jeudi 18 avril 2024

DECCA records. WAGNER : Das Rheingold. Culshaw / Solti : l’éblouissante remastérisation

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Aux côtés de La Walkyrie / Die Walküre (qui est le dernier enregistrement de la série réalisée par Solti pour Decca, 1965), L’Or du Rhin / Das Rheingold (enregistré en 1958), totalise tous les ingrédients de la réussite du chef hongrois Solti chez Wagner …

 

Non seulement il affirme le relief du théâtre dans le studio (éclairs et tempêtes, bruits d’enclume, emblématiques du Nibelheim ; et déflagrations diverses…) mais le choix des solistes inscrit la caractérisation psychologique réalisée parmi les meilleures de la discographie disponible. Certes on a loué la vivacité étonnante de l’orchestre, la puissance tellurique des cuivres, ce sens prodigieux du drame et du souffle épique qui emporte tous les tableaux (grâce à une spatialisation très fine qui rétablit la présence même de la scène dans l’enregistrement), mais ce que réussit aussi à produire Solti, c’est la profondeur de chaque personnage ici réunis, chaque épaisseur et tourment psychique.

 

 

L’Or du Rhin / Das Rheingold
version Solti / Culshaw
la version légendaire de 1958, remastérisée

 

 

 

 

La tribu des dieux menés par Wotan, patriarche bâtisseur dans toute sa gloire (bien qu’éphémère : la noblesse vaillante de George London éblouit de bout en bout) ; l’astucieux Loge, esprit malicieux, ingénieux, spirituel et roué comme personne : impeccable Set Svenholm ; le duo de ces deux manipulateurs gagnent une présence remarquable, en particulier quand ils trompent Alberich, conduit à ses travestissements décisifs, pour mieux le voler ; même profil aigu et expressif pour Mime (Paul Küen), les géants (Fasolt / Walter Kreppel et Fafner / Kurt Böhme) ; l’autorité de Kirsten Flagstad inscrit dans lemarbre une Fricka anthologique : racée et palpitante cependant ; aristocratique, d’un métal brut et diamantin qui rappelle Wotan à ses contradictions. Le feu qui semble la traverser rejoint la direction toujours vive et affûtée de Solti qui électrise littéralement chaque tableau et chaque situation.
Avec le producteur John Culshaw, le maestro saisit par ce Wagner hyperthéâtral et malicieusement intimiste, qui sait fouiller et dévoiler la psyché à l’œuvre.

 

 

 

 

 

A l’époque (Vienne Sofiensaal – sept et oct 1958), Decca frappait un grand coup en réalisant ainsi la première intégrale stéréo du Ring (l’édition de das Rheingold sera produite en 1959). Aujourd’hui dans la remastérisation choisie, l’expressivité éruptive et caressante de Solti se déploie et semble se libérer. Les pupitres des cordes envoûtent ; les cuivres foudroient par leur puissance racée (quand les géants paraissent pour réclamer leur salaire ; ou quand Alberich se transforme à la demande du fieffé Wotan en … dragon, transformation spectaculaire que Solti semble expurger des tréfonds de la terre en vagues sombres et d’un lugubre parfaitement et lentement articulé, etc…) – le sens du tragique aussi est saisissant car sous l’éclat de l’action, le chef exprime surtout le sens de cette manipulation odieuse, où la vanité du dieu Wotan impose la loi de la manipulation et des tractations iniques, où l’arrogant (lui-même) vole le voleur (Alberich dont il s’empare grâce à Loge, de l’anneau et du trésor, eux-mêmes dérobés aux filles du Rhin). Le déséquilibre du monde, et les déflagrations qui en découlent, la puissance (cosmique) des enjeux qui se révèlent peu à peu sont au diapason de la clameur et de force dramatique de l’ouverture (Wagner y recrée l’esprit de la genèse), puis du final, dans l’ascension des dieux qui prennent alors possession du Walhala, le palais neuf bâti par les géants : mais le prix à payer est terrifiant car chacun, coupable, est maudit désormais,… promis à une mort psychologique lente et irrémédiable. Ce sentiment de puissance néfaste, de malédiction éternelle s’entendent dans la direction de Solti qui enchante tout autant par la vibration des couleurs et des timbres (harpes de l’arc en ciel qui sert de pont aux dieux pour atteindre leur palais…).
De sorte que l’auditeur a dans un réalisme sonore inouï, et la sensation du théâtre et la révélation d’une machination diabolique universelle.
Photos : crédits DECCA (Hans Wild, …)

 

 

 

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CRITIQUE CD événement. WAGNER / Sir Georg SOLTI remastered – déc 2022 : DAS RHEINGOLD / L’or du Rhin (London, Flagstad, Waechter…)
2 sacd – disc 1 (1h10) – disc 2 (1h15) + livret en anglais et allemand, richement illustré de photos d’époque – grand format (vinyle)
Transfert / remastering en HD sound ; 24bit / 192kHz à partir des bandes originales, stéréo, 2 pistes. CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2022.

DECCA records :
https://shop.decca.com/*/*/Das-Rheingold-2x-Hybrid-SACD/7JY20000000

DECCA records annonce la suite du Ring, Siegfried enfin les 4 sacd de Götterdämmerung, au printemps 2023 (mars puis mai 2023) ; à suivre :

https://shop.decca.com/*/Classics/G-tterd-mmerung-4xSACD/7KDW16XW000

 

 

 

 

Approfondir
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Lire davantage sur l’œuvre Das Rheingold / et le Ring de Wagner / Site Wagner web museum:
https://richard-wagner-web-museum.com/oeuvre/das-rheingold-or-du-rhin-wwv86a/

Plus d’infos sur le site de DECCA records :
https://shop.decca.com/*/*/Das-Rheingold-2x-Hybrid-SACD/7JY20000000

Site de DECCA / SOLTIRING.COM
https://www.soltiring.com/

 

 

 

 

 

 

vidéo : présentation vidéo du Ring de Wagner par Solti / remastered 2022

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