Disparition de la compositrice Pascal de Montaigne

Disparition de la compositrice Pascal de Montaigne. On apprend la disparition de la compositrice Pascal de Montaigne, à l’issue d’une longue et cruelle maladie combattue avec un très grand courage. Pascal de Montaigne, née à Lyon en 1932, avait suivi des études de violon auprès de Michel Schwalbé( Genève), de piano, et de composition (Marcel Péhu, organiste à Lyon). De très lourds problèmes de santé l’avaient ensuite écartée des activités d’écriture, qu’elle avait pu reprendre seulement au début des années 1980. Puis une rencontre avait été déterminante pour la nouvelle orientation de son style (« l’imaginaire va s’ouvrir à son monde sonore original, référé en toute liberté aux langages de la 2nde moitié du XXe ») : celle de Loïc Mallié, organiste, professeur de composition aux CNSM de Paris et de Lyon.
Dès lors un titre allait synthétiser la recherche de P. de Montaigne, en toute rigueur et opiniâtreté : c’est Sarn, un roman très sombre de l’écrivaine anglaise Mary Webb qui fait resurgir « tout un monde lointain » d’enfance, de mots-conjurations, de paysages (les étangs du Forez comme ceux de l’Angleterre), de personnages violents ou tendres, d’une mémoire énigmatique et douloureuse. P.de Montaigne construisit donc désormais un espace instrumental « in progress », depuis Sarn I (piano seul) jusqu’à Sarn IX, dont sont également tirées des versions « de chambre », et même un opéra , « La Malédiction de Sarn », que la compositrice n’aura pas eu le temps d’achever. Une telle structure et façon de « penser la musique » autour d’un axe quasi-obsessionnel n’est pas sans évoquer l’effort de Jean Barraqué autour de « La Mort de Virgile » de Hermann Broch…
Le reste de cette œuvre exigeante, austère et resserrée rassemblait des œuvres pour piano (Nocturnes, Noir, Blanc, Chine, Intermezzo, Variation), piano et violon (Une Fontaine à Grenade, Une Marmotte en Hiver), et violon (IKS). Sarn I avait obtenu en 1999 le prix du Concours International de Composition à Rome. P.de Montaigne avait été par ailleurs durant quinze ans Présidente de l’Association qui gérait l’Ensemble instrumental lyonnais Les Temps Modernes.
Un disque consacré à une partie des Sarn et à des pièces pour piano avait paru (éditions Notissimo, 2001), un autre d’extraits de « la Malédiction » (ed.Leduc, Fuzeau 2007), et il serait bon que soit repris en cd, l’essentiel de cette œuvre au langage résolument moderne, qui dans un dramatisme sans tapage, a instauré une métaphysique musicale dont la source était, selon Marcel Bitsch, à rechercher en Debussy, Ravel et Berg…

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