Les Chorégies d’Orange ont offert un écrin monumental à la vision magistrale qu’Angelin Preljocaj propose du plus célèbre des ballets romantiques : « Le Lac des Cygnes« , vécu comme une véritable déclaration d’amour entre un chorégraphe et un public, entre une compagnie et un lieu.
Si Angelin Preljocaj conserve la structure et les personnages du livret original de Marius Petipa, il les projette dans une modernité fulgurante, en phase avec les préoccupations de notre époque. L’histoire d’amour d’Odette et Siegfried devient une fable écologique poignante. Ici, le lac n’est plus un décor de conte de fées, mais un espace naturel menacé par les logiques financières et la pollution. Le sorcier Rothbart se mue en un homme d’affaires prédateur, tandis que le prince Siegfried incarne un militant épris de nature, en lutte contre son propre père . La métaphore est puissante, et elle fait vibrer la sensibilité du public du XXIᵉ siècle.
Sur le plan chorégraphique, Preljocaj signe une œuvre qu’il revendique comme entièrement originale, un « hommage » à Petipa en réinventant son processus créatif. Le mouvement est d’une inventivité et d’une précision diaboliques, et le langage corporel est résolument « preljocajien », mêlant une technique classique d’une virtuosité époustouflante à des accents contemporains saisissants. On retrouve avec émotion des clins d’œil au répertoire, comme le célèbre pas de quatre des petits cygnes, mais ils sont transcendés par une énergie neuve. Les 26 danseurs de la compagnie, tous habités par une passion communicative, ont offert une performance d’une intensité rare.
La musique de Tchaïkovski, magnifique et intemporelle, est revisitée par des arrangements électroniques signés du mystérieux Collectif 79D, créant un contraste saisissant, un dialogue entre le sacré du passé et la pulsation du présent. Cette hybridité se retrouve dans les costumes : les tutus blancs revisités, les corps dansant pieds nus, côtoient l’explosion de couleurs du troisième acte, marquant la dualité entre le classicisme et l’engagement moderne. Et si les décors vidéo et les projections, éléments pourtant essentiels à la compréhension du propos, ont connu des aléas techniques en plein air, la majesté du Théâtre Antique d’Orange a fait oublier ces menus détails. Le site lui-même, avec ses pierres millénaires, est devenu un partenaire de la représentation, donnant une dimension cosmique à ce plaidoyer pour la survie de la nature.
À l’issue des 110 minutes de ce spectacle fascinant, une ovation interminable, chargée d’émotion, a salué chaudement les artistes. Certains spectateurs, bouleversés par la beauté tragique de la fin, où le lac est submergé par une nappe de pétrole noir, n’ont pas pu retenir leur émotion. Angelin Preljocaj, cet enfant chéri du festival, a une fois de plus prouvé que la danse pouvait être à la fois un divertissement d’exception et un acte de résistance poétique.
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CRITIQUE, festival. CHOREGIES D’ORANGE, Théâtre Antique, le 12 juillet 2025. « Le Lac des Cygnes » par Angelin PRELJOCAJ. Crédit photographique (c) Droits réservés






