Révélation de ce début d’année 2026, le cycle de lieder orchestraux le
plus joué au monde, crée l’évènement dans sa nouvelle forme complète… Les derniers Lieder de Richard Strauss ne sont plus 4, 5 mais bien 7, formant désormais un parcours poétique et musical dont la profonde cohésion fait sens. Hymne à la vie et donc à la mort, les 7 derniers lieder orchestraux de Richard Strauss recueillent toute la science, l’expérience du maître bavarois, son testament spirituel que la nouvelle parure ainsi restituée magnifie enfin pleinement. Le chef Sebastian Lang-Lessing qui a travaillé avec le compositeur Oliver Gruhn pour ce faire, témoigne des apports d’une telle entreprise ; il évoque le sens nouveau d’un cycle renouvelé en 7 séquences (en particulier la couleur spécifique de « Nacht »), tout en précisant son travail pour l’enregistrement du cd qui en est l’un des aboutissements les plus convaincants.
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Sebastian Lang-Lessing – photo © Natalia Sun
CLASSIQUENEWS : Quelle est votre vision et votre compréhension du cycle des « Quatre derniers lieder »? Selon vous, en quoi est-il légitime ou important de compléter le cycle connu ?
Sebastian Lang-Lessing : Le titre des » Quatre derniers Lieder » n’est pas de Richard Strauss lui-même, mais une appellation choisie par l’éditeur pour des raisons essentiellement pratiques et commerciales. Il est important de rappeler que ce titre n’existait pas lors de la création mondiale du cycle. Les recherches approfondies de plusieurs musicologues, ainsi que les travaux du compositeur Oliver Gruhn, montrent clairement que Strauss pensait de manière beaucoup plus large et plus structurée à la fin de sa vie. Il ne s’agissait pas simplement de quatre chants isolés, mais d’un véritable parcours spirituel et poétique autour de la fin de l’existence.
Compléter le cycle, ce n’est donc pas le trahir : c’est au contraire tenter de se rapprocher de l’intention profonde de Strauss, de son ultime regard sur la vie, la mort et la réconciliation intérieure.
CLASSIQUENEWS : Le plan à 7 lieder modifie-t-il la dramaturgie et l’architecture du cycle ? Quelle en est la nouvelle signification poétique ? Quels thèmes de Hermann Hesse Strauss développe-t-il particulièrement ?
Sebastian Lang-Lessing : l’intégration des 3 nouveaux lieder : « Ruhe, meine Seele, Nacht et Malven » transforme profondément la dramaturgie du cycle. On passe d’une vision souvent perçue comme contemplative et lumineuse à un cheminement plus intérieur, plus intime, et surtout plus humain.
Ces trois lieder révèlent un artiste qui accepte progressivement la fin de la vie, sans pathos, et avec une grande lucidité. » Nacht » en particulier, me semble être l’un des textes les plus personnels que Strauss ait mis en musique : c’est presque la confession d’un musicien arrivé au terme de son parcours.
Chez Hermann Hesse, Strauss souligne avec une grande finesse les thèmes de l’acceptation, du silence, de la sagesse liée à l’âge et du détachement. « Malven » , par son symbolisme délicat, incarne cette paix intérieure, cette sérénité acquise après une vie pleinement vécue.
CLASSIQUENEWS : En quoi les trois pièces ajoutées, et surtout « Nacht » vous inspirent-elles ? Quels sont les défis pour l’orchestre ? Que nous révèle ce nouveau cycle du dernier Strauss ?
Sebastian Lang-Lessing : « Nacht » est devenu pour moi le centre émotionnel et spirituel de l’ensemble du cycle. Sa simplicité apparente, sa profondeur expressive et son climat sombre mais apaisé portent le message essentiel de cette musique : lorsqu’on accepte la fin, on accède à une forme de paix éternelle.
Pour l’orchestre, le défi est immense : il faut jouer avec une extrême retenue, une respiration collective presque chambriste, sans jamais perdre la tension intérieure. Chaque couleur, chaque silence compte.
Avec ces trois lieder supplémentaires, le cycle me paraît enfin achevé, équilibré et profondément cohérent. Il nous dévoile un Strauss dépouillé, sincère, presque fragile, et d’une vérité bouleversante.
CLASSIQUENEWS : Comment s’est déroulé le travail avec le compositeur Oliver Gruhn ? Sur quels aspects avez-vous mis l’accent ?
Sebastian Lang-Lessing : Oliver Gruhn et moi nous connaissons depuis le début de nos carrières musicales. Nous avons déjà collaboré, notamment lors de la création de son Concerto pour trombone et orchestre à Rostock. Nous partageons une passion profonde pour la musique de Richard Strauss et pour l’art du Lied orchestral. Oliver s’inscrit clairement dans la tradition straussienne, tout en la prolongeant au XXIᵉ siècle. Son langage musical est naturel, lyrique et profondément romantique — au sens le plus noble et le plus sincère du terme. Notre travail s’est concentré sur la continuité stylistique, la transparence orchestrale, le respect absolu du texte, afin que ces nouvelles pages s’intègrent organiquement au cycle existant.
CLASSIQUENEWS : Avez-vous une anecdote ou un souvenir marquant des sessions d’enregistrement du CD ?
Sebastian Lang-Lessing : Oui, un moment reste particulièrement gravé dans ma mémoire. À la fin d’une longue journée d’enregistrement, nous avons abordé « Nacht ». Après la dernière note, un silence profond s’est installé dans la salle — un silence rare, presque sacré. Nous avons tous eu le sentiment très fort que Richard Strauss était présent parmi nous. Cette première prise était d’une justesse et d’une intensité extraordinaires, presque irréelles. Le lendemain, nous n’avons pratiquement rien modifié. C’était un moment de véritable création, de grâce partagée, comme si la musique s’était imposée à nous d’elle-même.
Propos recueillis en février 2026
LIRE aussi notre ENTRETIEN avec le compositeur OLIVER GRUHN : les 7 lieder de Richard Strauss : https://www.classiquenews.com/entretien-avec-oliver-gruhn-a-propos-de-version-des-7-derniers-lieder-de-richard-strauss/
ENTRETIEN avec Oliver GRUHN à propos de sa version des 7 derniers Lieder de Richard Strauss
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