CRITIQUE, opéra. MARSEILLE, Opéra municipal, le 18 février 2023. BIZET : Carmen. Héloïse Mas, Lagha, Marcellier, Lapointe… V. Vanoosten / J. L. Grinda.

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique et à l’opéra - et notamment avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

 

 

Initialement prévue en 2020, mais reportée pour cause de Pandémie, c’est donc seulement en février 2023 que la production de Carmen imaginée par Jean-Louis Grinda (en coproduction avec Toulouse et Monte-Carlo) atteint les rives du Vieux-Port. L’homme de théâtre monégasque (qui importera cette Carmen aux prochaines Chorégies d’Orange – qu’il dirige depuis 2016) offre une version du chef-d’œuvre de Georges Bizet (dans une version avec dialogues chantés) tout ce qu’il y a de plus traditionnel, au sens noble du mot. Avec son fidèle décorateur Rudy Sabounghi, Grinda a cependant joué avec raison les cartes du dépouillement, avec une scénographie composée uniquement de deux grandes structures mobiles incurvées qui se rejoignent pour former une prison, un cabaret, ou encore une arène… Pas de clinquant inutile ici, si ce n’est peut-être lors du défilé de la cuadrilla, mais les nuances subtiles de costumes aux tons passés (signés par Sabounghi et Françoise Raybaud Pace). En revanche, la violence du drame est appuyée avec plus de force que de coutume (la mort de Carmen est annoncée dans un flashback pendant l’ouverture), et les confrontations entre Don José et Escamillo d’une part, et celles avec Carmen d’autres part, sont souvent d’une violence inouïe. Par ailleurs, en focalisant l’attention des spectateurs sur les attitudes, les gestes, les contrastes, cette mise en scène très cinématographique dans son esprit (on relève des clins d’œil au fameux film de Francesco Rosi…) ne laisse ainsi rien perdre de l’intensité du drame. Il y a là aussi une formidable direction d’acteurs qui s’appuie sur quelques tempéraments d’exception. On oublie alors tant et tant de représentations de Carmen que l’on a vues, pour redécouvrir, comme à la première fois, cette histoire de passion et de mort, qui culmine dans une scène finale presque insoutenable dans sa dureté. Rarement l’essentiel aura été dit ainsi, sans la moindre périphrase.

 

 

Jean-Louis Grinda met en scène Bizet…
La CARMEN éblouissante d’Héloïse Mas

 

Etoile montante du chant français, la mezzo Héloïse Mas éblouit vocalement dans le rôle-titre : la voix est superbe, d’une richesse rare sur toute l’étendue du registre – le registre inférieur est consistant, jamais forcé ou poitriné, et l’aigu est insolent – ; la musicienne remporte tous les suffrages, même si la comédienne offre une Carmen plus discrète et moins pétulante que de coutume. Souffrant à la première, le ténor franco-tunisien Amadi Lagha ne semble pas complètement remis, et des problèmes persistants d’intonation amoindrissent une prestation néanmoins enthousiasmante, car il est un Don José exceptionnel. Le timbre brillant, conquérant, dessine un personnage plus bourreau que victime ici, et ses éclats de voix comme de violence font passer l’effroi ou le frisson. Loin de l’oie blanche qu’elle est parfois, Micaëla est ici défendue par la jeune Alexandra Marcellier, nominée dans la catégorie « Révélation lyrique » des imminentes Victoires de la musique classique, et qui prête sa grande voix lyrique à ce rôle tellement attachant, auquel elle apporte énergie et dignité morale. L’Esacamillo du baryton québécois Jean-François Lapointe est bien connu, mais si l’aigu a gardé tout son brillant et son mordant, le registre grave est en revanche sourd et quasi inaudible ce soir (ou désormais ?).
Comme toujours choisis avec soin par Maurice Xiberras, les comprimari n’apportent que des satisfactions, à commencer par les Mercedes et Frasquita aussi futiles qu’enjôleuses de Marie Kalinine et Charlotte Despaux, tandis que Marc Larcher (Remendado) et Olivier Grand (Dancaïre) forme également un duo irrésistible. Une mention également pour le Moralès de Jean-Gabriel Saint-Martin, et surtout pour la jeune danseuse de flamenco Irene Olvera, qui capte la lumière et hypnotise à chacune de ses interventions dansées (imaginées par Eugénie Andrin). Enfin, le Chœur et la Maîtrise des Bouches-du-Rhône (préparée par Samuel Coquard), dont tous les mots sont parfaitement intelligibles, s’impliquent parfaitement à l’action.

Côté fosse, la direction du jeune chef Victorien Vanoosten, assistant de Lawrence Forster, est le dernier point fort de la soirée. Très justement équilibrée, maniant savamment dynamisme et lyrisme dans des tempi d’une logique implacable, elle possède toute la classe requise pour rendre justice à la fabuleuse partition de Bizet !

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. MARSEILLE, Opéra municipal, le 18 février 2023. Mas, Lagha, Marcellier, Lapointe… V. Vanoosten / J. L. Grinda. Photo © Christian Dresse

 

 

 

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TEASER vidéo de « Carmen » selon Jean-Louis Grinda à l’Opéra de Marseille

 

 

 

 

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