Julia Lezhneva: Alleluia (Haendel, Porpora, Mozart1 cd Decca

Signe du temps (où règne hélas la pénurie de vrais grands talents lyriques) ou suprématie du marketing à outrance au détriment de la pure sensibilité et maturité interprétative, voici un album éloquent qui tout en démontrant les facilités d’une jeune cantatrice pleine de promesses, n’en dévoile pas moins ses profondes limites en particulier sur le plan du tempérament comme du caractère… Autant son précédent cd Rossini en imposait par la brillance d’une ardeur juvénile, autant ce nouvel opus éclaire et souligne l’agilité artificielle, le manque manifeste et répétitif de justesse et de profondeur…

Bête à concours, récemment placée au devant de la scène comme un nouvel espoir lyrique à suivre, la jeune russe Julia Lezhneva exalte autant qu’elle agace.

Une machine à vocalises, technicienne hors pair douée d’un indiscutable abattage, et d’une égale tenue de note (unisson avec le hautbois chez Haendel, plage 5)…. font ils une cantatrice accomplie?

Jeune acrobate sans âme

Avouons notre réserve … Car les aigus manquent singulièrement d’éclat (même si les trilles sont impeccables) … Et c’est essentiellement la couleur de voix, le manque de caractère du timbre, une imagination guère nuancée qui atténuent considérablement notre enthousiasme.

O nox dulcis, prière intime et contemplative de plus de 6 mn frappe par son manque de sincérité comme de naturel… Que tout cela est appliqué, prudent (et toujours des aigus serrés, petits…): la soprano est beaucoup plus à son aise dans le registre bas de la tessiture. Quand les aigus ne sont pas trop sollicités.

L’articulation de la plage 8 : ” Stellae fidae ” est pâteuse, éteinte, incertaine… Paresse linguistique qui dément toutes les approches baroqueuses historiquement informées ; la soprano devrait réviser le travail du texte (projection et sens) avec un coach si elle souhaite demain interpréter, incarner des héroïnes à tempérament.

Ce supplément d’ âme absent chez Haendel s’accomode mieux de la pure virtuosité du Porpora qui n’est rien qu’une virtuose variation galante du rococo napolitain : la soprano en fait des tas au diapason des instrumentistes d’une fluidité enivrée.

Si elle avoue se passionner pour le Baroque grâce surtout au disque Vivaldi de Bartoli (1999, d’ailleurs avec les mêmes chef et instrumentistes), la Russe a encore bien du chemin à gravir pour déployer délire, audace, liberté de son ainée ; mais en a t elle seulement le tempérament ? Il ne suffit pas de bien chanter ; il faut aussi s’investir, nuancer un texte, exprimer des sentiments. Son Mozart acrobatiquement très en place suscite les mêmes réserves : une technicité exemplaire sans âme. Souhaitons pour ses prochains disques, plus de finesse et de compréhension subtile du texte.

Julia Lezhneva. Alleluia. Motets de Haendel, Porpora, Mozart. Il Giardino Armonico. Giovanni Antonini, direction. 1 cd Decca. Enregistré à Barcelone en 2012.

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