samedi 19 septembre 2026

CRITIQUE, festival. CHAMONIX-MONT-BLANC, 2ème édition du Chamonix Vallée Classics Festival (Espace Michel Croz), le 7 août 2025. Récital lyrique d’Axelle Fanyo (accompagnée au piano par Kunal Lahiry)

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Après le feu d’artifice de musique de chambre du 6 août, le Chamonix Vallée Classics Festival a refermé son édition avec une soirée d’une intensité et d’une diversité rare, avant-hier 7 août, à l’Espace Michel Croz. Le récital de la soprano française Axelle Fanyo, accompagnée par l’excellent pianiste indo-américain Kunal Lahiry, a été une véritable odyssée vocale et émotionnelle, couronnée par un triomphe unanime et debout.

 

Axelle Fanyo, dont la carrière internationale rayonne des salles baroques aux scènes contemporaines (Opéra de Paris, Salzbourg, Versailles…), a une fois de plus démontré l’étendue prodigieuse de son art et l’incroyable ductilité de sa voix. Face à elle, Kunal Lahiry, pianiste au toucher à la fois puissant et délicat, s’est révélé bien plus qu’un accompagnateur : un partenaire musical de premier ordre, dialoguant avec une intelligence et une sensibilité constantes. 

Le programme proposé par les deux artistes est un authentique voyage à travers les âges et les styles. La soirée débute avec Kurt Weill, et trois Chansons du compositeur allemand (écrites en français) qui ont immédiatement captivé : « La Complainte de la Seine » a d’abord baigné la salle dans une atmosphère brumeuse et nostalgique, portée par le velours sombre de la voix de Fanyo. L’amer « Je ne t’aime pas » a claqué avec une justesse théâtrale implacable, avant que « Youkali » ne déploie ses promesses d’évasion avec une grâce et une tension magnétiques. Un Weill à la fois intimiste et profondément incarné.

Puis place fut faite à Arnold Schoenberg et à ses rares Brettl-Lieder (des Cabaret Songs), un choix aussi audacieux que réussi. Fanyo, passant du français à l’allemand avec une aisance déconcertante, a capté l’ironie mordante et la bizarrerie expressive de ces pièces. De la coquetterie de « Galathea » à la désillusion désabusée de « Seit ich so viele Weiber sah », elle a joué avec les mots et les nuances, soutenue par un Lahiry parfaitement dans l’esprit cabaret-expressionniste.

Francis Poulenc ensuite, et donc retour à la Mélodie française, pour un pur instant de bonheur vocal. Les Quatre Poèmes de Max Jacob (« Montparnasse », « Hyde Park », « Hôtel », « Voyage à Paris ») ont défilé comme des instantanés poétiques et espiègles. Fanyo y a déployé une palette de couleurs fascinante, du piquant à la tendresse mélancolique, avec une diction cristalline, avant de délivrer les célébrissimes « Chemins de l’amour », totalement envoûtants, qui ont suspendu le temps avec sa nostalgie lumineuse et profonde. Lahiry a tissé des accompagnements d’une finesse et d’une poésie remarquable.

Et pour clore la première partie, la soprano a présenté une pièce imaginée par son amie grecque Sofia Avramidou, donnée donc ici en création mondiale : un moment de rupture tout simplement fascinant ! Allant bien au-delà du chant traditionnel, Fanyo s’est livrée à une performance physique saisissante : voix syncopée, percussions corporelles (poitrine, joues), frottements de mains. Un langage vocal radical et captivant, servi par une engagement total de l’artiste et un piano tout aussi rythmique et inventif de Lahiry. Une expérience audacieuse et mémorable qui a enchanté le public !

 

 

Après l’entracte, c’est l’âme américaine qui plana dans la salle, avec des Spirituals & Mélodies Afro-Américaines. Le ton est ainsi devenu plus grave et profondément émouvant avec le poignant « Sometimes I feel like a motherless child » : Fanyo y a trouvé des résonances d’une simplicité et d’une vérité bouleversantes. Les Mélodies de Florence PriceSong to the Dark Virgin », d’une beauté recueillie) et de Margaret Bonds (« The Negro Speaks Rivers », ample et solennel) ont magnifiquement mis en valeur la richesse des voix noires américaines, interprétées avec une dignité et une ferveur admirables.

La soirée ne pouvait faire l’impasse sur George Gershwin, et l’énergie est remontée en flèche ! D’abord avec le tourbillon virtuose de « The Man I Love » dans l’arrangement étincelant d’Earl Wild, magistralement ciselé par Kunal Lahiry. Puis Fanyo est revenue pour enflammer l’audience avec le fameux « Summertime » (d’une sensualité languissante et intense), puis pour le propulser avec le non moins génial « I got Rhythm », délivré ici avec une joie communicative et une précision rythmique étourdissante.

Toujours en dehors des sentiers battus que la soprano affectionne, Fanyo nous a fait découvrir le compositeur américain William Bolcom avec ses Cabaret Songs : une touche finale, pleine d’humour et de panache, avec quatre de ses oeuvres : « Toothbrush Time », « Song of Black Max », « George » et « Amor ». Des pièces vocales qui ont déferlé dans un déluge d’énergie théâtrale, de clins d’œil malicieux et de vocalises brillantes. Fanyo et Lahiry ont visiblement pris un immense plaisir dans ce cabaret sophistiqué, clouant le programme officiel sous les rires et les applaudissements nourris.

Les rappels ont été nombreux et chaleureux. Et c’est dans un geste parfaitement trouvé que le duo est revenu à Kurt Weill, offrant une reprise de Youkali, encore plus intense et libéré que la première fois. Ce fut l’étincelle finale : la salle entière de l’Espace Michel Croz se levant comme un seul homme, saluant par une ovation debout, longue et méritée, deux artistes au sommet de leur art.

Axelle Fanyo a confirmé qu’elle est l’une des sopranos les plus captivantes et complètes de sa génération, une caméléone vocale doublée d’une comédienne née. Kunal Lahiry s’est imposé comme un pianiste soliste et accompagnateur d’une classe et d’une musicalité absolues. Ensemble, ils ont écrit une page mémorable de ce festival savoyard, clôturant en apothéose une édition 2025 déjà riche en émotions.

Un immense bravo à eux – et vivement la 3ème édition du Chamonix Vallée Classics Festival !

 

 

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CRITIQUE, festival. CHAMONIX-MONT-BLANC, 2ème édition du Chamonix Vallée Classics Festival (Espace Michel Croz), le 7 août 2025. Récital lyrique d’Axelle Fanyo (accompagnée au piano par Kunal Lahiry). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu

 

 

 

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