mardi 22 septembre 2026

CRITIQUE, Théâtre musical. AVIGNON, Opéra Grand Avignon, le 7 mars 2026. Matteo FRANCESCHINI : Décaméron [création]. Caroline Leboutte (mise en scène)

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De Boccace et son Décaméron, les auteurs du spectacle en création à l’Opéra Grand Avignon, font une arène trucculente, où la peste environnante rappelle à l’homme ce qu’il est : une créature fragile et  mortelle. Face à cette réalité, à la terreur pestilentielle, qui décrit aussi et évoque très concrètement les conditions d’une mort terrifiante, chacun peut réfléchir à l’invitation de Boccace, et partager ce que nous avons en commun : la fraternité, le respect, l’amour.
Boccace déploie un regard critique voire aigre sur ses contemporains, et aussi une humour vivace voire féroce sur le genre humain. Du reste évoque-t-il la peste comme le châtiment probable en punition du comportement inique et malfaisant de la plupart d’entre nous. Sur les planches, s’expose une vocalité débridée, savoureuse, polyglotte, qui suscite aussi en liberté, un passionnant jeu d’acteurs.

 

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Photos © Barbara Buschmann

 

 

Propre à notre époque, le regard des auteurs questionne un autre sujet tout aussi central dans la prose de Boccace, à travers son humour salace et corrosif, la place de la femme ; ils « osent » évoquer de la même façon son désir comme sa liberté sexuelle [cf en fin d’action, la si désirable Alaciel, la fille du sultan perse]…  Dans sa conclusion, le spectacle va même plus loin, et se termine en parfait procès des violeurs.

 

 

Elena Caccamo, dans la scène finale de la recette du faucon rôti… © Barbara Buschmann

 

 

Dans sa forme l’opéra de Matteo Franceschini se joue des références à la polyphonie vocale de la Renaissance, il varie aussi son écriture à partir d’un quatuor instrumental (fondu avec le jeu des acteurs chanteurs sur scène), composé d’un violon, d’un alto, d’un violoncelle et surtout d’un euphonium, remarquablement joué par ailleurs,- tous défendus par quatre instrumentistes – acteurs, rejoints par un clavier, soit un collectif aussi chambriste qu’il est intense, débordant littéralement de musicalité [le duo violoncelle / alto – respectivement Laure Magnien et Robin Kirklar, dans une incantation à la lune reste mémorable par son épure pudique à 2] ; cette joyeuse troupe de jeunes tempéraments redouble d’individualités bien troussées [Elena Caccamo, dans la scène finale de la recette du faucon rôti]. Chacun parfaitement à sa place et à l’aise dans chaque prise de rôle fait de la performance scénique, une seconde nature.

 

L’action suit en particulier les personnages féminins dont la situation à chaque fois, renvoie sur un cas exemplaire d’injustice ou de dérive  sociale : les amours tragiques de Ghismonda [asphyxiée par un père trop aimant], Catalina la mère ressuscitée rendue à son époux, Lisa éprise du roi… Mais aussi Alaciel, déjà citée, sirène irrésistible et convoitée de tous, qui passe de prince à souverain, en véritable objet sexuel avec d’autant plus d’intensité … qu’elle y consent avec plaisir.

 

Sur les pas de Boccace, l’action aborde sans limite ni censure la diversité des formes amoureuses ; il fustige aussi l’hypocrisie d’un clergé perverti ou corrompu [la scène de l’abbé copulant sans honte, avec la femme devenue jument]…
La satire la plus acide le dispute à l’humour le plus délirant. C’est pour les artisans de la production et les interprètes, une tribune libre, souvent vindicative qui souligne là encore l’étonnante plasticité du genre opéra, dans sa capacité à narrer des histoires, à en varier les formes d’expression, à se jouer de ses dernières dans un jeu de citations et de références croisées. C’est aussi le prétoire désigné où les hommes doivent expier leurs crimes : l’opéra depuis ses origines n’a t-il pas sacrifié, humilié, asservi dans ses livrets canoniques, tant d’héroïnes innocentes? Juste retour de l’histoire.

Le cas le plus emblématique reste ainsi ce soir Griselda, la belle mariée blanche et pure, victime consentante d’un prince parfaitement inique dont le pouvoir phallocratique résume ici des siècles de domination et d’esclavage imposés aux femmes.

Sans entracte, la soirée file avec d’autant plus d’à propos qu’elle souligne combien le texte du toscan Boccace au XIVè (1349-1353) est d’une mordante modernité ;  le spectacle emporte les spectateurs dans une succession ininterrompue de tableaux et de séquences délirantes, entre ardente vocalité et prouesse théâtrale (avec changements à vue). Les 10 interprètes relèvent tous les défis de cette scène libre, insolente, délicieusement séditieuse, idéalement impertinente ; une nouvelle réussite pour l’Opéra Grand Avignon qui sait accompagner les thèmes d’actualité dans une forme lyrique renouvelée et accessible.

 

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CRITIQUE, opéra, AVIGNON, Opéra Grand Avignon, le 7 mars 2026. Matteo FRANCESCHINI : Décaméron [création]. Caroline Leboutte (mise en scène)
Premier tableau – Décaméron de Matteo Franceschini, création à l’Opéra Grand Avignon, le 7 mars 2026 © Barbara Buschmann

 

 

Matteo Franceschini : Décaméron, création le 7 mars 2026, Opéra Grand Avignon.

Direction musicale et études musicales : Bianca Chillemi
Mise en scène : Caroline Leboutte

Distribution : Charlotte Avias, Clara Barbier-Serrano, Elena Caccamo, Mathieu Dubroca,
Hélène Escriva, Elena Olga Groppo, Robin Kirklar, Laure Magnien, Laura Muller et Kenny Ferreira

 

Dramaturgie : Matteo Franceschini, Caroline Leboutte et Stefano Simone Pintor
Scénographie et costumes : Aurélie Borremans
Chorégraphie : Fatou Traoré
Éclairages : Nicolas Olivier
Assistante mise en scène : Roxane Lefevre
Assistante costumes : Rita Belova

 

 

 

présentation

LIRE aussi notre présentation du Décaméron de Franceschini en création a l’Opéra Grand Avignon : https://www.classiquenews.com/opera-grand-avignon-franceschini-decameron-creation-les-7-et-8-mars-2026/

Le spectacle est annoncé à Paris (Théâtre Louis-Jouvet), les 12 et 13 juin 2026.

 

 

 

 

 

prochain concert événement à l’Opéra Grand Avignon

Prochain événement a l’affiche de L’opéra Grand Avignon : Le Chant de la terre mis en scène par Chloé Le chat, Les 28 et 29 mars prochains :
https://www.classiquenews.com/opera-grand-avignon-le-chant-de-la-terre-28-et-29-mars-2026-chloe-lechat-fiona-monbet/

 

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