samedi, février 4, 2023

ENTRETIEN avec Robin PHARO / Près de votre oreille, à propos du nouvel album discographique « Blessed Echoes » (1 cd Paraty)

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ENTRETIEN avec Robin PHARO / Près de votre oreille, à propos du nouvel album discographique « Blessed Echoes » / Luth songs à l’époque d’Elisabeth Ière et Jacques Ier (1 cd Paraty). Le 17 février 2023 paraît le nouvel album de Robin Pharo et son ensemble Près de votre oreille. C’est le nouveau jalon d’un long cheminement dédié aux chansons avec luth de l’époque élisabethaine (Elisabeth Ière et Jacques Ier), quand les compositeurs écrivaient eux-mêmes leurs textes ou collaboraient avec les dramaturges dont … Shakespeare. Robin Pharo offre un festival de timbres et de couleurs et ajoute, pratique avérée d’époque, le jeu expressif, miroitant des deux Lyra-viols au sein d’un instrumentarium voluptueux, onirique. Ici le geste qui semble fantaisie et pure liberté en complicité, s’accorde étroitement à la force dramatique des poèmes, incarnée par 4 chanteurs. La révélation de sensibilités telles que Thomas Ford, Robert Jones, John Dowland, Philipp Rosseter, Thomas Campion… dévoile un âge d’or de la musique littéraire, joyau désormais emblématique de l’Angleterre elisabéthaine. Le programme remarquablement orfévré est une suite de révélations. Entretien pour classiquenews.

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Robin Pharo et les musiciens de l’ensemble Près de votre oreille (DR)

 

 

CLASSIQUENEWS : En quoi ce projet est-il emblématique de votre ensemble Près de votre oreille ?

ROBIN PHARO : Le programme est comme l’aboutissement d’un long travail de recherche mené depuis 5 années et centré sur la chanson élisabethaine avec luth. Il prolonge notre précédent cd « Come sorrow » et a été pensé comme une « fresque », une peinture qui, sur scène, visuellement, offre une large palette de timbres et de couleurs. L’instrumentarium choisi pour accompagner les 4 chanteurs permet une grande richesse sonore en présentant des timbres rares : ceux du luth renaissance, du virginal, du cistre et des 2 lyra-viols.

 

 

CLASSIQUENEWS : Vous ajoutez la formation spécifique des deux Lyra-viols. Quels ont été défis dans l’écriture de leur partie ? Qu’apporte esthétiquement les 2 Lyra-viols?

ROBIN PHARO : aux côtés du luth, le rôle de la viole comme instrument polyphonique est évoqué dans le répertoire élisabethain pour les voix. Dans notre cd précédent « Come sorrow », nous avons déjà abordé cet aspect en particulier en jouant les chansons du recueil de Robert Jones (lequel est également présent dans « Blessed Echoes »). En réalité, la présence des violes dans le programme, découle des nombreux témoignages évoquant la présence de violes polyphoniques dans les représentations de Masks à la Cour. Je me suis inspiré des travaux de Tobias Hume, Thomas Ford qui mêlent viole et voix. J’ai donc ajouté les deux violes en prenant appui sur leurs propres œuvres. Cela apporte une grande diversité de couleurs, de timbres, d’un couplet à l’autre ; l’auditeur écoute une partie pour luth seule puis le couplet suivant joué par les violes ; il en résulte une importante diversité formelle et sonore.

La difficulté d’écriture des transcriptions pour les 2 lyra-viols réside dans le fait que j’ai choisi d’utiliser une scordatura, appelée « The First Tunning » par Alfonso Ferrabosco II. Cela a donc nécessité la compréhension et le fonctionnement d’un nouvel accord qui change complètement l’habitude qu’on a de jouer sur la viole de gambe et qui rend difficile, dans un premier temps, la capacité à écrire ».
Je ne savais pas si ce travail d’écriture allait fonctionner ; il fallait trouver un juste équilibre sur le plan sonore afin que les violes ne soient pas trop présentes au sein de l’instrumentarium et qu’elles permettent simplement d’avoir accès à un outil expressif supplémentaire.

