LIVRE événement, annonce. ESSAI SUR LE THÉÂTRE WAGNÉRIEN : Mises en scène et réception de Parsifal (Éditions L’Harmattan)

REPENSER WAGNER... Marek Janowski à l'épreuve du RingLIVRE événement, annonce. ESSAI SUR LE THÉÂTRE WAGNÉRIEN : Mises en scène et réception de Parsifal (Éditions L’Harmattan). Après une passionnante approche en forme d’essai sur la figure du juif errant dans l’oeuvre – opéras et écrits, de Richard Wagner (Qu’est ce qui est allemand ? Donner la mort…), Philippe Godefroid voit plus large et étend sa réflexion sur le théâtre lyrique wagnérien dans sa globalité, dans ses enjeux sémantiques, philosophiques, politiques et évidemment artistiques… A trop vouloir analyser, démêler les thématiques musicales et extra musicales que pose le théâtre de Wagner, l’auteur s’étonne lui-même de la grosseur de son essai, un véritable pavé qui en rebutera plus d’un, mais qui paraîtra tel un défi pour la pensée critique, pour tout amateur d’opéra, de théâtre lyrique, de mises en scènes et évidemment de partitions wagnériennes. Que signifie l’opéra selon Wagner ? Est-il porteur de cette toxicité idéologique plus ou moins manifeste dans l’oeuvre artistique ? Et si à présent l’antisémitisme pré nazie de Wagner ne fait plus aucun doute, devons-nous être nécessairement anti juif pour apprécier son oeuvre ? Or estimer sa musique et ses opéras ne signifie pas adhérer à la pensée antisémite que le penseur n’a cessé de développer et d’affirmer de son vivant. L’œuvre, l’homme… comment apprécier les opéras malgré les écrits du théoricien ? Comment aimer à ce point la magie de la musique et l’efficacité du drame wagnérien malgré les dérapages honteux du doctrinaire et du penseur radical ?

De quel opéra wagnérien, parlons-nous ?

godefroid-philippe-essai-sur-le-theatre-wagnerien-livre-critique-par-classiquenews-presentation-sur-classiquenews-reception-de-parsifalL’auteur assume totalement la légitimité de son approche, dont l’analyse interroge l’oeuvre à travers les positions souvent scandaleuses du penseur : « La question la plus intéressante demeure toutefois : comment se fait-il que des générations se sont elles-mêmes aveuglées à ce point, ont voulu envers et contre tout maintenir la fiction d’un Wagner à la limite du philosémitisme, puis a minima auteur de musique « pure » ? La question dépasse le wagnérisme et concerne le pouvoir des images, c’est-à-dire le rapport que notre culture européenne entretient avec ses propres montages dogmatiques, avec l’instance dont elle estime être la fille et à laquelle elle prétend référer son histoire. Et cela intéresse l’ensemble des procédés de théâtralisation, de récit, soit en définitive notre relation au réel. C’est le vrai sujet de mon Essai. » Ainsi le lecteur oublierait sa capacité à mesurer la pertinence du texte s’il ignorait que Philippe Godefroid est lui-même metteur en scène ; en homme de théâtre, son regard façonne manifestement l’intérêt du texte : et finalement, inscrit la question fondamentale : comment en toute conscience mettre en scène Wagner aujourd’hui ? On le voit à chaque nouvelle production, les mêmes réactions, les mêmes polémiques (on l’a encore vu lors de la – magnifique- nouvelle production du Ring à Bastille, mise en scène par Gunther Krämer). Que l’on soit pour ou contre, à torts ou à raisons, Wagner interroge lui-même la scène lyrique, et la représentation théâtrale avec l’acuité d’un compositeur de génie : c’est à dire qu’il nous tend le miroir bon an mal an, ciblant toutes les sources d’une catastrophe humaine, de l’Apocalypse annoncé : « Le combat est ailleurs. Il concerne ce dont rend compte la crispation autour du Regietheater idéal, celui qui traitera bientôt par force du retour des néonazis et autres populistes nationalistes racistes sur des bancs légitimés par les urnes, ou d’affaires comme celle de la Judensau de Wittenberg, ou qui par force toujours finira par interroger les attributs modernes du statut de victimes, ou qui obligera les Églises européennes à reconsidérer leur théologie bien plus vite et plus radicalement que selon les procédés habituels, ce qui ne sera pas forcément un bien absolu, tandis que l’unique système économique dont l’homme ait vraiment réussi à se doter, le capitalisme, entame sa dernière mutation, débridée, fouettée par la virtualisation du monde et par le remplacement du vivant par un vivant de synthèse monnayable. À moins que nous ne soyons déjà condamnés sans vouloir le savoir par les effets probables du dérèglement climatique, auxquels répondent avec un synchronisme troublant et pas forcément coïncidentiel les dérèglements des relations communautaires et internationales. »

Pensée libre, regard acéré sur les mises en scènes de Parsifal – certaines déroutantes, irrespectueuses, gadgets ou anecdotiques, Philippe Godefroid signe un essai passionnant qui outrepasse son sujet wagnérien, pour interroger le sens, la finalité et les moyens de la mise en scène d’opéra. L’opéra est un genre qui a prouvé sa pérennité grâce aux questionnements fondamentaux qu’il suscite toujours, mais à trop vouloir nous imposer une dictature de l’image (précisément de la vidéo), à trop chercher l’original et le décalé en guise de renouvellement critique de la scène, les directeurs risquent de tuer le veau d’or et scléroser encore davantage l’asphyxie qui a lieu aujourd’hui dans les salles fermées.
« S’il existe un présent nécessaire du théâtre wagnérien — et du théâtre tout court — le voici. Or le théâtre se nourrit de dramaturgie, certes, mais s’écrit d’abord sur des scènes et sans doute doit-on réinventer celles-ci hors des maisons closes que sont devenus les opéras traditionnels coincés entre l’orgiaque musical et le sadomasochisme scénique. La contestation radicale du Gesamtkunstwerk comme apogée artistique ressemblera peut-être à la pulvérisation du veau d’or, le jour où l’on cessera de croire que le théâtre wagnérien dont nous avons besoin est moins celui qui crucifie Wagner que celui qui nous montre comment Wagner crucifie l’homme auquel nous devrions aspirer. Mais ce combat, probablement, n’est plus que d’arrière-garde. À l’avant, existent d’autres urgences », déclare Philippe Godefroid. Polémique voire provocateur (en parlant d’”humanisme d’extrême droite” chez Wagner…), l’auteur témoigne du wagnérisme en France, toujours aussi vivace et mordant depuis… son commencement avec Baudelaire.

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LIVRE événement, annonce. Philippe GODEFROID : ESSAI SUR LE THÉÂTRE WAGNÉRIEN : Mises en scène et réception de Parsifal (Éditions L’Harmattan).

Nous empruntons les extraits de citations de Philippe Godefroid ici reproduites, à son blog où l’auteur a rédigé ainsi une présentation très juste et subtile de son essai édité par L’Harmattan : LIRE le blog de Philippe Godefroid.
https://sites.google.com/site/leblogsitedephilippegodefroid/

Approfondir

 

Déjà paru :

Livres. Philippe Godefroid. Wagner et le juif errant : une hontologie (L’Harmattan) / critique de mars 2014

http://www.classiquenews.com/livres-philippe-godefroid-wagner-et-le-juif-errant-une-hontologie-lharmattan/

 

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