dimanche 3 mars 2024

CRITIQUE, festival (1). NANTES, La Folle Journée, Cité des Congrès (du 1er au 4 février 2024). Michiaki Ueno, Hanna Salzenstein, Salomé Gasselin…

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Victoria Okada
Victoria Okada
Musicologue de formation (Docteure à la Sorbonne), pianiste dans une vie antérieure, Victoria Okada collabore avec différents supports spécialisés dans la musique classique en France et au Japon, et notamment ClassiqueNews. Elle est également une traductrice recherchée (japonais-français / français-japonais) dans le secteur culturel, et en particulier dans les domaines de la musique classique et des beaux-arts.

La 30e édition de la Folle Journée de Nantes s’est déroulée du 31 janvier au 4 février sous le thème des « Origines ». Le format d’un concert de 45 mn séduit toujours de nombreux spectateurs. Avec plus de 1000 œuvres programmées, interprétées par plus de 1500 artistes venus du monde entier, la Folle Journée reste une des manifestations les plus importantes de la vie musicale en France. Avec près de 300 concerts programmés en cinq jours, il est extrêmement difficile de savoir quels concerts à aller écouter, mais aussi quels aspects des « origines » à privilégier. Notre choix s’est intuitivement porté sur les petites formations.

 

 

Notre premier choc se produit avec le violoncelliste japonais Michiaki Ueno (né en 1995), Lauréat de nombreux Concours internationaux dont le premier Prix du Concours de Genève en 2021. À Nantes, il a donné plusieurs concerts en solo, en duo et avec orchestre, mais son récital solo a été particulièrement marquant. Le 1er février, dans la petite salle de 80 places baptisée « Pizzicato », deux Suites pour violoncelle de Bach, n° 2 en ré mineur et n° 6 en ré majeur, résonnent avec autant d’intensité, de richesse et de profondeur, qu’on oublie totalement qu’on est dans un espace décloisonné de deux salles de réunion banales. Son interprétation, très expressive, est « baroque » dans le sens où le contraste et la théâtralité sont mis en avant de manière intrinsèque. Les rythmes et les caractères de danses se dégagent eux aussi naturellement, et le tout avec une grande élégance, notamment dans les pauses qui, chez lui, prennent tout leur sens. La liberté avec laquelle il exprime dans un cadre bien défini de « suite » est absolument étonnante, et la sérénité de son jeu est contagieuse. Il va sans dire qu’à la fin du récital, il est salué par une ovation debout.

Deux interprètes de la nouvelle génération, Hanna Salzenstein (violoncelliste de l’ensemble Le Consort), toujours pour le violoncelle, et Salomé Gasselin (nommée Révélation instrumentale aux Victoires de la musique classique 2024) pour la viole de gambe, ont elles aussi totalement séduit le public. Un concert qui les réunit, le vendredi 2 février, a été révélateur du style et du goût propres à ces deux instruments du XVIIIe siècle. Dans la première partie, Salomé Gasselin joue un répertoire français — Sainte Colombe, Louis Marchand, Robert de Visée, Louis de Caix d’Hervelois… -, qu’elle a exploré dans son disque « Récit » (Mirare, 2023) ; dans la deuxième partie, Hanna Salzenstein nous révèle des compositeurs italiens méconnus voire inconnus — Marcello, Garavaglia, d’All Abaco, Taglietti — dont elle a gravé des œuvres dans son premier disque solo (Mirare, 2024).

Salomé Gasselin adapte in extremis le programme de son récital solo à son instrument qui, avec ses 400 ans, est très sensible au changement climatique. Les gestes et le son sont intimement connectés, l’un répondant à l’autre et vice versa : fermes et déterminés par moment, et par d’autres moments, tendres jusqu’à une certaine vulnérabilité en apparence. Il y a ainsi une grande complicité entre l’interprète et l’instrument. Mais c’est surtout son amour et son respect vis-à-vis de la vieille dame qu’on ressent, par exemple à travers ses respirations qui rythment des pièces de Marin Marais qu’elle a échangées avec celles d’autres compositeurs. Quant à Hanna Salzenstein, son récital solo porte cette fois sur la musique française, avec Mathilde Vialle (viole de gambe) et Thibaut Roussel (théorbe). Au début de ce concert, elle met Marin Marais et J.-S. Bach en « confrontation », en choisissant le célèbre « prélude » de la Première Suite en sol majeur de Bach d’une part, et à d’autre part le « prélude » de la Suite en ré mineur et la « chaconne » de la Suite en ré majeur de Marais (Premier Livre pour viole et continuo) qui — on n’y pense rarement — sont postérieurs à l’œuvre de Bach ! Très inspirée, elle prend parfois beaucoup de temps, ce qui ponctuent les notes, montrant son inventivité originale mais en aucun cas insolite.

 

Ces trois musiciens sont bien représentatifs de la nouvelle génération, débordants de musicalité et d’esprit imaginatif.

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CRITIQUE, festival. NANTES, La Folle Journée (Cité des Congrès de Nantes), les 1er, 2 et 3 février 2024. Michiaki Ueno, Hanna Salzenstein, Salomé Gasselin… (Photos : Victoria Okada & Romain Charrier).

 

VIDEO : Michaki Ueno interprète la 3ème Suite pour violoncelle seul de J. S. Bach

 

 

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