dimanche 11 octobre 2026

CRITIQUE, festival. AIX-EN-PROVENCE, Théâtre de l’Archevêché, le 11 juillet 2025. CHARPENTIER : Louise. E. Dreisig, A. Smith, N. Courjal, S. Koch… Christof Loy / Giacomo Sagripanti

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Guillaume Berthon
Guillaume Berthon
Enseignant-chercheur en littérature, Guillaume Berthon est aussi un insatiable mélomane. Les billets qu'il écrit pour ClassiqueNews.com n'ont pas d'autre prétention que celle de partager son goût pour la musique, l'interprétation et les interprètes, en toute subjectivité.
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« Mon rêve n’était pas un rêve », chante Louise dans l’air célèbre du 3e acte, qui est aujourd’hui encore le principal titre d’accès à la postérité de l’opéra de Gustave Charpentier. Dans la relecture qu’en propose Christof Loy, l’histoire racontée a pourtant tout du fonctionnement onirique ou fantasmatique. Un décor unique situe l’action dans un espace manifestement hospitalier : c’est que l’histoire racontée se déroule en fait sur la scène mentale d’une Louise réduite à la folie par un événement dont on devine qu’il a un rapport décisif avec la relation possessive et abusive que son père entretient avec elle.

 

Un avertissement initial (alla Tcherniakov) aurait sans doute permis au spectateur d’entrer de plain-pied dans l’histoire que le metteur en scène choisit de raconter. Celle de Louise devient un mélange de souvenirs vécus et d’hallucinations, où les mêmes personnages passent et repassent dans des costumes différents. Le chiffonnier, qui pleure l’enlèvement de sa fille, a les traits (et la voix) du père incestueux ; la première d’atelier et la mère tyrannique (et malheureuse) ne font qu’une ; et le noctambule amoureux (et, dirait-on aujourd’hui, harceleur) se confond avec le bien-aimé Julien. Dans ces conditions, on ne s’étonne guère de découvrir à la toute fin que le médecin qui remet une Louise hagarde à ses parents a les traits du même Julien, image saisissante qui oblige à relire l’ensemble du spectacle à l’aune de cette dernière donnée. Soutenu par une direction d’acteurs au cordeau, le spectacle dévoile une véritable richesse de sens. Un regret néanmoins, et pas des moindres : pour une fois qu’un livret d’opéra ne raconte pas l’histoire du sacrifice d’une jeune femme sur l’autel de la collectivité masculine, mais plutôt son émancipation, le ramener ainsi dans le giron de la domination familiale constitue une occasion manquée.

À la tête de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon, Giacomo Sagripanti m’a paru privilégier la musicalité et le moelleux (notamment celui du paysage sonore ouaté qui permet à Louise de déployer son grand air), peut-être parfois au détriment du nerf et de l’urgence, comme dans les élans de Julien qui ouvrent l’œuvre et la parcourent de part en part, que j’ai déjà entendus plus élastiques et mordants. Le parti pris vaut néanmoins de superbes moments, comme la fin du premier acte, façon amande amère.

 

 

Il bénéficie surtout d’un plateau de première qualité, dominé par le couple toxique du père et de la fille. Elsa Dreisig, à l’origine du projet avec Christof Loy, est une Louise proche de l’idéal : voix souveraine, sur toute la tessiture, art consommé de la diction, qui rend les sous-titres superflus, et incarnation jusqu’au-boutiste du personnage tourmenté façonné par le metteur en scène. Difficile d’imaginer le spectacle sans elle. Nicolas Courjal use d’une voix caressante et autoritaire à la fois pour camper l’inqualifiable figure du père de Louise. Qu’il parvienne à émouvoir dans de telles circonstances relève du tour de force. Et pourtant, les infinies nuances dont il pare la ligne de chant du père en éclairent les failles et les abîmes.

Il n’est pas simple d’exister face à ce couple exclusif, et les partis pris de la mise en scène placent les personnages de la mère et de Julien au second plan. Dans l’ingrate figure maternelle, Sophie Koch fait valoir ses talents d’actrice ; comme engoncée, la voix semble porter les traces de la rancœur accumulée. Ténor vigoureux toujours sur la ligne de crête, Adam Smith confère au personnage de Julien une fougue juvénile et un charme musclé ; on rêve néanmoins d’un poète à la séduction plus subtile.

La distribution pléthorique de Louise, du petit peule de Paris aux couturières de l’atelier, empêche de nommer tous les seconds rôles : ils sont généralement excellents. En toute subjectivité, j’aurais tendance à distinguer le Gavroche incisif de Céleste Pinel. Le festival d’Aix continue par ailleurs à honorer une belle tradition, celle de faire revenir de glorieuses voix, jouissant d’une retraite bien méritée, dans de modestes rôles, qui prennent alors la forme d’un caméo. Initialement prévue en balayeuse, la vétérane Roberta Alexander a été remplacée in extremis par la toujours jeune Annick Massis, qui à la différence de la travailleuse déchue, mérite encore son titre de « reine de Paris » (et désormais d’Aix, où – le croira-t-on ? – elle faisait ses débuts…).

 

 

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CRITIQUE, festival. AIX-EN-PROVENCE, Théâtre de l’archevêché, le 11 juillet 2025. CHARPENTIER : Louise. E. Dreisig, A. Smith, N. Courjal, S. Koch… Christof Loy / Giacomo Sagripanti. Crédit photo © Monika Ritterhaus

 

 

 

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