Pour Le Trouvère de Giuseppe Verdi, à l’Opéra de Monte-Carlo, on attendait Pretty Yende. Beaucoup étaient venus pour elle. Mais un deuil familial l’ayant obligée à retourner en Afrique du Sud, elle a dû renoncer à sa participation. Elle a été remplacée par la jeune soprano Française Alexandra Marcellier. Le moins que l’on puisse dire est que sa prise de rôle et ses premiers pas dans le grand répertoire verdien ont été réussis.
Sa Leonora, toute de musicalité et d’élan intérieur, nous a touchés. Une émotion vibrante circulait en elle. Des lignes de chant bien conduites. Elle fut, oui, la « Pretty woman » de la soirée. On connaissait déjà la mise en scène de Francisco Negrin. Elle se déroule dans la pénombre, dans un décor de murs nus. Des éléments de décor rectilignes horizontaux ou verticaux découpent l’espace en différents secteurs. Des personnages, hagards comme des revenants, traversent la scène, d’autres rampent sur le sol. Des brasiers s’allument. Un enfant passe, brandissant la faux de la mort. Au cœur de cette angoissante nuit s’échangent d’ardentes déclarations d’amour.
Le reste de la distribution vocale est de grande qualité. La voix du ténor Piero Pretti, interprète de Manrico, resplendit, dorée et charmeuse, donnant de la vaillance à l’air célèbre “Di quella pira”. Le Polonais Artur Rucinski est impressionnant en comte de Luna. Dans ce rôle typique de baryton verdien, il déploie autorité et lyrisme, assouplissant sa dureté dans l’air “Il balen del suo sorriso”. Varduhi Abrahamyan, bras pointé en avant, regard révulsé, incarne la sauvagerie de son personnage de gitane vengeresse. Dans le célèbre “Stride la vampa”, le feu de sa voix concurrence le brasier allumé sur scène… Evgeny Stavinsky, voix solide, presque minérale, incarne le redoutable capitaine qui prépare les enfants à la guerre. Tout cela est impressionnant.
Le chœur, magnifique, ample et fervent, porte en lui toute une rumeur d’humanité. Quant à l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, sous la direction de Giacomo Sagripanti, on admire sa souplesse, sa cohésion, ses soli et son élan. Il soutient l’action, l’exalte, la raconte. Ce Trouvère fait partie de ces belles soirées d’opéra où tout donne l’impression de vibrer plus longtemps que prévu.
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CRITIQUE, opéra. MONACO, Salle Garnier, le 22 mars 2026. VERDI : le Trouvère. P. Pretti, A. Marcellier, A. Rucinski, V. Abrahamyan… Franciso Negrin / Giacomo Sagripanti. Crédit photographique (c) Marco Borrelli






