dimanche 1 novembre 2026

CRITIQUE, festival. BIARRITZ, 32e festival « Le Temps d’aimer la Danse » (Gare du Midi), le 18 septembre 2022. « Faun » et « Noetic » par SIDI LARBI CHERKAOUI et le Ballet du Grand-Théâtre de Genève

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Le 32e festival « Le Temps d’aimer la danse«  s’est achevé sur une note d’une magnifique intensité. Pour sa clôture, la fameuse salle biarotte La Gare du Midi a eu l’immense privilège d’accueillir le Ballet du Grand Théâtre de Genève, dirigé par le chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui, qui présentait un diptyque saisissant : FaunetNoetic. Une démonstration éclatante de la puissance et de la singularité de cette compagnie, qui a électrisé un public conquis, venu en nombre pour cet événement chorégraphique.

 

La soirée s’ouvre sur un duo d’une sensualité primitive, Faun. Sidi Larbi Cherkaoui s’empare du mythe immortel de Nijinsky, non pas pour le copier, mais pour le réinventer en profondeur. Fini le simple éveil d’un désir, place à une confrontation animale et viscérale. Les interprètes, portés par la musique envoûtante de Debussy, entremêlée d’incises orientalisantes signées Nitin Sawhney, ne sont plus une nymphe innocente et un satyre en chaleur. Ce sont deux créatures d’égale puissance, d’une souplesse et d’une désinvolture presque animales, qui dansent l’exploration mutuelle, l’hybridité des corps et des sexes. La chorégraphie, faite de mouvements anguleux et de tensions-relâches, sublime l’aspect archaïque et primitif du récit, loin des clichés érotiques pour offrir une réflexion sur l’identité et la connexion à l’autre. Une performance de haute voltige pour les deux danseurs, d’une technicité époustouflante.

 

 

Puis, après ce voyage aux origines du désir, le Ballet du Grand-Théâtre de Genève nous projette dans une dimension vertigineuse avec Noetic. Créée en 2014, cette pièce est un « ballet philosophique » où la danse devient le langage du cosmos. Face à une scénographie minimaliste d’Antony Gormley, faite de longues bandes de fibre de carbone, vingt danseurs en costumes épurés créent un kaléidoscope vivant. Ce qui n’était qu’une ligne droite se métamorphose, par les gestes des interprètes, en cercles, en spirales, en une gigantesque sphère rappelant les modèles atomiques, nous rappelant que « tout est dans le flux et que rien n’est droit« .

Noetic est une expérience sensorielle totale. La musique complexe de Szymon Brzóska, mêlée aux percussions japonaises envoûtantes de Shogo Yoshii et à la voix monodique de la soprano Ana Vieira Leite, crée un univers sonore fascinant. La danse, quant à elle, oscille entre une fluidité organique et une mécanique précise, évoquant tour à tour un banc de poissons, un rouage d’horloge ou les réflexions d’un esprit en ébullition. Le chorégraphe explore notre besoin de contrôler le monde, notre interconnexion avec l’univers, et la connaissance intuitive qui sommeille en nous, le tout porté par un corps de ballet d’une homogénéité et d’une énergie confondantes. 

Deux œuvres, deux mondes, un même génie. Faun et Noetic incarnent à la perfection la vision du nouveau directeur du Ballet de Genève : une danse exigeante, intellectuelle, mais profondément sensorielle et humaine. 

 

 

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CRITIQUE, festival. BIARRITZ, 32e festival « Le Temps d’aimer la Danse » (Gare du Midi), le 18 septembre 2022. « Faun » et « Noetic » par SIDI LARBI CHERKAOUI et le Ballet du Grand-Théâtre de Genève. Crédit photographique (c) Olivier Houaix

 

 

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