Giuseppe Verdi: Simon BoccanegraFrance Musique, samedi 23 mars 2013, 19h30


Giuseppe Verdi
Simon Boccanegra


Plácido Domingo, baryton, Simon Boccanegra

Créé dans sa première version à Venise, le 12
mars 1857, Simon Boccanegra connaît une révision par le compositeur et
son librettiste d’alors, Boito ; cette seconde version est créée à
Milan le 24 février 1881.
Le travail de Verdi a produit un ouvrage
violent et sombre, d’une profondeur sincère que l’on redécouvre aujourd’hui, sur le pouvoir et l’amour. Dans l’opéra, le
compositeur n’hésite pas à traverser les générations et les temps d’un
destin héroïco-tragique, celui du capitaine devenu doge, Simon Boccanegra… pas moins de 25
ans séparent en effet le Prologue du début du I.

Boccanegra est certainement le dernier grand rôle verdien de Placido Domingo dont la carrière est déjà semée d’illustres incarnations verdiennes ; mais le plus souvent dans un emploi de ténor. Le chanteur madrilène devenu baryton chante aujourd’hui Rigoletto… et bientôt peut-être Falstaff (ce que fit il n’y a pas si longtemps Ruggero Raimondi à la toute fin de son activité lyrique).
Boccanegra est cet être touché par la grâce: fiancé et amant jamais apaisé (de Maria, la fille de Fiesco), et dans l’opéra, père imprévu d’une tendresse aussi bouleversante que celle justement de Rigoletto pour sa fille Gilda. Dans Boccanegra, Verdi étend l’arc chronologique : près de 25 ans séparent l’action du prologue, quand Simon devient doge de Gênes, de l’action proprement dite, quand parvenu au sommet du pouvoir, le doge doit assumer ses responsabilité, vis à vis des patriciens politiques, vis à vis du peuple. Comme Wagner dans Rienzi, Verdi aborde la figure du politique, ici vertueux, entièrement dévoué au bien public. Boccanegra doit surtout remercier l’appui pour son élection de Paolo… un allié d’hier qui deviendra son ennemi et son bourreau. Sombre et noire, austère voire monacale, l’opéra (d’une couleur éminemment tragique) suscite un accueil modéré à sa création vénitienne en 1857 ; révisé avec Boito en 1881, Simon Boccanegra nouvelle version obtient un succès mérité, jamais démenti jusqu’à nos jours.

Opéra donné en février 2013 à Vienne (State Opera)
Giuseppe Verdi
Simon Boccanegra

Opéra en un prologue et trois actes, basé sur le drame Simon Bocanegra (1843) par Antonio García Gutiérrez
Plácido Domingo, baryton, Simon Boccanegra, un corsaire
Barbara Frittoli, soprano, Maria Boccanegra, sa fille (Amelia Grimaldi)
Michele Pertusi, basse, Jacopo Fiesco, noble Génois (Andrea Grimaldi)
Roberto De Biasio, ténor, Gabriele Adorno, un gentilhomme génois
Orchestre de l’Opéra d’Etat de Vienne
Evelino Pidò, direction

France Musique
Opéra de Vienne (Evelino Pido, direction)
Samedi 23 mars 2013, 19h30

Plácido Domingo, baryton, Simon Boccanegra

En Simon Boccanegra, il
faut voir la figure tutélaire du politique vertueux, pacifiste et bon
père. Comme dans Luisa Miller, Rigoletto ou Aïda, la relation fille-père
est une donnée psychologique importante dans l’approfondissement
poétique de l’ ouvrage. C’est évidemment un thème très cher au
compositeur. Mais ici, la filiation résonne d’une vérité singulière:
l’accomplissement du destin de Boccanegra se réalise par l’assentiment
de la fille Amelia/Maria, enfin démasquée… Voici une autre fille
restée cachée à l’abri des intrigues et des convoitises (comme Gilda
dans Rigoletto)…
Nommé doge de Gênes grâce à l’appui d’un complice peu scrupuleux
qui se révélera être ensuite son assassin, Simon Boccanegra donne
prétexte au compositeur-dramaturge pour illustrer les conflits qui
naissent quand il faut concilier la défense du bien et l’exercice du
pouvoir. Point culminant de l’œuvre, la scène du Grand Conseil où la
stature du politicien démêle les intrigues, faisant entendre sa voix,
indiscutable. Or marin par son origine, celui qui a été nommé au poste
suprême, sent qu’il doit, tôt ou tard, payer sa réussite. Cette
acceptation philosophe, fatalisme et stoïcisme, donne une profondeur
troublante au personnage,
l’un des rôles les plus attachants du théâtre verdien: homme d’action,
de décision, puis politique habité par le renoncement et
l’accomplissement. Un rôle écrasant
et stimulant pour tous les barytons: humain, héroïque, comme peut
l’être celui tout autant sublime et shakespearien de Rodrigue, comte de
Posa dans Don Carlos…

Approfondir

Giuseppe Verdi
Simon Boccanegra

Mélodrame en un prologue et trois actes, livret de Francesco Maria Piave et Arrigo Boito
d’après la pièce d’Antonio Garcia Guttierrez

Comments are closed.