jeudi 15 octobre 2026

CRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra Bastille, le 2 décembre 2025. PUCCINI : Tosca. J. Kaufmann, S. Hernandez, L. Tézier… Pierre Audi / Oksana Lyniv

A lire aussi
image_pdfTélécharger (.pdf)

Quand La Tosca de Victorien Sardou fut créée en 1887 au Théâtre de la Porte Saint-Martin, l’auteur était au zénith de son art. Avec l’iconique Sarah Bernhardt et au milieu d’une cabale de fausses rumeurs, La Tosca a triomphé et est devenu un des rôles les plus emblématiques de la « dame » du théâtre français. Si bien le monumental drame en 5 actes est passé aux oubliettes des scènes parisiennes, à tort, c’est son adaptation opératique qui a ouvert les portes de l’immortalité à la fougueuse Floria, au rebelle Cavaradossi et au terrible Scarpia. Tosca de Giacomo Puccini, créé en 1900, un siècle après l’action du livret, est devenu un des opéras les plus représentés au monde et poursuit sa gloire 125 ans après sa création. Cinquième opus de Giacomo Puccini, Tosca fait déjà état d’une écriture d’une grande maturité. A quarante-deux ans, Puccini s’affranchit tout à fait du modèle verdien pour entrer dans une expression grandiloquente mais non démunie d’intensité dramatique et sentimentale. En témoigne une action resserrée en 3 actes, centrée sur le trio funeste des personnages principaux et une musique beaucoup moins pathétique que La Bohème ou Edgar. Tosca est une partition à l’égal de son intrigue, lyrique, puissante et poignante jusqu’au désespoir. 

 

Reprenant la production signée par le regretté Pierre Audi, l’Opéra national de Paris met en lumière le talent incontestable de ce maître de la mise en scène. L’intégralité de l’action est ponctuée par la présence d’une énorme croix en bois brut et buriné de suie, une sorte de figuration du poids énorme de la foi comme une liturgie manifeste à l’influence tragique. En contraste total, la sensualité est partout. A l’acte premier, le portrait de l’Attavanti en Madeleine pénitente devient l’envolée charnelle d’un fragment des Oréades de William Bouguereau. A l’acte second la vaste chambre de Scarpia au Palazzo Farnese troque ses marbres et moulures dorées pour un damas de cuir sang de boeuf et à l’acte III, la flamme tremblante d’une veilleuse dans la tente d’un bivouac d’un régiment napolitain contraste avec le pâle soleil qui annonce le trépas des deux amants romains. Une mise en scène d’une subtilité rare qui ouvre des portes insoupçonnées et passionnantes dans le livret d’IIica et Giacosa. 

Ce soir nous avons été gâtés par une distribution d’une qualité exceptionnelle. Dans le rôle-titre, Saioa Hernandez déploie une énergie débordante et une voix riche et sonore. Jamais les forte se noient dans un embrouillamini de notes, tout est clair et précis, la couleur bien ciselée sans tomber dans une exagération mélodramatique. Son « Vissi d’arte » est subtilement amené et sa dernière confrontation avec Scarpia est désarmante de théâtre. En amoureux aux prises avec l’insurgence, Jonas Kaufmann interprète un Cavaradossi nuancé. Malgré un peu de réserve dans « Recondita armonia« , nous avons été saisis par sa noble couleur héroïque pendant tout l’acte II et son « Lucevan le stelle » de légende. En principal antagoniste, rien de tel que l’incomparable Ludovic Tézier, Scarpia génial dans tous les sens du terme. A l’acte premier, hiératique et calculateur tel un détective à la Gabin ou à la Blier, sans concessions. A l’acte II, Ludovic Tézier incarne l’aspect brutal et quasi bestial du lubrique Scarpia avec une subtilité rare. Son esprit erre dans la morne plaine de l’acte III comme un spectre grimaçant à la vengeance cynique. Cette distribution est complétée par des chanteurs au talent divers qui ont su sertir cette représentation d’une gamme de talents sans réserve. 

Malgré les musiciennes et musiciens brillantissimes de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris qui connaissent parfaitement cette partition, la direction d’Oksana Lyniv est demeurée quelque peu timide. Pour cette œuvre, nous eussions souhaité un peu plus d’engagement et de dramatisme dans la fosse pour soutenir le formidable édifice qu’une telle distribution a construit tout le long des trois actes. 

Tosca poursuit son chemin éternel depuis la Ville éternelle qui la vit naître jusqu’aux contreforts des contrées les plus diverses. Espérons que la vision de Pierre Audi, mi-sensuelle mi-historique, puisse continuer encore et toujours à nous toucher en plein cœur, tel le « baccio di Tosca« !

 

_______________________________________
CRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra Bastille, le 2 décembre 2025. PUCCINI : Tosca. J. Kaufmann, S. Hernandez, L. Tézier… Pierre Audi / Oksana Lyniv. Crédit photographique © Vincent Pontet / Opéra national de Paris

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)
Derniers articles

ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE, ven 13 nov 2026. Cassandra Miller, Sergueï Rachmaninov… Lawrence Power (alto) / Aziz Shokhakimov (direction)

Le chef ouzbek Aziz Shokhakimov (actuel directeur musical de l'Orchestre philharmonique de Strasbourg) dirige dans ce programme attendu, l’Orchestre...

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img