mercredi, décembre 7, 2022

Jean Gilles: Requiem. Concert de l’Hostel Dieu Lyon, les 29 et 31 mars 2009

A ne pas rater
Jean Gilles
Lamentations
Concert de l’Hostel Dieu

Lyon, 29 et 31 mars 2009

On connaît les Leçons de Ténèbres de Couperin ou Charpentier : le Concert de l’Hostel Dieu, mis en recherche et dirigé par Franck-Emmanuel Comte, fait « visiter » celles du musicien provençal Jean Gilles, plus célèbre pour sa messe de Requiem qui fut jouée à la mort de Rameau puis à celle de Louis XV.


Pascal, Bossuet, Fénelon ?

Préférez-vous les Ténèbres dans la foudroyante et savante simplicité des Pensées de Pascal : « Jésus souffre dans sa passion les tourments que lui font les hommes ; mais dans l’agonie il souffre les tourments qu’il se donne à lui-même…Il souffre cette peine et cet abandon dans l’horreur de la nuit ; je crois qu’il ne s’est jamais plaint que cette seule fois ; mais alors il se plaint comme s’il n’eût plus ou contenir sa douleur excessive : « Mon âme est triste jusqu’à la mort »…Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde : il ne faut pas dormir pendant ce temps-là. » ? Ou bien dans la mise en scène de la mort avec les Oraisons Funèbres de Bossuet : « Surtout, mortels, désabusez-vous de la pensée dont vous vous flattez, qu’après une longue vie la mort vous sera plus facile. Un philosophe vous dira en vain que vous devez être rassasié d’années et de jours, et que vous avez assez vu les saisons se renouveler et le monde rouler autour de vous, ou plutôt que vous vous êtes assez vu rouler vous-même et passer avec le monde. La dernière heure n’en sera pas moins insupportable. C’est de saintes méditations, c’est ces véritables richesses que vous enverrez devant vous au siècle futur, qui vous inspireront de la force, et c’est par ce moyen que vous affermirez votre courage. » ? Ou pour cette même – et admirable époque, en se plaçant sous l’angle intellectuel et esthétique de l’écriture -, vous pouvez aussi vous en rapporter aux subtilités plus douces du Cygne de Cambrai (Fénelon, selon le surnom qui lui était donné « contre » son rival, l’Aigle de Meaux, Bossuet) : « Il se fait devant la Croix un état où Saint Paul se dépeint, un état de mort, où l’on est crucifié pour le monde, c’est-à-dire ce qui n’est point Dieu…Je crois qu’alors la mort est consommée, mais que la vie ne l’est pas, mais la vie divine n’est alors pas consommée, parce qu’elle croît tous les jours et qu’elle ne sera en son comble qu’au moment où elle entrera dans l’éternité. »


Taïaut !

Vous pourrez songer à ces musiques-là en allant écouter le Concert de l’Hostel Dieu vous introduire en Leçons de Ténèbres, comme au XVIIe, et selon une mise en miroir qui place un désormais familier musicien – Marc-Antoine Charpentier – en face d’un moins célèbre, au demeurant provincial avec l’accent (et même de Tarascon, mais c’était tellement avant l’invention du matamore qui a rendu illustre cette charmante cité des bords de Rhône !). Jean Gilles était mort à l’orée du XVIIIe (1705), un an après Charpentier, et presque au même âge que leur contemporain le génial Anglais Purcell : à 37 ans. Lui était un musicien du sacré, et les partitions qu’il a laissées sont « pour l’église » : 24 motets, une messe, des Lamentations de la Semaine Sainte. La notoriété posthume ne fut pas négligeable, il est vrai, puisque son Requiem fut joué pour les funérailles de Rameau en 1764. Et surtout, dix ans plus tard, pour l’enterrement de Louis XV, au demeurant parti dans l’indignation du peuple de France après un trop long et indécent règne (hors les murs d’église, il paraît qu’on criait en guise de célébration funèbre « Taiaut ! taiaut ! », pour se moquer de son goût irrépressible pour la chasse aux gibiers et…aux femmes).


