dimanche 11 octobre 2026

CRITIQUE, festival. PERPIGNAN, 4ème Festival des « Scènes Etoilées » (Eglise des Grands Carmes), le 11 juillet 2025. BLOW : Venus et Adonis. Jeune Orchestre Baroque Européen, Sylvain Sartre (direction)

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Dans le cadre du 4ème festival des « Scènes Etoilées » – et dans celui de l’église gothique perpignanaise des « Grands Carmes« , aux voûtes ouvertes sur le firmament -, la nuit du 11 juillet a offert un cadre féerique aux notes de John Blow (1649-1708), dont le public catalan redécouvrait son chef d’oeuvre lyrique, le magnifique « Venus et Adonis » (1683). Sous des projecteurs qui sculptaient ces pierres millénaires (alternant ocres oranges ou rouges aux bleus nuits et aux verts émeraude), le Jeune Orchestre Baroque Européen (JOBE) a transformé ces ruines en un palais sonore, où la brise méditerranéenne portait les murmures des cordes et des voix. Un lieu à ciel ouvert, dont l’acoustique naturelle a magnifié chaque récitatif, chaque clameur de chœur, faisant dialoguer le baroque et les étoiles.

 

Dirigé d’une main de maître par Sylvain Sartre – flûtiste et cofondateur de l’ensemble Les Ombres, et de cet autre ensemble issu des meilleurs conservatoires européens–, le JOBE a révélé toute la fougue et la précision des jeunes talents (issus des conservatoires de Bâle, Paris, Bruxelles, Lyon, La Haye…). L’orchestre, déployé en arc de cercle autour des chanteurs, a restitué avec une énergie contagieuse les danses de cour françaises qui imprègnent la partition de Blow. La viole de gambe et les flûtes à bec ont tissé des lignes transparentes, tandis que le continuo (théorbe et clavecin) a insufflé une rythmique vive aux scènes de chasse. Sartre, en chef-pédagogue, a équilibré rigueur historique et expressivité moderne, soulignant la parenté entre Blow et son célèbre élève Henry Purcell.

Vénus et Adonis (1683), premier opéra anglais entièrement chanté, déploie un prologue et trois actes en un flux musical continu, sans arias détachées. Le livret d’Anne Kingsmill, inspiré d’Ovide, y gagne une urgence dramatique saisissante. La mise en espace, sobre mais efficace, a joué des jeux d’ombre et de lumière pour souligner les tourments amoureux. Noëlle Drost (Vénus), soprano néerlandaise à la présence royale, a captivé par son timbre charnu et son phrasé sensuel. Son duo avec Adonis – « Adonis will not hunt today » – fut un joyau d’intimité troublée. Félix Merle (Adonis), jeune baryton français au lyrisme viril, a incarné la bravade tragique du chasseur, mourant dans un dernier souffle poignardé par l’aigu d’une flûte (symbolisant le sanglier). Les Amours, menés par un Cupidon espiègle – Arnaud Gluck, au très beau timbre de contre-ténor -, ont apporté une touche de malice dans la leçon d’infidélité, clin d’œil historique à la cour libertine de Charles II (et à ses célèbres « mignons »). La scène finale, lamento en sol mineur (« Mourn for thy servant »), a vu le chœur envelopper l’assistance d’une polyphonie élégiaque, tandis que Vénus, robe étoilée défaite, se fondait dans la pénombre… Un clair-obscur baroque littéralement habité par la vidéo poétique de Louis Grangé.

Quand le dernier accord s’est éteint dans le silence ébloui des Grands Carmes, Sylvain Sartre a salué ses jeunes protégés avec une émotion palpable. Ce Vénus et Adonis n’était pas qu’une résurrection musicale : il incarnait la transmission vivante du baroque, où des étudiants devenaient maîtres le temps d’une nuit. La marche funèbre finale, portée par les cors et les violoncelles, a semblé monter vers les étoiles… Une soirée enchanteresse !

 

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CRITIQUE, festival. PERPIGNAN, Eglise des Grands Carmes, le 11 juillet 2025. BLOW : Venus et Adonis. Jeune Orchestre Baroque Européen, Sylvain Sartre (direction). Crédit photo (c) Emmanuel Andrieu

 

 

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