vendredi, décembre 9, 2022

Festival de Sablé 2011. Le 26 août 2011. Rameau: pièces de clavecin en concerts. Bruno Procopio, clavecin. Emmanuelle Guigues, viole de gambe. François Lazarevitch, flûtes.

A ne pas rater
Programmation rythmée et de plus en plus surprenante, plateaux d’interprètes convaincants et innovants à l’envi, accueil et courtoisie locale de rigueur: en 30 ans, Jean-Bernard Meunier a fait du festival de Sablé (33ème édition en août 2011), dans la Sarthe, l’un des fleurons musicaux de l’été parmi les plus captivants. On y suit des jeunes talents devenus stars du milieu (Amandine Beyer entre autres…); on y retrouve les étapes d’un travail à grande échelle par les nouveaux orchestres (Les 24 violons du Roy, Collegium 1704…); on y détecte les nouveaux tempéraments d’autant plus émergents au service de partitions pourtant connues mais ici régénérées (Pygmalion et Raphaël Pichon dans un programme Bach assez surprenant: lire ci après)… Voilà la « magie » de Sablé, à la fois éclectique et généreuse, toujours exigeante quand il faut défendre avant tout l’audace de nouvelles lectures…

2011 a même marqué les esprits: le directeur fondateur y faisait ses adieux, laissant pour l’avenir, une superbe machine, riche et découvertes et en talents, qui demain souhaitons le, saura encore et toujours nous séduire…

Pour l’heure, les temps forts de notre séjour (trop court comme toujours) mettaient en lumière un festival qui a su se renouveler d’édition en édition: bâtie autour de son noyau fédérateur, le Centre culturel Joel Letheule au centre de Sablé, la programmation de cette année est particulièrement festive et propice à nouveau aux jeunes talents, futur stars de demain. Citons en trois, dont le tempérament en activité pour Sablé 2011, a confirmé nos premières impressions et même surpris notre curiosité: Bruno Procopio, Chantal Santon, Raphaël Pichon. Retenez bien leurs noms: leur approche et leur style, nourriront les grands concerts de demain.

Perles raméliennes

C’était d’abord, un récital audacieux et difficile, choisissant les Pièces de clavecin en concerts (éditées en 1741) d’un Rameau au chambrisme unique, singulier, génial. La partie du clavier, si délicate tant elle n’accompagne pas mais dialogue avec les deux autres instruments (viole de gambe et flûte), est tenue par le jeune claveciniste (et maestro impeccable), Bruno Procopio (en avril dernier, il était l’invité dynamique et triomphant du Simon Bolivar Youth orchestra à Caracas pour y interpéter justement… Rameau): l’interprète maîtrise la volubilité et la richesse des nuances dynamiques avec d’autant plus de brio et de profondeur que l’acoustique de l’église choisie n’est guère favorable. Il est aidé et suivi en cela par ses partenaires, piliers expressifs d’un programme filigrané : Emmanuelle Guigues (viole de gambe) et François Lazarevitch (flûtes). C’est une immersion purement et strictement instrumentale où le compositeur réutilise la matière de ses opéras précédents (Castor et Pollux, 1737) ou invente des mélodies nouvelles qu’il emploiera ensuite dans ses ouvrages lyriques à venir. On aime la versatilité contrastée et ambiguë (secrètement critique) de La Poplinière (le patron de Rameau à Paris de 1731 à 1753), le mordant accrocheur et léger de…; surtout, l’intériorité poétique et cette profondeur tendre (si méconnue ou systématiquement niée chez Rameau) de La Boucon (gracieuse sarabande en hommage à la claveciniste Anne-Jeanne, future épouse de Mondonville) et de La Cupis (dédié au frère de la célèbre danseuse à l’Opéra royal): tout en exquise finesse, les 3 instrumentistes libèrent la vitalité expressive, s’écartent de l’artifice; revisitent avec un tempérament flamboyant mais jamais creux, la sincérité d’un cycle parmi les plus inventifs légués par Rameau. Ils sont tout trois virtuoses accomplis, et pour le concert, trouvent les affinités dont le charme opère et s’épanouit. Il n’est que de citer La Forqueray (et son insolent brio concertant) pour rappeler en filigrane, dans ce programme d’une insolente difficulté, combien Rameau exigeait de ses interprètes: maître d’une éloquence inouïe, l’auteur d’Hippolyte et Aricie souhaitait rendre hommage à l’un des plus grand solistes de son temps pour la viole. Le défi est ici crânement relevé. Voici un trio indiscutablement convaincant. le disque est annoncé, mais dans une version différente (la partie de dessus étant distribuée à la flûte comme au violon, avec Patrick Bismuth), chez Paraty, courant 2012. L’enregistrement faisant suite au concert de Sablé, programmé au dernier trimestre 2011. Voir aussi notre reportage vidéo exclusif Bruno Procopio interprète les Pièces de clavecin en concerts (Invalides, 2011):

Bruno Procopio: Pièces de clavecin en concerts de Jean-Philippe Rameau. Le claveciniste virtuose Bruno Procopio en dialogue
avec trois autres solistes d’exception souligne l’invention expressive
de ce nouveau dispositif instrumental qui fait de Jean-Philippe Rameau,
un défricheur visionnaire… Pièces de clavecin en concerts de
Jean-Philippe Rameau par Bruno Procopio, clavecin, avec Philippe Couvert, violon; François Lazarevich, flûte allemande; Emmanuelle Guigues, viole de gambe. Reportage vidéo exclusif

Festival de Sablé 2011. Le 26 août 2011. Rameau: pièces de clavecin en concerts. Bruno Procopio, clavecin. Emmanuelle Guigues, viole de gambe. François Lazarevitch, flûtes.

A venir: nos comptes rendus des concerts de la soprano Chantal Santon, de l’ensemble Pygmalion et Raphaël Pichon au festival de Sablé 2011.

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