Hier 5 octobre, au Théâtre du Châtelet – en attendant la réouverture du Théâtre de la Ville (à l’horizon 2023) -, Hofesh Shechter présentait Double Murder, avec sa fameuse Hofesh Shechter Company. Le chorégraphe israélien, véritable phénomène de la scène contemporaine, a offert un diptyque d’une rare intensité, oscillant entre les ténèbres les plus vibrantes et une lumière salvatrice.
On retrouve dans « Clowns » toute la puissance et la rage qui ont fait la renommée tant de Hofesh Shechter que de la Hofesh Shechter Company. Sur la musique du French cancan, la compagnie installe un climat de fête foraine étrangement inquiétante. Les dix interprètes, véritables énergumènes chauffés à blanc, nous embarquent dans une sarabande macabre où la joie apparente se fissure constamment pour laisser entrevoir la violence sourde de notre quotidien. La gestuelle, à la fois fluide et martelée, oscille entre danses folkloriques et mouvements saccadés, créant une énergie tribale et contagieuse qui saisit le public. Shechter nous tend un miroir peu flatteur, interrogeant notre indifférence croissante face à la violence. Jusqu’où acceptons-nous le spectacle de la brutalité pour notre divertissement ? À travers des mises à mort sublimées, des jeux de lumière tantôt rouges et théâtraux, tantôt d’une froideur bleutée, le chorégraphe et musicien compose une fresque où la pulsion de mort et la pulsion de vie ne cessent de danser ensemble.
Puis, après l’entracte, est donné « The Fix ». Comme un antidote à l’anarchie toxique des clowns, la nouvelle création de Shechter est un véritable choc esthétique. Avec cette pièce, le chorégraphe semble avoir voulu ralentir le temps, créer un espace de respiration. Les mouvements sont décomposés, la musique plane comme un mantra, et les danseurs, dans une complicité magnétique, nous offrent un moment de pure humanité. La violence et la brutalité laissent place à la tendresse, à la fragilité, à des étreintes qui se veulent des baumes pour nos âmes. On assiste à une véritable réinvention du vocabulaire de Shechter. Les corps s’étreignent, se soutiennent, dans une simplicité désarmante mais d’une beauté poignante. Les clowns ont laissé leurs masques grinçants pour révéler un visage bienveillant, une profondeur qui touche au cœur. Le moment où les danseurs, masqués, descendent dans la salle pour enlacer le public, a été vécu comme une communion intense, un retour à la simplicité des relations humaines après les longs mois de privation.
Double Murder se dévoile comme une expérience totale, un périple émotionnel qui nous laisse KO, mais régénérés. Ce diptyque contrasté, porté par la vision unique de son créateur, prouve une fois de plus que Hofesh Shechter est bien cet artiste capable de fouiller nos émotions les plus profondes et de trouver, dans la beauté de la danse, un équilibre parfait entre la douleur et l’espérance.
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CRITIQUE, danse. PARIS, Théâtre du Châtelet, le 5 octobre 2021. « DOUBLE MURDER » (« Clowns » et « The Fix ») par Hofesh SHECHTER et la Hofesh Shechter Company. Crédit photographique (c) Todd McDonald





