CLASSIQUENEWS : Depuis que vous êtes directeur artistique, comment avez-vous fait évoluer le Festival ? Dans quelle direction ?
YVES RECHSTEINER : J’ai pris assez tôt deux décisions : D’abord, le Festival international Toulouse les Orgues est un festival de référence pour l’orgue à tuyaux. Tous les concerts impliquent donc un orgue à tuyaux, quelle que soit la formation ou le style de musique. Ce n’était pas forcément le cas auparavant. Ensuite, l’orgue permet l’exécution de n’importe quel style de musique. J’ai donc ouvert le Festival aux musiques actuelles et musiques traditionnelles. Je travaille au long terme à développer l’utilisation de l’orgue à tuyaux par des musiciens et musiciennes qui ne sont pas issus du milieu classique, ceci dans un souci de varier la composition de l’écosystème « orgue » et d’accueillir aussi d’autres publics.
En résumé, Toulouse les Orgues est un festival uniquement d’orgue, mais avec toutes les musiques.
CLASSIQUENEWS : De quelle façon diversifier la programmation et surprendre les festivaliers ? En particulier pour cette édition anniversaire ? Quelles seraient les « surprises » de ce cru 2025 ?
YVES RECHSTEINER : Pour être honnête il n’y a pas de surprise particulière pour l’édition anniversaire 2025 mais il y a des surprises à chaque édition. Mon travail est de créer l’envie et la curiosité.
Cette année, j’installe pour la première fois un piano de concert sous le Grand Orgue de la Basilique Saint-Sernin pour le Concert d’Ouverture, et j’invite un programme très original Bach’s Engram pour le Concert de Clôture. La surprise grand public de cette année est aussi la venue de « l’organiste Interstellar », Roger Sayer, et celle de l’organiste américaine Kali Malone.
CLASSIQUENEWS : Avez-vous constaté des évolutions notables dans le profil des organistes actuels, parmi les nouvelles générations ?
YVES RECHSTEINER : Il y a des évolutions, mais lentes. J’aimerais souligner d’abord la qualité des organistes qui sont formés dans les grandes écoles françaises. Ce sont de merveilleux musiciens et musiciennes qui quittent nos établissements avec un diplôme. Je suis très heureux d’en accueillir plusieurs cette année au Festival.
Ensuite tous les jeunes organistes ont conscience de devoir renouveler l’offre artistique de concert d’orgue traditionnel. Ainsi, même si la majorité reste fidèle au répertoire classique, beaucoup se lancent dans l’art de la transcription, certains développent des projets personnels avec d’autres musiciens et musiciennes, et enfin quelques uns et unes osent des projets qui sortent des frontières du classique et même de celles de l’orgue à tuyaux en intégrant les claviers synthétiques dans leur pratique. La mobilité de l’orgue est aussi une préoccupation chez plusieurs jeunes organistes, même si c’est une question complexe.
CLASSIQUENEWS : De même, comment a évolué le profil des festivaliers ? Avez-vous identifié leurs attentes, leurs goûts de saison en saison ?
YVES RECHSTEINER : Nous avons à la fois des festivaliers très fidèles tout en ayant un renouvellement réjouissant du public. Une étude évoquait le profil de notre public ainsi « amateur de musique curieux de nouvelles expériences ». D’un côté, les amateurs d’orgue savent trouver au Festival international Toulouse les Orgues une offre pointue, avec des organistes de notoriété internationale qui se produisent sur un patrimoine d’orgues réputé. D’un autre côté, nous savons intéresser un nouveau public par une communication très travaillée, une offre musicale variée qui suscite la curiosité par un mélange toujours renouvelé entre musique de création et lieux patrimoniaux. Portrait d’Yves Rechsteiner © T Guillin
CLASSIQUENEWS : Quelle est votre propre conception d’un concert d’orgue ? De quelle façon, surprend t il toujours l’auditeur ? Comment expliquer son attractivité jamais démentie ?
YVES RECHSTEINER : L’attractivité du concert d’orgue n’est justement pas garantie. Dans de nombreux lieux, la fréquentation moyenne est de 60 personnes par concert. Toutefois, cet été une organiste active sur les réseaux sociaux a réussi à remplir la cathédrale de Köln avec presque 12 000 personnes. Nous vivons donc une époque plutôt stimulante !
Je pense que l’expérience du concert d’orgue est d’abord une immersion sonore dans un lieu patrimonial. C’est la différence fondamentale avec d’autres instruments, et c’est ce qui m’a fait me rapprocher des musiques électroniques dès le début de mon activité, car je percevais le côté « immersion sonore » dans les deux esthétiques musicales.
Pour le reste, je pense qu’il faut au concert d’orgue, la même chose à n’importe quel concert : de très bons musiciens et musiciennes.
Propos recueillis en sept 2025
Photo d’Yves Rechsteiner (profil) © Mathieu Sartre
présentation
LIRE aussi notre présentation générale du Festival international TOULOUSE LES ORGUES 2025, 30ème édition, du au 2025 : https://www.classiquenews.com/toulouse-30e-festival-international-toulouse-les-orgues-du-1er-au-12-octobre-2025/
2025 marque la 30ème édition du festival international Toulouse les Orgues. 2000 ans après son invention, l’orgue à tuyaux fascine toujours : praticiens en nombre, public enthousiaste… L’engouement autour de l’instrument suscite passions et vocations autant pour son très riche répertoire classique que grâce aux nouvelles expériences sonores explorées avec inventivité et talent par les compositeurs contemporains… Pour son anniversaire, le Festival célèbre cette vitalité plurielle en réservant un tremplin privilégié aux tempéraments de la nouvelle génération d’organistes.
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