sa carrière comme librettiste d’opéras, met en lumière une vision nuancée et complexe, de plus en plus sombre de l’âme humaine, ses ressorts et son destin, où l’amour s’il paraît triomphant au début, renonce à toute lumière à la fin, à la fois solitaire, insatisfait, impuissant (Roland, Armide). On voit bien que l’anecdote s’efface devant l’épaisseur et la profondeur des livrets de Quinault. La présente édition sélectionne et annote les 11 livrets que Philippe Quinault écrivit pour Lully entre 1673 et 1686, 13 ans d’une coopération idéale, celle qui compose les binômes exemplaires que sont aussi Monteverdi et Busenello pour l’opéra vénitien, et bientôt Da Ponte et Mozart au XVIIIè, ou Richard Strauss et Hofmannsthal au XIXè. Autant d’instants d’une exceptionnelle entente dont les fruits ont manifesté tous les désirs et les fantasmes poétiques et littéraires comme esthétiques et musicaux de leur époque. Buford Norman nous démontre combien le verbe poétique de Quinault suscite l’admiration par sa douceur et son équilibre, sa clarté comme sa justesse psychologique. Le lecteur prend un très grand plaisir à lire et relire les mythes lyriques qui ont enchanté les contemporains de Louis XIV et le Roi-Soleil lui-même. Lecture indispensable.

CLIC_macaron_2014Livre, événement. Compte rendu critique. Philippe Quinault : livrets d’opéra. Présentés et annotés par Buford Norman, 3ème édition revue et corrigée. 840 pages. Parution : février 2016. ISBN : 978 2 7056 9187 5. Prix indicatif : 46 euros (Editions Hermann). CLIC de CLASSIQUENEWS.COM

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