samedi 26 septembre 2026

CRITIQUE, festival. 45e Festival de la Vézère (Château du Saillant), le 8 août 2026. ROSSINI : « La Cenerentola » par la Compagnie « Diva Opera »

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Après l’émotion poignante de La Bohème, la Compagnie Diva Opera a offert au public du Festival de la Vézère un tout autre visage de son grand talent avec La Cenerentola de Gioachino Rossini, donnée le lendemain dans la même Grange du Château du Saillant. Ce changement de registre, du drame puccinien à la comédie rossinienne, fut une véritable bouffée d’air frais, un feu d’artifice musical qui a couronné en beauté ce week-end d’exception. La troupe britannique, fidèle au festival depuis 25 ans, a une fois de plus démontré l’étendue de son art et sa parfaite maîtrise des répertoires les plus variés.

 

Comme la veille, la direction musicale était assurée depuis le piano par Bryan Evans, directeur artistique de la compagnie. Son jeu, d’une précision et d’une vitalité étincelantes, a parfaitement restitué l’effervescence et l’élan de la partition rossinienne, avec ces fameux crescendi qui font la signature du compositeur. La mise en scène de Wayne Morris, fidèle à une esthétique traditionnelle mais colorée et inventive, a su donner vie à ce conte de fées avec une intelligence dramatique et une malice réjouissantes. Les personnages, tour à tour grotesques, touchants ou héroïques, étaient campés avec une précision chirurgicale, dans un savant équilibre entre comédie et émotion.

 

 

La distribution, (quasi) entièrement renouvelée pour l’occasion, était à la hauteur de l’événement, chaque chanteur semblant s’approprier son rôle avec un bonheur communicatif. La mezzo-soprano Heather Lowe était une Angelina (Cendrillon) bouleversante de sincérité et de noblesse. Dès son premier air, « Una volta c’era un re« , sa voix, d’une grande pureté et d’une souplesse étonnante, a captivé l’auditoire. Son timbre chaud et son legato irréprochable ont magnifié la célèbre aria finale « Non più mesta« , moment d’une virtuosité éblouissante où la voix semblait s’élever vers une lumière nouvelle. Loin d’une Cendrillon résignée, elle incarnait une jeune femme pleine de caractère, dont la bonté n’excluait pas une fermeté bienvenue. Face à elle, le ténor Joseph Doody prêtait ses aigus solaires au Prince Don Ramiro. Sa voix claire et agile, d’une facilité déconcertante dans les passages les plus périlleux, a rendu justice au rôle exigeant écrit par Rossini. Son « Sì, ritrovarla io giuro » fut un moment de pur éclat vocal, porté par une ligne de chant conquérante et une présence scénique naturelle. Son jeu, à la fois noble et malicieux, a parfaitement servi les quiproquos de l’intrigue.

 


 

La famille de la jeune héroïne était campée par des interprètes d’une drôlerie irrésistible. Le baryton Matthew Hargreaves était un Don Magnifico, le beau-père tyrannique, d’une vanité et d’une cupidité hilarantes. Sa voix, puissante et autoritaire, a trouvé son apogée dans les délires d’ambition de son personnage. Le baryton Jerome Knox, déjà Schaunard la veille, se glissait ici dans la peau de Dandini, le valet du Prince déguisé en maître. Il fut un complice parfait, à la fois insolent et attachant, dont la complicité avec le Prince faisait mouche à chaque scène. Les deux sœurs, Clorinda et Tisbe, étaient interprétées par Natasha Page et Louise Mott, un duo de « méchantes » d’une perfection comique. Leurs voix, l’une soprano, l’autre mezzo, se mariaient à merveille dans les ensembles pour créer une cacophonie de disputes et de jalousies qui a ravi le public. Enfin, la basse Philip Smith prêtait sa voix grave et solennelle au sage Alidoro, le précepteur du Prince, dont l’air « Là del ciel nell’arcano profondo » apportait une touche de profondeur morale à ce joyeux canevas. Les membres du chœur – Charles St. John, Alex Pratley, William Stevens, Michael Roche, déjà aperçus pour certains la veille dans des rôles secondaires – ont une nouvelle fois fait preuve d’un engagement total, apportant une présence et une homogénéité remarquables aux passages d’ensemble. 

Devant un public conquis, la soirée s’est achevée sur une ovation méritée. Les applaudissements nourris et les sourires échangeés témoignaient du plaisir partagé par tous les spectateurs, venus en nombre pour cette avant-dernier spectacle du festival corrézien. Dans le cadre enchanteur du Château du Saillant, Diva Opera a réussi son pari : nous faire croire, le temps d’une soirée, que les contes de fées existent encore, portés par une musique étincelante et des artistes de grand talent. Un véritable enchantement qui venait couronner un week-end lyrique d’exception !

 

 

 

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CRITIQUE, festival. 45e Festival de la Vézère (Château du Saillant), le 8 août 2026. ROSSINI : « La Cenerentola » par la Compagnie « Diva Opera ». Crédit phtographique (c) Festival de la Vézère

 

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