Elina Garanca, mezzo-soprano. Romantique1 cd Deutsche Grammophon

cd récital lyrique, critique, compte rendu
Romantique



Récital d’Elina Garanca

mezzo soprano

6 airs d’opéras français dans un récital lyrique de … 9 titres, voilà une belle déclaration d’amour à la musique française, en particulier romantique…

Romantique et … française

Le défi est de taille car outre le caractère et le style, il convient évidemment de posséder la langue française, sans quoi toute une partie (majoritaire) des airs nous échappe: la subtilité du sens, les nuances de l’intonation, le rapport chant et verbe… De ce point de vue, la diva née en 1976 à Riga, aux physique de rêve, relève différemment les obstacles.

Ecartons d’abord ce qui refroidit: son Siebel (Faust de Gounod) est incompréhensible et trop large; sa Dalila (Saint-Saëns) est ample et lourde, trop poseuse, trop affectée; Marguerite (d’amour l’ardente flamme), d’un fantastique amoureux hallucinant, manquant nettement de clarté comme d’articulation: le chant semble logiquement distancié et sonne à côté du caractère requis; affectation, pose factice et souvent artificielle, le style manque de sincérité comme de vérité. Dommage.

Dommage car le timbre est du début à la fin, somptueux. Avec l’air de Margared du Roi d’Ys de Lalo (De tous côtés, j’aperçois dans la plaine…), les choses s’arrangent très nettement car l’interprète joue de ses couelurs propres et rencontre littéralement l’identité du personnage: même si le texte reste épais, inintelligible (aucune voyelle), la chanteuse sait cependant captiver par cette noirceur jalouse inscrite dans l’âme du personnage. Que n’a-t-elle pris des leçons de diction pour assumer et réussir ce récital francophone ? Oui le timbre est superbe et sa Margared lui va mieux que Marguerite.
Même constat pour l’adieu de la bergère à la nature chérie dans l’air de Jeanne d’Arc de La Pucelle d’Orléans de Tchaïkovsky (1881): la jeune fille bientôt étendard martial s’affranchit de son passé paysan; le chant est noble, musicalement impeccable: du grand style dont la couleur cuivrée et mielée caractérise d’une bien belle manière le profil de la libératrice française…

Après le solo de flûte, ” Où suis-je ?” demande Sapho (1851) comme s’éveillant: … pour mieux sombrer dans la nuit éternelle. Elina Garanca a le timbre noir et l’élégance idéalement lugubre pour incarner le vertige d’une âme qui s’abandonne à la mort. Voici l’air le plus réussi du programme: aux déchirants accents d’un être détruit, chantant sa plainte languissante…

Bonne idée ensuite de sélectionner l’air de La Reine de Saba (1862) d’un Gounod trop rare: ” Me voilà seule enfin… ” exprime l’amour naissant de la Reine (Balkis), saisie et terrassée par la vision de celui qui la captive… medium souverain, graves à l’avenant (seuls les aigus sont parfois mal tenus); mais la sincérité du style cette fois ôte toute réserve; Garanca fait une Saba à la fois stylée et naturelle, fière et sincère; voilà pour finir une alliance enfin exaucée qui accrédite au mieux l’intérêt de ce programme rare d’opéras français (à l’exception de Vaccai et de Tchaïkovsky). C’est comme si dans la continuité des prises, les dernières séances profitaient de ce que la diva se lâchait enfin, laissant un certain côté guindé assez opiniâtre en début de programme, pour plus proche du texte, habiter ses personnage.

Le geste d’Yves Gabel ne manque pas d’intérêt: fouillant les couleurs (très beau prélude pour Siebel), manquant parfois de transparence, mais toujours au diapason fusionnel de la chanteuse avec laquelle il fait corps (Sapho, La Pucelle, Margared…).
Récital globalement très convaincant… dans l’attente des prochaines Eboli ou Amnéris… défis vocaux à venir pour la diva lettone.

Elina Garanca, mezzo-soprano. Romantique. Airs d’opéras de Donizetti, Saint-Saëns, Tchaikovsky, Gounod, Vaccai, Berlioz… Filarmonica del Teatro communale di Bologna. Yves Gabel, direction. Enregistrement réalisé à Bologne, en mars 2012. Durée: 1h42mn. 1 cd Deutsche Grammophon 00289 479 0071.

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