Bohuslav Martinu (1890-1959). Portrait Hommage pour les 50 ans de la mort du compositeur

Bohuslav Martinu
(1890-1959)


Hommage pour les 50 ans de la mort

Paris, Salle Pleyel, le 29 mai 2009: 6ème Symphonie
Ensemble Orchestral de Paris, le 26 mai 2009: Concerto pour 2 pianos
Paris, CNR: exposition à partir du 9 avril 2009
Paris, L’Athénée: Orchestre de Picardie, le 8 juin 2009


Un autodidacte francophile

Alors que l’on s’apprête à fêter en 2009 des compositeurs reconnus et beaucoup joués comme Purcell, Mendelssohn, Haydn et Haendel, rien d’important ni de lisible ne se prépare pour honorer Bohuslav Martinu. Cet immense musicien tchèque, né en 1890 à Polićka en Bohème dans le clocher d’une église où logeaient ses parents, et mort en 1959 a pourtant passé 17 ans de sa vie en France. Il étudie le violon d’abord à l’école, puis dès que ses dons sont repérés, également l’orgue. Né dans un milieu francophile, il apprend le français et grandit à une époque où la France est plus que jamais dans l’air du temps après une exposition Rodin en 1902 au palais Kinsky à Prague et la publication de la nouvelle d’Apollinaire “Le passant de Prague”. L’indépendance d’esprit de Martinu lui fait rapidement préférer une formation en autodidacte. Après avoir intégré en 1913 en tant que second violon la Philharmonie Tchèque créée en 1894, il se lie d’amitié avec son directeur, Václac Talich. Ce dernier, grand amateur de musique française, lui permet de découvrir de l’intérieur les musiques de Ravel, Dukas, Roussel et surtout du tant admiré Debussy. La tournée des ballets russes de Serge de Diaghilev à Prague en 1913 est un autre choc le mettant cette fois en contact avec la musique de Stravinsky. Quelques années plus tard et après la mort de l’empereur Francois-Joseph en 1916 et l’effondrement de l’empire austro-hongrois qui s’en suit, la Rhapsodie Tchèque, cantate pour fêter la République Tchèque naissante, est créée avec succès en janvier 1919. Martinu découvre ensuite l’Europe lors de plusieurs tournées avec la jeune Philharmonie Tchèque.


Paris, 1923


En novembre 1923, il gagne Paris en proclamant “je suis venu chercher à Paris, la clarté, l’ordre, la mesure, le goût et l’expression directe, exacte et sensible”. Il y rencontre Arthur Honegger et surtout Albert Roussel, personnalité qui va le marquer profondément et qui disait de son élève “Mon chef d’œuvre, ce sera Martinu”. En 1931, il épouse Charlotte Quennehen, une jeune française qui l’accompagnera toute sa vie. “Kytice”, sans doute le premier grand chef d’œuvre pour orchestre, solistes, chœurs d’adultes et d’enfants, commande de la Radio de Prague, est crée en 1937 avec un succès qui pour la première fois dépasse le cadre national. Présent à Paris lors de l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes nazies, il passe en zone libre avant d’émigrer, non sans difficultés, vers les Etats-Unis en 1941. Il y nouera des relations suivies notamment avec Georges Szell et Eugène Ormandy, hongrois arrivés entre les 2 guerres, et Serge Koussevitzky, américain d’origine russe passé par Paris et directeur du Boston Symphony Orchestra pendant plus de 20 ans. Lorsque Martinu retourne en Europe après la guerre, il réside alternativement en France et en Suisse où il meurt le 28 août 1959. Il ne retournera jamais dans son pays natal très rapidement occupé après la fin de la guerre par les troupes soviétiques. Son œuvre est immense avec presque 400 opus répertoriés par Harry Halbreich et d’une grande variété explorant tous les domaines. Il laisse notamment 6 extraordinaires symphonies essentiellement composées pendant la seconde guerre mondiale et créées par les commanditaires (Koussevitzky à Boston les première et troisième en 1942 et 1945, Szell à Cleveland la seconde, proche de Dvorak, en 1943 incluant une brève citation de la Marseillaise, Ormandy à Philadelphie la quatrième en 1945). Deux exceptions toutefois, la cinquième symphonie dédiée à la Philharmonie Tchèque et créée à Prague en 1947 par Rafaël Kubelik en l’absence du compositeur et la sixième dite “Fantaisies Symphoniques”, en hommage à Berlioz, créée à Boston en 1955 par Charles Munch, l’ami fidèle qui a recueilli Martinu pendant la guerre. On retiendra également la justement célèbre fresque orchestrale “Piero della Francesca” composée après la révélation de ce peintre lors d’un déplacement à Arezzo, œuvre créée à Salzbourg par Rafaël Kubelik le 26 août 1956, de très nombreuses pièces de musique de chambre et plusieurs opéras, dont le célèbre “Juliette ou la Clé des songes”, d’après la pièce de Georges Neveux, créé à Prague en 1938 et magnifiquement monté il y a quelques années à Paris. En tant que tchèque, Martinu s’est toujours intéressé aux voix et à la musique pour chœur composant à la toute fin de sa vie ces incroyables “Quatre Madrigaux” pour chœur à cappella, sorte de requiem, et en 1939, un de ses chefs d’œuvre trop rarement entendu, la Messe de Campagne, parfois appelée Messe au Champ d’honneur. Oeuvre de circonstance pour baryton et chœur d’hommes destinée à l’exécution en plein air, elle utilise un instrumentarium sans cordes très original (harmonium, piano, cuivres, clarinettes, flûtes, une riche percussion avec triangle, sistre et clochettes).


