jeudi, décembre 8, 2022

Jessye Norman: « Roots: my life, my song » (Berlin, 2009) 2 cd Sony classical

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Jazzy Jessye

Miss Norman fait son show: l’artiste vedette, diva universelle immensément reconnue célébrée, la plus adulée et idôlatrée depuis Callas, artiste phare chez l’ex label Philips (aujourd’hui disparu), revient au disque dans ce double coffret miroir, l’un des plus intimes jamais réalisés, « Roots: my life, my song ». C’est Sony classical qui aujourd’hui lui permet ce retour événement, après presque 10 ans d’absence discographique.
Il ne s’agit plus d’interpréter par le truchement des rôle classiques ou contemporains les passions de l’âme humaine: dans le choix concerté des oeuvres rassemblées, la diva nous offre un autoportrait, une autobiographie chantés, incarnés par ce timbre sensuel et tendre qui aime tant ciseler les mots. Des tambours d’Afrique au Nouveau Monde, Jessye chante ses racines noires, retrouvant l’époque de son adolescence quand elle chantait à l’église les Gospels et les chansons des anciens esclaves (imprécation passionnée de « Lord, I couldn’t hear nobody pray »; prière déchirante d' »Another man done gone »); « courage » et déchirure des spirituals, ainsi transcendés sur les traces d’Ethel Waters. La voix a conservé sa musicalité lyrique, a perdu de son diamant des années 80 et 90 qui a fait tout son éclat, mais la justesse des accents indique encore la cantatrice sûre de ses effets qui sait calibrer l’expressivité selon ses moyens récents. Il ne s’agit pas seulement d’un calcul vocal: tout Jessye est ici dans l’élégance et la pudeur (« Sometimes I feel like a motherless child »: douleur rentrée d’une infinie tendresse; chant crépusculaire de « Pretty horses »…).


Jessye Norman, The Black Soul…

Souvent à peine accompagné d’une clarinette ou d’une contrebasse, la diva joue avec l’intimisme, jeu de l’ombre et de la pénombre où dans les replis du chant, se dévoile toute la grandeur de l’être. Le velours vocal se fait hypnotique et le souffle, caresse d’une berceuse. La tessiture a conservé toutes ses couleurs dans le medium. Puis ce sont l’ivresse et la fluidité d’une voix authentiquement jazzy, caressante aussi mais d’une exquise saveur extatique (« Stormy weather »): et l’on se dit là que si elle n’avait pas été la diva de l’opéra que l’on sait, « La Jessye » aurait été une immense chanteuse de Jazz sur les traces de Billie Hollyday ou Sarah Vaughan: « Heaven », badin mais si musical; son « Somewhere » est peut-être trop appuyé et fait entendre des aigus souvent durs…. mais « My baby just cares for me » chatouille avec ce grain facétieux. Vraie incarnation, hallucinée et obsessionnelle de « Mack the knife »… Et la chanteuse joue en toute conscience avec la nouvelle étoffe usée d’une voix cassée (« God’s gonna cut you down » qui conclut le cd1).

Le cd2 fait entendre la complicité des solistes instrumentistes qui font aussi la réussite de ce programme (« Take the A train ») taillé pour la diva noire américaine. Les parisiens retrouvent son charme inimitable dans les mélodies de Francis Poulenc dont surtout Les Chemins de l’amour pour Yvonne Printemps: plus guère chantés dans la voix lyrique, mais chantonnés comme un standard de variétés, murmurés, sur une ligne basse, avec des « r » roulés » comme on en fait plus. Les graves d’ébène de la cantatrice renouvellent sa lecture d’un opus qui avait embrasé hier la salle Pleyel: avec des moyens différents, la vérité de l’énonciation du texte touche toujours autant. Nouvelle Joséphine Baker dont elle partage la passion française, Jessye chante « J’ai deux amours » (Vincent Scotto) avec une subtilité feutrée.
« April in Paris » (Vernon Duke) retrouve la diva enchanteresse, digne muse évocatoire révélant autant de suavité mesurée que Billie Hollyday, Ella Fitzgerald par une voix qui se fait instrument de l’âme.
Divine Habanera de Bizet, jazzifiée et gaillardement déhanchée, chantée et non plus déclamée dans la voix parlée: la diva Norman a gardé de nombreuses perles, faisant savourer des aigus encore intacts. Mais elle a l’âme totalement jazz: un détachement facétieux, un filet vocal parfois éraillé qui ne cache pas son usure (mais en joue justement, consciemment). Dans ce jardin secret que la cantatrice nous dévoile à demi mots, il y a de purs joyaux dans ce sens : « Solitude », et le dernier (déjanté) qui dévoile et fusionne le clown et la diva: « When the Saints go marching in », entamé par un solo de trompette vertigineux puis porté par la transe de la diva, nouvelle prêtresse incantatoire… Les fans (et ils sont encore nombreux en France) seront comblés.

Jessye Norman: « Roots: my life, my song ». Enregistrement live à la Philharmonie de Berlin. A noter que la diva propose ce programme à Paris à l’Olympia (le 19 novembre 2010).

Télé: Jessye Norman fait son show sur Arte, le 31 décembre 2010 à 22h. Récital: Roots, my life, my songs (Bâle, 2010).

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