Festival de musique baroque de Lyon Lyon, du 28 novembre 2009 au 26 mai 2010

28e Festival
de Musique Baroque

Lyon, Chapelle de la Trinité.
Du 28 novembre 2009 au 26 mai 2010

La Chapelle lyonnaise de la Trinité accueille en son cadre rénové un Festival Baroque. Jouant sur les anniversaires – Purcell, Haendel, Pergolèse -, on présente pour sa 28e édition des pages relativement peu connues – Athalia, de Haendel, motets pour la Chapelle du Roy, de Pierre Robert -, des mélanges savoureux – chants sacrés de Venise et du soufisme persan , et des recréations de climats –Irlande et Ecvosse du XVIIe, Café Zimmermann de J.S.Bach à Leipzig.


La longue vue magique des enfants

« Lorsque j’ai posé ma plume, que l’appréhension de la page blanche est derrière moi, que j’examine ma programmation artistique d’un œil mi-critique, mi-satisfait, il me semble voir, à travers la liste des œuvres et des artistes invités, ces figures géométriques improbables et colorées, variant à l’infini dans ces longues vues magiques qui fascinent les enfants. » Confessions d’un Directeur Artistique, à tout le moins mode d’emploi pour une fonction qui tient de la direction d’entreprise culturelle, du management d’artistes, et –pour ce qui concerne la Chapelle de la Trinité – de la gestion patrimoniale… Le texte d’Eric Desnoues, directeur artistique de ce Festival lyonnais quasi-hivernal, a aussi le mérite de poser avec humour sous-jacent et en trompe-l’œil la question du renouvellement des programmations quand, parti naguère d’un festival de musique sacrée, on arrive à la 28e expérience de ce qui est devenu aux yeux et oreilles de toutes générations l’évidence baroqueuse pour les musiques des XVIe au XVIIIe… Autrement dit : comment se renouveler, et aussi naviguer entre la demande réitérative et majoritaire des trop seuls chefs-d’œuvre et le désir un peu « happy few » d’explorer des territoires « neufs »(dans l’ancien) ? Sans parler d’une « balance » à établir entre les interprètes sur-aimés et des « à_connaître » qui n’ont pas encore fait toutes leurs preuves médiatiques…

Happy birthday to you, Henry and Giovanni Battista

Heureusement pour les directeurs artistiques, on a inventé…les birthday (happy, élémentaire, mon cher Purcell) et les deathdays (very sad, but necessary, and so useful ), à répartir tous les 50 ou 100 ans pour comptes ronds (et éventuellement décennies en temps de détresse célébratoire). 2010 est richissime en ce domaine – et certes romantiquement béni à cause de Schumann et Chopin , mais Pergolèse, comme nul ne l’ignore, vit le jour de sa vie si brève il y aura 3 siècles -…au fait, le Festival Baroque de la Trinité semble se terminer à Noël 2009, non ? Exact, mais il a une coda décalée en échos, 6 concerts en suite d’hiver et de printemps, donc va pour Pergolèse-010. Et 2009 : 350e birthday de Purcell, 250e deathday pour Haendel. L’âme rassurée, cherchons d’abord chez l’auteur du poignant O solitude – un des plus beaux autoportraits qui aient été mis en musique au siècle européen de Rembrandt et de Pascal – le diptyque composé pour la Reine Mary, la protectrice de Purcell, chérie par le musicien et d’ailleurs le peuple anglais. Une Ode joyeuse célébra le 32e anniversaire de la souveraine ; deux ans plus tard, Mary mourait brutalement. Purcell écrivit pour ses funérailles une Musique funèbre troublante de vérité et de beauté. Encore un an, et lui-même – à 36 ans – mourait de la phtisie qui le minait : alors on joua cette Ode funèbre : voilà bien des mises en abyme, vitales et esthétiques, constateront les doctes. Nous, pleurons sur ces destins, en nous rappelant que « morte la mort, plus rien n’est à mourir », comme le chanta un baroque… La Fenice – l’Oiseau qui renaît de ses cendres, 4e abyme – et Jean Tubéry traduiront à merveille cet enchevêtrement, et lui adjoindront des extraits de King Arthur. Fin mai, l’encore-plus-tendre victime-de-la-Camarde (à 26 ans !), Giovanni- Battista Pergolese, sera célébré par le Theater of Early Music abat Mat(er(D.Taylor) dans le glorieux Salve Regina et le bouleversant Stabat Mater, Pieta digne du tableau (XIVe) de Villeneuve les Avignon ou de la sculpture de Michel Ange…

