Histoires d’opéras: Butterfly,Titus,Arabella,CarmenArte, dimanches 10,17,24 février puis 5 mars 2013

Histoires d’opéras
l’Opéra expliqué, accessible

Arte,


les dimanches 10,17,24 février puis 5 mars 2013

à 16h20

A Munich, à l’Opéra national de Bavière, le ténor français Roberto Alagna en guide idéal (accessible et simple) raconte ce qui fait la réussite mémorable de l’opéra de Puccini, Madame Butterfly (créé en février 1904). D’après le roman de Belasco, Puccini alors à Londres découvre le sujet de Cio Cio San, jeune japonaise, geisha soumise, prête à renoncer pour l’amour d’un Américain… L’histoire séduit immédiatement le compositeur qui échafaude une partition parmi les plus sensuelles, féeriques et tragiques de son catalogue. Le choc Orient Occident prend des allures de marivaudages tragiques : à l’innocence naïve et trop crédule de Cio Cio San, devenue Mme Pinkerton, répond l’irresponsabilité de l’officier américain qui n’a jamais vraiment cru à la cérémonie nuptiale qui occupe tout le Ier acte… La pauvre jeune fille y laissera tout ce qu’elle a: attendant telle Pénélope, son mari occidental, parti depuis 3 années, Butterfly espère, s’alanguit plus amoureuse que jamais (superbe duo des fleurs avec sa suivante et confidente Suzuki). Mais quand son aimé revient, c’est accompagné de sa véritable épouse américaine pour prendre le fils qu’il a eu de la japonaise…

bouleversante Butterfly munichoise, le 10 février

Sommet expressif et tragique de l’opéra, l’air tragique de Butterfly au III (Un bal di vedramo) impose les capacités de la soprano capable d’accents exacerbés et déchirants. Quand elle s’apprête à se suicider, paraît son fils auquel elle joue la comédie d’une mère sereine et attendrie… Roberto Alagna explique pourquoi la partition reste l’une des plus déchirantes de tout le répertoire lyrique, présente chacun des personnages clés (Sharpless, Suzuki, Pinkerton, Cio Cio San…).

En 26 mn, le docu prend le temps d’expliquer le fonctionnement artistique de l’Opéra munichois (programmation de répertoire c’est à dire alternant chaque soir un opéra différent), les enjeux techniques de la production (conception des lumières par exemple), évoque mais trop allusivement la riche histoire du théâtre des Wittelsbach où Louis II de Bavière a fait créer quasiment tous les opéras de Wagner au XIXè… Un temple de l’art lyrique où la vériste et si déchirante Butterfly de Puccini a évidemment toute sa place.

Le Sesto d’Elina Garança, le 17 février

Pleins feux sur le dernier seria de Mozart (et pas comme il est dit ici, le dernier opéra de Mozart: c’est omettre La Flûte enchantée, ouvrage réalisé de façon contemporaine à Titus). En 1791, la révolution française ayant produit ses effets, l’Empire autrichien se met à la page: pour le sacre de l’Empereur Rodolphe, frère et successeur de Leopold II (le commanditaire des Noces et de Cosi fan tutte), Mozart reçoit la commande de La Clémence de Titus: un ouvrage de la fin, recueillant les dernières inflexions stylistiques du compositeur autrichien, représenté à Prague où le nouvel Empereur d’Autriche est couronné roi de Bohème. A défaut d’un Salieri ou d’un CImrosa disponible pour relever les défis de la commande, c’est finalement l’administration impériale qui sollicite Mozart… un comble quand on sait le génie du musicien et l’apport de Titus dans l’histoire de l’opéra seria néoclassique et déjà romantique.

Le docu met l’accent avec raison sur l’essor du sentiment déjà romantique qui place Mozart au nombre des compositeurs les plus visionnaires de tous les temps. En guide attachante, la mezzo slovène Elina Garança qui chante le personnage travesti de Sesto, l’ami de Titus. L’action se déroule à Rome, juste après l’explostion du Vésuve sous le règne de l’Empereur Titus. Le parallèle avec Leopold est incontournable mais pour autant Mozart tout en relevant l’exploit de composer l’oeuvre de circonstance en seulement 17 jours !, réussit un opéra parmi les plus poignants, juste dans l’expression des sentiments contrariés, intense et resserré dans l’écriture; l’orchestration est des plus raffinée dont en évidence, la clarinette de basset, en fait le cor de basset dont le timbre spécifique, particulièrement adulé par le compositeur, est associé à deux airs parmi les plus importants de l’ouvrage: l’air de Sesto et celui de Vitellia. Dans le premier, la clarinette dialogue avec la voix en un double concerto, véritable miroir étincelant et incandescent de l’âme du jeune homme, ardent amoureux prêt à tout pour satisfaire le souhaits de sa bien-aimée; celle ci justement dans son grand air réalise cette fameuse bascule de l’opéra: la femme de pouvoir qui ensorcèle et manipule Sesto, se révèle à elle-même et reconnaît qu’elle aime celui qu’elle instrumentalise (pour tuer l’Empereur). Miracle de l’amour où une femme politique baisse le masque et dévoile ses qualités de coeur: métamorphose inouïe dont seul Mozart a eu le génie au début des années 1790.

Le montage confond les deux airs et peine à distinguer ce que chacun apporte dans le flux du drame mozartien. De toute évidence il est juste de souligner combien la clarinette indique deux sommets expressifs de l’opéra: le traitement à l’image est malheureusement raté. Surtout pour le grand air de métamorphose de Vittelia (véritable héroïne de l’opéra). Pour le reste, la recette demeure efficace: Elina Garança éblouit dans le rôle de Sesto, et raconte l’intrigue aux côtés du ténor incarnant Titus: voici bien un sujet déterminant et aussi emblématique de l’époque rationelle, moraliste, des Lumières: Mozart peint le portrait d’un despote éclairé, capable de tendresse, de compassion, d’amour fraternel… Alors qu’il est prêt à exécuter son meilleur ami Sesto qui l’a trahi (sans hésiter), Vitellia métamorphosée, avoue sa noirceur haineuse et conspiratrice ; le coup d’état auquel Titus a échappé in extremis à la fin du I, c’est elle qui en est l’unique cerveau: l’instigratrice honteuse et terrifiante. Titus pardonne ; Sesto vivra.

Même l’admirable air au II de Servilia, la soeur de Sesto que Titus a choisi d’épouser, n’est pas omis: la jeune femme en appelle à la tendresse de Vitellia et lui demande de sauver Sesto… Jamais Mozart n’a été aussi juste dans l’expression des sentiments, aussi visionnaire et déjà romantique avant l’heure. Cette modernité mozartienne est parfaitement saisie et expliquée dans le film. Défi relevé. En 26 mn, le docu évoque même le fonctionnement technique de la production, tout ce que le fonctionnement d’un opéra comme celui de Vienne doit produire et maîtriser.

Histoires d’opéras. Mozart: La Clémence de Titus à l’Opéra de Vienne, avec Elena Garança (Sesto). 26 mn, inédit.

agenda
le 10 février : Roberto Alagna explique Madame Butterfly de Puccini à l’Opéra de Munich

le 17 février : Renée Fleming commente Arabella de Richard Strauss à l’Opéra Bastille à Paris

le 24 février : Elina Garanca souligne la modernité de La Clémence de Titus, dernier seria de Mozart (1791)

le 5 mars 2013 : Béatrice Uria Monzon interroge l’actualité de Carmen de Bizet…

Réalisation : Nicolas Crapanne (4 x 26 min.)

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