Le son Martinu


Le son Martinu y est reconnaissable d’emblée avec ce mélange de lumière et d’une énergie souvent motorique qui n’est pas sans rappeler le maître Roussel et le Stravinsky des Noces tant admirées. L’œuvre fut créée à Prague le 28 février 1946 par le Chœur et la Philharmonie tchèques sous la direction de Rafael Kubelik. On imagine l’émotion du public entendant cette étonnante et poignante musique quelques mois après la libération. Parmi les très nombreux chefs d’œuvre qui jalonnent la carrière de Martinu, on peut également citer : le concerto pour 2 orchestres à cordes, piano et timbales, à la gravité de circonstance (terminé juste avant les accords de Munich il fut créé par Paul Sacher en 1940) et dont le final est assez proche de la musique pour cordes, percussion et célesta de Bartok ; “Gilgamesh”, magnifique oratorio avec récitant créé triomphalement par Paul Sacher en janvier 1958 quelques mois avant la mort du compositeur, les 2 concertos pour violons, dont le second récemment enregistré magnifiquement par Isabelle Faust, “La prophétie d’Isaïe” dernier opus, d’ailleurs inachevé, pour 3 solistes, chœur d’hommes à 4 voix et un effectif orchestral atypique (alto, trompettes, timbales, piano…), le 4° concerto pour piano “Incantation” créé à New York par Stokowski et Rudolf Firkusny en 1956, les Paraboles, dernière œuvre orchestrale en forme d’hommage à Debussy, créée par Munch en 1959 et tant d’autres …


Maigre et indigne hommage….


Il est regrettable que la France, une des terres d’adoption de ce musicien attaché à sa patrie mais cosmopolite, n’honore pas ce musicien de génie. En cette année du cinquantenaire de sa disparition, il semble que seule la 6° symphonie soit programmée à Paris (29 mai, Pleyel, Philharmonique de Radio France, Peter Oundjian) alors même que dès la fin des années 80 un certain Neeme Järvi gravait avec l’orchestre de Bamberg une belle intégrale A Paris au moins, hormis une exposition au Conservatoire National de Région de Paris à partir du 9 avril, la programmation ressemble à un désolant et bien triste service minimum : le concerto pour 2 pianos et orchestre par Lawrence Foster et l’Ensemble Orchestral de Paris (26/5) et un concert de l’Orchestre de Picardie dirigé par Pascal Verrot à l’Athénée (8/6). En 2010 (!) Paavo Järvi dirigera les Fresques de Piero della Francesca et Harmut Haenchen Lidice (composée sous le choc de la destruction d’un village tchèque par les nazis le 10 juin 1942) à la tête de l’Orchestre de Paris. Quand on pense que Charles Munch, l’ami de toujours, a été le premier directeur musical de cet orchestre c’est un peu court ! Messieurs, Mesdames les responsables d’orchestre, assez de ces sempiternels cycles Mahler, Chostakovitch, Beethoven ou Brahms donnez nous le plaisir d’entendre Martinu… et Sibelius, ces 2 immenses symphonistes du XX° siècle. Pour écouter du Martinu, il faudra donc aller à Londres (l’intégrale des symphonies y sera donnée au Barbican Center), Genève, Bâle, Dresde ou Essen (Gilgamesh respectivement les 1 et 2 mai 2009) ou bien entendu à Prague. Maigre consolation, la programmation des orchestres américains, autre terre d’adoption de Martinu, ne met pas plus à l’honneur Martinu, à l’exception notable du New York Philharmonic qui a programmé en mai prochain la 4° symphonie dirigée par Alan Gilbert et en novembre le 4° concerto pour piano avec Garrick Ohlsson. On pourra également entendre à Philadelphie en janvier 2010 la 3° symphonie dirigée par Jirí Belohlávek, grand défenseur actuel de la musique de Martinu. C’est décidément bien peu pour cette extraordinaire musique qui mérite mieux que cette passive, bien que non exclusivement française, indifférence.


Agenda Bohuslav Martinu 2009

Paris, CNR: exposition à partir du 9 avril 2009
Philharmonique de Radio France, Paris, Salle Pleyel, le 29 mai 2009, 6ème Symphonie
Ensemble Orchestral de Paris, Paris, TCE, le 26 mai 2009: Concerto pour 2 pianos
Paris, L’Athénée: Orchestre de Picardie, le 8 juin 2009

Visitez la www.martinu.cz
A lire le très beau et exhaustif livre “Martinu, un musicien à l’éveil des sources “de Guy Erisman (Actes Sud, 1990)

Illustrations: Bohuslav Martinu (DR)

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