lundi 4 mars 2024

La Fiesta de Pascua en Piazza Navona (La Grande Chapelle, Recasens, 2011,2012) 2 cd Lauda

A lire aussi
Albert Recasens et son ensemble La Grande Chapelle, passés maîtres ès fastes liturgiques réalisent ici leur meilleur enregistrement. Un accomplissement qui est l’aboutissement d’un travail impressionnant de recherche préparatoire et dont le livret accompagnant les 2 cd témoigne indiscutablement (qualité éditoriale exemplaire alliant érudition vivante et accessible avec illustrations très bien choisies… elles mêmes commentées pour approfondir le sujet).
A l’exigence scientifique, le chef apporte aussi, un geste qui libère l’expressivité ardente des pièces retrouvées, assemblées, superbement agencées. A la différence de ses homologues britanniques, les espagnoles trahissent une aisance hédoniste suscitant un geste opulent et expressif qui de plus ne sacrifie jamais la clarté du texte, ni la précision des combinaisons polyphoniques. La restitution des fêtes pascales sur la Piazza Navone de Rome, financées et organisées par la colonie espagnole dans la ville éternelle demeure saisissante par sa justesse stylistique et sa force évocatoire.


Vertiges de Pâques sur la Piazza Navona à Rome

Nous voici immergés dans la procession organisée chaque dimanche de la Résurrection, avant l’aube, depuis la façade de l’église San Giacomo degli Spagnoli (Saint Jacques est le patron de la toute puissante Espagne alors dominatrice et protectrice, depuis le Traité de Cambrésis de 1559, en Italie, de l’église catholique romaine).

Selon un rite flamboyant dès la fin du XVè, les Espagnols de Rome célèbrent et le Christ ressuscité et la vaillante ferveur ibérique, miroir d’une nation dominante dans l’Europe d’alors: la place qui conserve la forme du stade de Domitien, offre un parcours idéal pour une célébration collective, organisée tel un formidable théâtre social et religieux: les meilleurs chanteurs y participent comme les musiciens prestigieux; partout des choeurs entonnent les pièces en liaison avec le thème de la Résurrection, jusqu’à 8 ensembles, au début du XVIIè: quatre autour de la fontaine centrale, un à chaque angle de la Piazza…

Albert Recasens recompose les fastes d’une procession parmi les plus impressionnantes de l’Italie et de l’Espagne recueillies; clé du rituel, le Saint-Sacrement véhiculé sous un dai, précédé d’une fanfare, sorti depuis l’église Saint-Jacques des Espagnols qui se trouve à l’extrémité de la place et dont on devine la façade sur le bord droit du visuel de couverture du double coffret…

La recherche produit ici une totalité musicale et chorale d’une extraordinaire plénitude; le son surtout, grâce à un équilibrage millimétré entre solistes, choeurs et instruments frappe immédiatement: plein, chaud, détaillé, clair et riche. Victoria, Palestrina (Hymnes et motets…), Kerle (Te Deum) paraissent naturellement dans la reconstitution d’un programme où ils ont livré leurs partitions.

Le style des chanteurs comme la riche activité de l’instrumentarium (cornets, sacqueboutes, trompettes, flûte, luths, orgue, violon…) respectent en en rendant vivante l’effloresence progressive, cet élan doxologique qui fait descendre les visions célestes sur terre. Le sommet de ce florilège dont chaque nom rétabli, est légitime historiquement, demeurent les pièces (Hymne: Iesu, nostra redemptio…; Motet: O sacrum convivum…) de l’incomparable Victoria, l’esprit dans les étoiles s’inscrivant dans le ravissement polyphonique (… jusqu’à l’Alleluia final du Regina caeli conclusif); mais aussi le vertigineux Te Deum de Jacobus de Kerle (superbe engagement des chanteurs de La Grande Chapelle); l’inédit et non moins somptueux Si tus penas de Guerrero sur des vers de Lope de Vega (Villanesca: mordante articulation des 3 voix d’hommes chantant le vernaculaire castillan); le Psaume In Exitu de Giovanni Luca Conforti (vocaliste virtuose, membre de la Chapelle papale) où le chant du violon accompagné à l’orgue dessine le voyage des Isréalites dans le désert…

La finesse de l’interprétation, le choix « idéal » d’une sonorisation nettoyée des bruits parasites et effets ailleurs de rigueur (pyrotechnie, canons,…), la très haute tenue de tous les interprètes créent la grande réussite de ce magnifique enregistrement. Rome à l’heure pascale ressuscite en ses heures les plus solennelles et musicales: le double cd est un modèle dans le genre de plus en plus représenté des « évocations sonores » des grandes fêtes sacrées au carrefour de la Renaissance et du Baroque. Albert Recasens se distingue dans un exercice difficile où souvent la surenchère étant de mise, le raffinement et la mesure sont escamotés. Rien de tel ici, bien au contraire.

La Fiesta de Pascua en Piazza Navona. La fête de Pâques sur la Piazza Navona. Tomas Luis de Victoria. La Grande Chapelle. Albert Recassens, direction. 2 cd Lauda. Référence: LAU12. Durée: 1h40mn. Enregistrement réalisé en 2010 et 2012.

- Sponsorisé -
- Sponsorisé -
Derniers articles

CRITIQUE, concert. BERLIN, Philharmonie, le 2 mars 2024. BRUCKNER : Symphonie en fa mineur, dite « 00 », et Symphonie en ré mineur, dite « annulée ou...

L'année 2024 célèbre le 200e anniversaire de la naissance d'Anton Bruckner par deux raretés peu données au concert comme...
- Espace publicitaire -spot_img

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img