ENTRETIEN avec Philippe Herreweghe

ENTRETIENS – PORTRAITS par Hélène Biard.  C’est à la veille d’une tournée de neuf concerts en Belgique, en France et en Italie, avec le Collegium Vocale Gent et l’Orchestre des Champs Elysées que Philippe Herreweghe a accepté de nous accorder une interview téléphonique. Entrevue au cours de laquelle nous avons évoqué un parcours atypique, ses ensembles (le Collegium Vocale Gent et l’Orchestre des Champs-Elysées) et ses projets à venir.

 

 

Philippe Herreweghe : De la médecine à la direction d’orchestre… Tout pour la musique

 

herreweghe philippeUNE CARRIERE ATYPIQUE ET EXEMPLAIRE. «J’ai toujours été attiré par le médecine et par la musique. J’ai donc suivi un parcours universitaire, à la fin duquel j’ai décroché un doctorat en psychiatrie, et des études au conservatoire de Gand, ma ville natale. A l’époque la pratique amateur était très importante et faisait quasiment jeu égal avec la pratique professionnelle; j’ai donc débuté comme chef amateur avant de devenir semi professionnel. Comme la direction d’orchestre et la direction de choeur m’attiraient depuis longtemps, j’ai fondé le Collegium Vocale Gent en 1970. Mon doctorat en poche, j’ai choisi la carrière musicale de manière définitive; j’avais 25 ans» nous dit Philippe Herrweghe qui poursuit : «Ce sont deux grands chefs, en l’ocurrence Gustav Leonardt et Nikolaus Harnoncourt dont la récente disparition m’attriste beaucoup (NDLR : décédé le 6 mars 2016), qui m’ont, non seulement encouragé mais aussi permis de faire mes premiers pas professionnels. C’est avec eux que j’ai réalisé mes premiers enregistrements au disque. Je leur dois beaucoup; j’ai évolué stylistiquement et musicalement grâce à leur enseignement.» A la fois dynamique et passionné par les principales périodes de la musique, Philippe Herreweghe fonde au fil des années plusieurs ensembles qui lui permettent d’aborder un répertoire aussi large que possible.

Les ensembles

«Afin de pouvoir aborder un vaste répertoire vocal et instrumental, j’ai fondé plusieurs ensembles et orchestres. Ainsi avec le Collegium Vocale Gent, je m’intéresse à la musique ancienne mais aussi aux périodes baroque et classique. L’Orchestre des Champs-Elysées, anciennement nommé «La Chapelle Royale» joue sur instruments anciens des Å“uvres allant du XVIIIe siècle jusqu’au début du XXe. Je suis également chef permanent de l’Orchestre National de Flandre; le travail avec chacun de ces ensembles ou orchestres et cette diversité de répertoires oblige aussi à une vigilance constante» précise le chef gantois. «Et comme l’Orchestre des Champs Elysées joue sur instruments d’époque, nous sommes au plus près des tonalités d’origine». Et d’ajouter : «Pendant longtemps nous avons enregistré avec le label Harmonia Mundi. Mais comme je voulais être totalement libre de mes choix et de mes mouvements j’ai créé mon propre label, «Phi», la lettre grecque», ajoute-t-il en aparté. «Cela me permet d’enregistrer ce que je veux quand je veux» aime à préciser Philippe Herreweghe qui ne veut dépendre de personne d’autre que lui-même dans ce domaine.

Les Sept dernières paroles du Christ en croix

«C’est l’Orchestre des Champs-Elysées qui a programmé cette Å“uvre; il s’est donc naturellement tourné vers l’oratorio, la dernière des quatre versions du chef-d’oeuvre de Haydn». Le chef belge poursuit : «Si au départ il s’agissait d’une Å“uvre pour orchestre destinée à souligner la liturgie du Vendredi Saint, chacune des trois autres versions, quatuor, oratorio «primitif» et l’oratorio tel que nous le connaissons, a son intérêt et a ses difficultés propres. Haydn a, chaque fois, composé une musique riche, complexe mais aussi sereine dans l’expression de la foi en Dieu». La musique de Haydn est d’ailleurs remarquablement servie par le Collegium Vocale Gent et l’Orchestre des Champs-Elysées qui maîtrisent parfaitement leur sujet.

Les projets : Bruckner, Brahms, Beethoven…

TAP Poitiers : Philippe Herreweghe joue Promethée«Nous avons la chance d’avoir un administrateur très dynamique qui déborde d’idées et de projets. Ceci dit, vous savez que j’ai été le directeur artistique du festival de Saintes pendant 20 ans. Je suis donc encore très lié à l’Abbaye aux Dames où je reviens chaque année avec le Collegium Vocale Gent et l’Orchestre des Champs-Elysées» confirme Philippe Herreweghe en préambule avant de poursuivre : «cette année (juillet 2016) je dirigerai un concert de l’Orchestre des Champs Elysées fusionné pour l’occasion au Jeune Orchestre de l’Abbaye (JOA) au cours duquel nous jouerons la Sixième symphonie de Bruckner; et le Collegium Vocale Gent donnera aussi deux concerts.». Mais Philippe Herreweghe, chef volontaire et dynamique ne compte pas s’arrêter pas en si bon chemin : «Nous aimerions enregistrer l’intégrale des Symphonies de Beethoven que nous présenterons à Paris l’an prochain. Dans les prochains mois, nous entamerons un grand cycle Brahms sur plusieurs saisons, aborderons la Messe en ut mineur de Beethoven à Saintes et Le comte Ory de Rossini à Paris». Eclectisme mais approfondissement, largeur de vue mais exigence interprétative… De quoi nous réjouir.

Chef généreux, dynamique, enthousiaste, Philippe Herreweghe ne manque jamais une occasion de partager son immense amour pour la musique. Que se soit avec ses musiciens qu’il connaît pour certains depuis des années, ou avec son public toujours très nombreux et fidèle ou qu’il soit.

 

 

 

Saintes abbayeAGENDA : Samedi 16 juillet 2016, à 19h30 (Abbaye aux Dames)
Philippe Herreweghe dirige la Symphonie n°6 “Tragique” de Bruckner
Orchestre des Champs-Elysées et Jeune Orchestre de l’Abbaye
Temps fort du festival de Saintes 2016

 

 

 

Propos recueillis en avril 2016

 

 

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