jeudi, décembre 8, 2022

Giacomo Puccini, Madame Butterfly (1904)Besançon et Dijon, du 3 au 13 mai 2007

A ne pas rater

Giacomo Puccini
Madame Butterfly
, 1904

Opéra de Besançon
Du 3 au 10 mai 2007

Opéra de Dijon
Du 9 au 13 mai 2007

Du Vérisme

Le vérisme fait entrer de plein fouet dans l’arène lyrique, le tragique vraisemblable, cette passion et cet héroïsme auparavant détenus par les seuls dieux, deni-dieux et héros de la mythologie, de la fable amoureuse ou de l’Histoire Biblique. Avec Cavalleria Rusticana de Mascagni (1890), la fureur sacrificielle et le désir de meurtre s’imposait définitivement, poursuivant l’oeuvre de Verdi dans La Traviata (1853) et de Bizet dans Carmen (1875), oeuvres qui accueillent chacune, le milieu des courtisanes et des cigaretières, bohémiens et exclus de la vie sociale et mondaine. Les gens du peuple gagnent leur droit d’entrer à l’opéra, dans la salle comme sur la scène.
Tranche de vie, vérité brute sans maquillage des conventions et des codes, l’opéra vériste rennouvelle le genre lyrique, tout en lui assurant l’extrêmisme de passions exaltées, de surcroît souvent au cours d’actions précipitées, fulgurantes, d’une rare efficacité dramaturgique. Cavalliera Rusticana reste un chef d’oeuvre en cela. Personnages du peuple, au bas de l’échelle sociale, les acteurs nouveaux de la scène lyrique revendiquent le droit d’exprimer la rage, la douleur, la terrifiante folie des passions humaines.

Passages atmosphériques, chant du coeur

Giacomo Puccini (1858-1924) recueille les recettes qui ont fait le triomphe des premiers ouvrages véristes entre 1890 et 1905, soit 15 ans de triomphes multiples, tout en développant sa conception personnelle du drame. En vérité, Puccini dépasse la simple étiquette vériste : fils d’une génération de compositeurs d’église, qui a d’ailleurs à son actif de nombreuses oeuvres sacrées dont une superbe Missa di Gloria, le compositeur surprend par son génie mélodique, ses audaces harmoniques, son sens supérieur de la dramaturgie qui le rendra intraitable avec ses librettistes. On regrette évidemment qu’il ne put accompagner jusqu’à son achèvement sa Turandot dont les premiers actes sont d’un niveau captivant. Le style fascine parce qu’il atténue le drame pour rechercher le chant du coeur. En cela, Puccini a imposé une veine poétique nouvelle, en touches quasiment impressionnistes. Parler de l’impressionnisme de Puccini aiderait grandement à resituer l’oeuvre, réévaluer sa richesse psychologique, son raffinement de texture et d’intention vocale. Puccini a souvent orfêvré de subtils passages atmosphériques, le lever du jour dans Tosca (1900) ; surtout les climats de pure poésie de Madame Butterfly (l’attente de Cio-Cio-San après le retour de Pinkerton). Il s’agit de partitions imprégnées d’un climat général éperdu et suspendu dont les protagonistes seraient les incarnations.
Verdi impose les individus. Puccini nous parle de sentiments, d’humeurs flottantes. Il préfigure souvent les colorations de Debussy et de Ravel qui ne cachait pas, d’ailleurs, son admiration pour l’auteur de Butterfly.

Avant les diaprures de Turandot où c’est la Chine impériale qui est évoquée, (sans les distorsions caricaturales d’un exotisme de pacotille), Puccini s’implique totalement dans la composition de Butterfly dont le cadre est le Japon post-industriel. L’ouvrage créé à Milan, le 17 février 1904, suscita bien peu de curiosité. C’était rendre un piètre hommage à la richesse inventive de la musique, au renouvellement de la veine tragique et passionnelle. Puccini très affecté par cet échec, mit trois années à s’en remettre, trois années pendant lesquelles il ne composa plus d’opéra.

Illustration

Kitagawa Utamaro, geisha (DR)

- Espace publicitaire -spot_img
- Sponsorisé -
Derniers articles

Cinéma. Maestro(s), le nouveau film de Bruno Chiche (7 déc 2022) 

Cinéma. Maestro(s), le nouveau film de Bruno Chiche (7 déc 2022)  -  Maestro(s), le nouveau film de Bruno Chiche,...
- Espace publicitaire -spot_img

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img