mercredi 17 avril 2024

CRITIQUE, opéra. BORDEAUX, Grand-Théâtre (du 20 au 26 janvier 2024). BIZET : Les Pêcheurs de perles. J. Hoskins, L. Foor, F. Sempey, M. Lécroart. Yoshi Oïda / Pierre Dumoussaud.

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique et à l’opéra - et notamment avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

Alors que le Théâtre du Capitole a débuté sa saison avec ce titre, et que l’Opéra de Saint-Etienne en proposera une nouvelle production le mois prochain, Les Pêcheurs de perles de Georges Bizet sont actuellement donné sous les dorures du Grand-Théâtre de Bordeaux, dans la fameuse production imaginée par le plasticien japonais Yoshi Oïda pour l’Opéra Comique il y a une dizaine années. 

 

 

Faisant de nécessité vertu, il avait imaginé une scénographie dépouillée, toute baignée d’une lueur bleutée, avec en fond de scène une grande toile stylisant la mer et les cieux. Quelques barques descendant des cintres, des bougies, tout cela suffisait – et suffit toujours – à créer l’atmosphère nocturne et mystique qui colore l’œuvre. Cette scénographie n’a rien perdu de son efficacité ni de sa poésie grâce à un orientalisme sobre et des lumières de toute beauté, servant une direction d’acteurs d’une belle justesse et d’une grande force, comme cette image finale qui montre Zurga se défaire de son habit d’apparat pour accueillir, serein et digne, les poignards de ses anciens sujets…

Côté vocal, le jeune ténor (léger) étasunien Jonah Hoskins s’impose d’emblée et sans conteste comme un grand Nadir, qui sait exploiter ses moyens naturels avec autant de goût que de mesure, surveillant constamment sa ligne, et multipliant l’usage du registre mixte et des pianissimi, qui agissent comme un baume sur les oreilles des spectateurs. Délivrée avec une sensibilité et une tendresse bouleversantes, la fameuse (et sublime) Romance de Nadir – « Je crois entendre encore » – s’avère comme le clou de la soirée.

A ses côtés, on découvre également et avec le même plaisir la jeune soprano belge Louise Foor, au timbre aussi transparent qu’un cristal de roche, qui donne à chacune de ses inflexions un caractère naturellement émouvant. La figure forte et fragile à la fois de la jeune femme s’incarne comme une évidence dans la gracieuse silhouette de la chanteuse et on se souviendra longtemps d’un « Comme autre fois » palpitant et frémissant, glissant le long d’un tendre legato, comme on n’oubliera pas de sitôt non plus une confrontation avec Zurga au désespoir rageur !

Zurga qui se révèle comme le grand triomphateur de la soirée, et l’on est heureux de réentendre Florian Sempey dans le théâtre de ses débuts scéniques (et par ailleurs dans sa ville…), dans ce rôle emblématique de grand baryton français. La maîtrise de la partition est totale, chaque phrase sonnant pleine et habitée, le chanteur ne se départissant jamais, jusque dans la colère, d’une grande majesté. En outre, on admire le sombre velours du timbre qui enrobe une rare maîtrise de la déclamation lyrique, et on rend les armes devant un aigu inépuisable, osant un retentissant La naturel durant le premier acte, et, témérité suprême, achevant son duo avec Leila à l’unisson de sa partenaire, avec un rarissime Si bémol.

Pour compléter ce trio de superbe facture, le Nourabad en situation de Matthieu Lécroart laisse sonner sa belle voix de baryton-basse dont on ne perd pas un mot. Un vrai quarté gagnant, auquel il faut rajouter la superbe prestation du Choeur de l’Opéra National de Bordeaux, parfaitement préparé par Salvatore Caputo, qui délivre notamment un magnifique « Sur la grève en feu ».

Enfin, galvanisant un Orchestre National Bordeaux Aquitaine des grands soirs, profondément impliqué dans l’aventure, le jeune chef français Pierre Dumoussaud (bien connu du public bordelais…) dirige ici avec une vraie maestria, tant sa compréhension de cette écriture spécifique est profonde. Le drame reste toujours présent, l’orchestre tourbillonne et fait sans cesse avancer l’action, mais ménageant cependant aux moments-clés des instants contemplatifs qui permettent l’apaisement avant l’orage…

Une bien belle soirée lyrique à Bordeaux !

 

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CRITIQUE, opéra. BORDEAUX, Grand-Théâtre (du 20 au 26 janvier 2024). BIZET : Les Pêcheurs de perles. J. Hoskins, L. Foor, F. Sempey, M. Lécroart. Yoshi Oïda / Pierre Dumoussaud. Photos (c) Frédéric Mesure.

 

VIDEO : Trailer des Pêcheurs de perles de Bizet dans la production de Yoshi Oïda à l’Opéra National de Bordeaux 

 

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