Le Festival de Marseille, pour sa 29ème édition, a une nouvelle fois affirmé sa singularité en proposant une programmation audacieuse où la danse devient un langage politique et sensoriel. Dans un monde fracturé, le festival, qui se déploie dans les lieux emblématiques de la cité phocéenne, cultive un espace de résistance par la beauté et par le geste. Après une ouverture mettant à l’affiche la nouvelle pièce de Robyn Orlin, c’est dans cet esprit que le public du Théâtre national de La Criée s’est à nouveau pressé, le 20 juin, pour assister à la première marseillaise de Freedom Sonata, la nouvelle création d’Emanuel Gat.
L’événement était de taille. Pour sa première pièce pensée à Marseille, la ville où il a élu domicile, le chorégraphe israélien a conçu une véritable ode à la cité méditerranéenne. Le plateau du Théâtre national de La Criée se transforme en un espace aux contrastes saisissants, entre ombre et lumière. Onze interprètes, mélange de danseurs historiques de sa compagnie et de nouvelles recrues, investissent la scène dans une énergie immédiatement communicative. Freedom Sonata puise sa structure dans la forme musicale classique, avec trois mouvements. Mais le geste chorégraphique s’affranchit des carcans pour explorer une liberté brute, loin des codes académiques. Le spectacle repose sur un choc des genres musicaux : le deuxième mouvement de la Sonate pour piano n°32 de Beethoven répond à l’album The Life of Pablo de Kanye West. Dans une première partie, la danse se fait une conversation fluide, presque gestuelle, où les corps vêtus de blanc évoluent sur un plateau noir.
Le moment de grâce survient avec le sublime Adagio de Beethoven. La troupe entière s’abîme alors dans une harmonie parfaite, un continuum de mouvements fluides baignés d’une lumière enveloppante. Ce n’est plus de la danse, c’est une méditation collective d’une beauté plastique renversante. Puis le choc : le retour du chaos, de l’électrique Kanye West. Les danseurs changent de baskets et de tenues, et l’espace scénique s’inverse, passant du noir au blanc. Ce troisième mouvement est une explosion de liberté, une véritable battle joyeuse où se mêlent duos sensuels et défis collectifs, le tout dans une atmosphère proche du dancefloor. La virtuosité des interprètes est saisissante : on assiste à l’invention d’une chorégraphie qui se crée sous nos yeux, dans une succession de figures instables et d’une énergie communicative. Freedom Sonata est une splendide démonstration de ce que la danse peut produire lorsqu’elle est débarrassée de l’emphase et de la copie, célébrant l’intelligence du geste et le plein exercice des individualités au sein du collectif .
Avec Freedom Sonata, Emanuel Gat signe une expérience unique, une réflexion lumineuse et vivifiante sur notre capacité à cohabiter. Le public de La Criée, debout, a salué comme il se doit cette œuvre généreuse, solaire, et résolument libre. Une réussite éclatante qui place cette édition 2024 du Festival de Marseille sous les meilleurs auspices !…
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CRITIQUE, danse. 29ème FESTIVAL DE MARSEILLE, Théâtre national de La Criée, le 20 juin 2024. « Freedom Sonata » par Emanuel GAT. Crédit photographique (c) Pierre Gondard







