mardi 18 juin 2024

CRITIQUE, concert. TOURCOING, Théâtre municipal Raymond Devos, le 22 septembre 2023. LIGETI/MOZART. Orchestre Les Siècles, Isabelle Faust (violon), François-Xavier Roth (direction).

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

Pour son concert d’ouverture, l’Atelier Lyrique de Tourcoing et son directeur artistique François-Xavier Roth (depuis 2019) ont opté pour un programme ambitieux en faisant dialoguer deux compositeurs aussi différents que le hongrois Gyorgy Ligeti et l’autrichien W. A. Mozart, deux monstres sacrés de la musique classique occidentale ayant joué un rôle central dans la musique de leur temps. C’est bien évidemment l’orchestre Les Siècles – en résidence dans le théâtre tourquennois – qui se retrouve sur le plateau, phalange fondée il y a tout juste 20 ans par F. X. Roth, qui se montre aussi à l’aise sur les instruments modernes de la première partie consacrée au Concerto pour violon de Ligeti, que sur instruments d’époque quand il s’agit de jouer la Symphonie Haffner et le 23ème Concerto pour piano de Mozart, dans la seconde.

Toujours aussi pédagogue, le chef d’orchestre multi-cartes (il dirige également le fameux Orchestre Gürzenich et l’Orchestre de l’Opéra de Cologne, en plus d’être Principal Chef invité du non moins prestigieux London Symphony Orchestra !) prend cinq minutes pour expliquer à un public venu en nombre (le concert affichant complet !), les spécificités de l’ouvrage de Ligeti, faisant jouer à l’orchestre et la soliste – la violoniste allemande Isabelle Faust -, un aperçu de chacun des cinq mouvements, avec force explication et commentaire.

Isabelle Faust s’est un peu imposée comme la “spécialiste” de cet ouvrage, qu’elle a notamment beaucoup joué avec Les Siècles et F. X. Roth, trouvant en elle ainsi une défenseure inspirée. On savoure le riche dialogue que la violoniste instaure d’emblée avec l’orchestre, qui respecte avant tout la conception de Ligeti, avec les différences d’écriture marquées entre les différents mouvements, l’alternance entre la virtuosité obstinée et les moments plus retenus du premier mouvement, la poésie intangible de l’aria qui ouvre le deuxième mouvement, l’intensité de la passacaille : Isabelle Faust démontre tout au long de la partition une palette infinie de sonorités, de couleurs dynamiques et de notations expressives.

En seconde partie de soirée, place à Mozart… et aux instruments anciens, jusqu’au pianoforte du XVIIIème siècle devant lequel se positionne le pianiste russe Alexander Melnikov (tandis que Les Siècles adoptent un ordonnancement original, les bois et les cuivres étant placés en avant des cordes). Cela témoigne d’une volonté de se rapprocher le plus possible du son qu’on pouvait entendre au temps du Génie de Salzbourg, avec ses caractéristiques expressives propres, ses qualités mais aussi ses limites. Sa palette harmonique, ses vifs contrastes et sa couleur toute particulière dans les médiums distillent un charme indéniable… une fois passé un temps d’adaptation pour des oreilles habituées aux sonorités plus brillantes et sonores d’un piano “moderne”. Son articulation éloquente lui permet cependant une grande variété de jeu, notamment dans les nuances et les textures sans oublier un goût pour les contrastes. Malgré les nombreux rappels, le public n’obtiendra pas de bis, ce dont le russe s’excuse par un mouvement de main.

Puis, c’est la 35ème Symphonie du même Mozart, dite ‘Haffner”, qui clôture la soirée, un ouvrage qui naquit en juillet 1782 à Vienne suite à une demande du père Mozart pour son ami Sigmund Haffner, qui devait être anobli à Salzbourg tandis que l’œuvre serait créée à cette occasion. À la fin de cette même année, Wolfgang récupéra la partition pour un concert à Vienne, et en profita pour en revoir l’orchestration en y ajoutant flûtes et clarinettes dans les deux derniers mouvements. Sous la battue de F. X. Roth, elle bénéficie d’une lecture de premier ordre, à la fois enjouée, joviale et réjouissante dans ses trois mouvements rapides, tandis que l’Andante propose un climat réfléchi, caressant et sensible… vraiment mozartien en somme !

Lui aussi – et son superbe orchestre – ont droit à une longue et fervente acclamation d’un public bien conscient de sa chance d’avoir en résidence dans leur ville un tel chef et une telle phalange !

 

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CRITIQUE, concert. TOURCOING, Théâtre municipal Raymond Devos, le 22 septembre 2023. LIGETI/MOZART. Orchestre Les Siècles, Isabelle Faust (violon), François-Xavier Roth (direction). Photos © Emmanuel Andrieu.

 

VIDEO : F. X. Roth dirige le concert des 20 ans de l’Orchestre Les Siècles au TCE (2023)

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