Doulce Mémoire du Concile de Trente

Côté Haendel (250e de la disparition), on retourne paradoxalement vers la France, et on pourrait recommencer à réciter, comme du temps où La Princesse de Clèves n’était pas mise à l’étude ou à la mémoire par les seuls imbéciles et sadiques : « Oui je viens dans son temple adorer l’Eternel. Je viens, selon l’usage antique et solennel, Célébrer avec vous la fameuse journée Où sur le Mont Sina la loi nous fut donnée. » Car à la Chapelle ce soir sera donné l’Athalie de Racine, adaptée (et traduite : à vos dictionnaires !) pour un Oratorio composé par Haendel –Anglais avant le Messie. C’est un chef anglais Paul Goodwind, qui dirige choeur allemand (Vocalconsort Berlin, ) et orchestre suisse (Kammerorchester Basel). Côté post-castrats, un autre programme Haendel sera donné au printemps, avec des airs d’opéras (Serse, Faramondo) que l’ex-Petit Chanteur de Vienne Max Emanuel Cencic contre-ténorisera au milieu de I Barocchisti (Diego Fasolis). Evidemment sans date trop précise, on se portera vers les expériences et dosages toujours originaux de Denis Raisin-Dadre, qui avec sa Doulce Mémoire Renaissante, recherche des liens entre confréries catholiques post-tridentines (adjectif savant : « d’après le Concile de Trente », vous ne perdez pas votre temps culturel en lisant attentivement classiquenews), usant des langues parlées localement et donc moins élitistes que les musiques contrapuntiques, et celles, à tendance mystique, du soufisme en terre d’Islam, « aux mélodies entêtantes, aux rythmes répétitifs, qui mettent le fidèle dans un état proche de la transe sacrée ». Jordi Savall délaisse son espace méditerranéen pour se porter vers les brouillards d’Irlande et d’Ecosse qui résonnent des chants mélancoliques des immigrés, déracinés et affamés de là-bas : « aux racines de la musique celtique et à travers des manuscrits du XVIIe, ce sont la force et la beauté nue de mélodies à caractère spirituel », la viole du Catalan et la harpe irlandaise d’A.Lawrence-King traduisent cette harmonieuse et parfois déchirante mélancolie. Et bien plus à l’est de tout cela, la Trinité accueille aussi, – selon sa tradition quasi-immémoriale d’ouverture slave – le Chœur du Monastère Vyssoko de Moscou (pour le pré-Noël), puis celui de Yaroslav (pour la Pâque Russe).

Au Café Zimmermann

Restent des classiques du baroque violonissime , avec Giuliano Carmignola et son Venice Baroque Orchestra, dans les concertos vivaldiens et leclairiens. Et aussi une intéressante invitation faite à l’Ensemble Vocal et Instrumental du CNSMD lyonnais, que mène en pédagogie et concerts l’enseignante et chef Nicole Corti : les Motets pour la Chapelle du Roy permettront de mieux connaître l’œuvre considérable, à haute teneur mystico-sacrée, de Pierre Robert, qui fut avec Du Mont et Lully le co-créateur du Grand Motet français. On ne négligera pas une incursion en territoire classique par la Maîtrise de la Primatiale Saint-Jean (J.F.Duchamp) qui naviguera en la Messe PUR Lord Nelson, de Haydn. Ni non plus le concert baroque trinitaire par les « musiciens en herbe » du Jardin de la Chapelle, sur l’initiative des Amis du Festival et de la Chapelle.
« …Le type protestait qu’il ne pouvait pas se rappeler la commande de tous les quidams qui passaient par là, et qui demandaient qui un p’tit blanc qui un ballon qui un noir un perroquet ou un ricard. Et j’en passe, vous vous rendez compte du boulot… » Etes-vous déjà allé au « Café Zimmermann », non pas le vrai du temps de J.S.Bach mais celui du beau roman qui porte ce titre grâce à la transcription à notre époque de Catherine Lépront (Seuil, 2001) ? La flûtiste Diana Baroni et le claveciniste Dirk Börner feront revivre à la Trinité « l’esprit du Café de Leipzig » grâce aux Sonates de Bach et de Mattheson, là où le Père de la Musique montrait combien il savait apprécier la convivialité, les nourritures terrestres et les amitiés agissantes sans déroger ou s’encanailler. On dégustera chocolat chaud, thé, café et viennoiserie en après-concert. Aux autorités de tutelle patrimoniale sinon aux ecclésiastiques vous pourriez même demander l’ouverture d’un Zimmermann en Presqu’île : allez, pétition ?

Lyon, Chapelle de la Trinité. 28e Festival de Musique Baroque. Du 28 novembre 2009 au 26 mai 2010. Samedi 28 novembre 09, 17h ; mardi 1er décembre, 20h30 ; mercredi 2 décembre, 20h30 ; dimanche 6 décembre, 16h ; mercredi 9, 20h30 ; samedi 12, 20h30 et dimanche 13, 10h30, 17h ; jeudi 17, 20h30 . Samedi 30 janvier 2010, 20h30 ; samedi 27 mars, 15h ; mardi 30 mars, 20h30 ; jeudi 1er avril, 20h30 ; mercredi 26 mai, 20h30. Information et réservation : T. 04 78 38 09 09 ; www.lachapelle-lyon.org

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