Un rituel pour goûter les sévérités

Qu’en est-il de ces « offices de ténèbres », que les baroqueux ont remis en honneur, voirerendus à leur rituel de théâtre en concert ? « Offices sans sacrements, fixés depuis leHaut Moyen-Age, ils prennent place aux trois derniers jours de la Semaine Sainte, et sont organisés en nocturnes où on lit les Lamentations de Jérémie, puis Saint Augustin et Saint Paul. Au centre de la dramaturgie sacrée, on place un chandelier à 15 bougies qu’on éteint progressivement après chacun des psaumes ; les 15 bougies représentent les 11 apôtres (restés fidèles), les 3 Marie et le Christ (au sommet du chandelier). » La 15e bougie est à la fin « cachée » pour évoquer les ténèbres de la Crucifixion, on chante alors le Miserere, et le public fait du vacarme pour simuler le tremblement de terre au Golgotha et en prime chasser les démons qui ont l’art de s’infiltrer partout. Et alors on ramène le cierge caché, pour symboliser la toute proche Résurrection. Du rituel – aux accents quelque peu ethnologiques, si on les prend au pied de la lettre ! -, l’Eglise a fait passer la cérémonie à une mise en espace plus « profane », fût-ce en territoire religieux, et à partir de la Renaissance, les Offices et Leçons de Ténèbres prenant rang parmi les spectacles « distingués » et les « personnes de qualité », comme dirait Molière, « en ont aussi ». La Cour, en particulier, vient s’y montrer et montrer que sous le regard du Souverain (sur cette terre comme au Ciel) elle aime à méditer sur les fins dernières. Vous aussi, qui êtes « de qualité » au début du siècle qui verra peut-être le Déluge de la montée des eaux ex-glaciaires, pouvez donc venir « goûter ces sévérités » , comme l’écrivait Fénelon dans sa Lettre à Louis XIV (qui « heureusement » ne fut pas remise au destinataire : « vous n’aimez point Dieu ; vous ne le craignez même que d’une crainte d’esclave ; c’est l’enfer, et non pas Dieu que vous craignez, votre religion ne consiste qu’en petites pratiques superficielles ; vous êtes scrupuleux sur des bagatelles, et endurci sur des maux terribles. ». Bref, vous refaire une conscience de Grand Siècle en l’honorant à la chapelle classico-baroque de la Trinité ou dans l’église plus « sévère » de Saint-Paul (ce qui est aussi en situation textuelle).

« Les Lamantations » de Jean Gilles alterneront avec les Respons de M.A.Charpentier, Franck-Emmanuel Comte emmenant son Concert de l’Hostel Dieu et ses solistes (Marina Venant, Vincent Lièvre-Picard, Lisandro Nesis, Sevag Tachdjian) vers « ces témoignages lumineux » du compositeur provençal. Comme la coutume Hostel Dieu semble s’en préciser, appel est fait aux interprètes enracinés dans la terre et le peuple des époques anciennes : ici, les jeunes Tambourinaires d’Arles (Conservatoire) rythmeront entrées et temps forts de la méditation. Et mentalement, vous pourrez – spectateurs actifs que vous êtes sûrement – vous reporter aux images de ce temps qui montrent la mort du Christ : la peinture de Philippe de Champaigne (musées de Lyon et surtout de Grenoble) est sans doute la plus digne de ces splendeurs tragiques où la solitude humaine (fût-celle du Christ) est montrée dans sa plus haute exigence…

Concert de l’Hostel Dieu, direction F.E. Comte . Dimanche 29 mars 2009, 17h, Chapelle de la Trinité ; mardi 31, 20h30. Jean Gilles (1669-1705), Lamentations ; Marc Antoine Charpentier (1634-1704), Repons. Information et réservation : T. 04 78 42 27 76 ; www.concert-hosteldieu.com

Illustrations: portraits de musiciens (anonyme), Coypel (DR)

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