Le résultat est très convaincant : les deux lyra-viols ont un grain, une résonance, une tension extrêmement riche, avec une couleur acerbe, très expressive. En cela la première pièce « Like Hermit poore » d’Alfonso Ferrabosco est emblématique : l’arrangement pour les 2 lyra-viols (qui précisément jouent la partie originel du luth seul) et la voix que j’ai réalisé, montrent que cela fonctionne parfaitement.

 

CLASSIQUENEWS : Quels sont les thèmes des poèmes que vous avez sélectionnés ?

ROBIN PHARO :D’abord, j’ai choisi chaque pièce parce que musicalement, elle était très belle ; ensuite, ce choix s’est d’autant mieux confirmé que la qualité littéraire du poème répondait à la séduction de la musique. De façon général, la qualité des poèmes est égale à la qualité de la musique. Le programme débute de façon assez dure voire sévère avec le Ferrabosco déjà cité (« Like Hermit poore ») où le texte évoque la figure d’un ermite reclus; la mort frappe à sa porte… On est immédiatement séduit par l’esthétique littéraire, la force du sujet et la grande mélancolie qui s’en dégage ; le cycle s’achève sur la chanson et le texte de Thomas Campion (puisque dans beaucoup de cas, le compositeur écrit le texte de sa chanson) : « Never Weather-beaten salle (1613). La pièce évoque avec beaucoup de douceur la mort du pèlerin fatigué qui s’éteint dans un calme admirable et bouleversant.
En réalité, les sujets sont divers et très variés : ils vont de la mélancolie à l’amour combattant… Écoutez « Not full twelve years twice told » de Thomas Ford : le poète, comme soulagé, se console de mourir alors qu’il n’a pas deux fois douze ans… la qualité des vers est saisissante et les images, elles aussi bouleversantes.

 

CLASSIQUENEWS : Que savons-nous réellement du contexte dans lequel les chansons étaient jouées ?

ROBIN PHARO :D’après les sources et les témoignages, les chansons avec luth / Luth Songs, étaient jouées dans les cercles relativement aisés, au sein de l’élite et également insérées dans l’action des pièces de théâtre – il y avait à Londres, beaucoup de théâtres publiques. Le lien entre théâtre et luth songs est attesté en particulier à travers la collaboration entre Robert Johnson et… Shakespeare.

 

CLASSIQUENEWS : comme un clin d’oeil contemporain, vous jouez en conclusion le poème de Baudelaire « Réversibilité ». Pour quelle raison ?

ROBIN PHARO : Depuis plusieurs années j’aime mettre en musique des poèmes que je choisis. Pendant le confinement, je me suis consacré intensément à ce travail. Le poème de Baudelaire qui interpelle l’ange de gaieté, de bonté, de beauté et le sensibilise sur la condition humaine si misérable, nous permet de clore ce programme en chantant tous les 7, accompagnés à la guitare.

 

 

Propos recueillis en janvier 2023

 

 

 

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CD & CONCERT

 

Près de votre oreille / Robin Pharo : Blessed Echoes / Luth songs à l’époque d’Elisabeth Ière et Jacques Ier – 1 cd PARATY – parution le 17 février 2023 – CLIC de CLASSIQUENEWS – critique développée à paraître sur classiquenews, le jour de la parution du cd.

CONCERT : La Marbrerie, MONTREUIL, mardi 1er février 2023, 19h : https://www.classiquenews.com/montreuil-la-marbrerie-blessed-echoes-pres-de-votre-oreille-dir-robin-pharo-mer-1er-fev-2023/

 

 

CD – LIRE notre annonce et présentation du CD  » Blessed Echoes  » / Près de votre oreille, Robin Pharo ( 1cd Paraty) – Parution : le 17 février 2023 : https://www.classiquenews.com/montreuil-la-marbrerie-blessed-echoes-pres-de-votre-oreille-dir-robin-pharo-mer-1er-fev-2023/

 

 

 

 

 

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