vendredi 14 juin 2024

CRITIQUE, concert. SION, Ferme-Asile, le 18 août 2023. DVORAK / KREISLER / BOCCHERINI / POLEVA… E. Unseld / C. Melkonian / L. Haatainen /Orchestre du Festival / P. Vernikov / S. Makarova.

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

Pour sa 58ème édition, le Festival de Sion (capitale du Valais en Suisse) s’est placé sous le signe de l’espérance pour son concert d’ouverture, avec une première partie mettant en valeur trois fillettes virtuoses déjà bardées de médailles, et une seconde partie réunissant le violoniste ukrainien Pavel Vernikov et la violoniste russe Svetlana Makarova pour une création visuelle autours de musiques contemporaines – dont Blessed Sadness, œuvre majeure de la compositrice ukrainienne Victoria Poleva, présentée ici en première européenne. 

 

 

C’est à la jeune violoniste germano-suisse Edna Unseld (née en 2011) que revient l’honneur de débuter le concert, avec deux pièces : la Romance pour violon et orchestre en fa mineur d’Antonin Dvorak et les Variations sur un thème de Corelli dans le style de Tartini de Fritz Kreisler. Dès la Romance composée en 1873, la jeune instrumentiste impose un jeu d’une grande délicatesse, où le vibrato et le portamento, trop souvent l’occasion de clins d’œil appuyés, créent une sonorité tendre et nostalgique. La technique ne devient jamais une fin en soi, mais la puissance, par exemple, ne fait pas pour autant défaut et ne diminue en rien l’acuité et la qualité du timbre. Dans la seconde pièce, on est emporté par la progression thématique et harmonique de l’œuvre, depuis l’ouverture antique et dépouillée jusqu’aux variations les plus lyriques. Tout est parfaitement en place : chaque nuance, rupture de rythme ou passage d’un plan sonore à un autre, et la violoniste ne livre pas ici un simple exercice de style, mais met en exergue toute la richesse de la partition revue et corrigée par Kreisler. 

C’est la jeune violoncelliste allemande Charlotte Melkonian (née en 2013) qui lui emboîte le pas pour une exécution du Concerto pour violoncelle n°7 de Luigi Boccherini. Outre une belle sûreté de main, on relève dans son jeu un réel penchant pour la virtuosité, en particulier dans l’exploitation du registre aigu de l’instrument. On lui doit de beaux moments faits de grâce poétique ou de contrastes dynamiques et expressifs, et elle est particulièrement plébiscitée par le public valaisan. La troisième et dernière soliste est la violoniste finlandaise Lilja Haatainen (née en 2011) qui interprète une autre œuvre de Fritz Kreisler, le Praeludium & Allegro dans le style de Pugnani, qui demeure dans le même esprit du premier morceau, mais avec encore plus de panache, d’autant que la jeune soliste bénéficie d’un accompagnement de l’Orchestre du Festival de Sion particulièrement impliqué, rondement mené par sa première cheffe d’attaque Kristina Suklar

 

Après l’entracte, nous avons assisté à une étrange et poétique création sonore et visuelle confiée au comédien Roland Vouilloz, aux plasticiens Jean Morisod et Maxime Gianinetti, à la poétesse Olivia Seigne, sur des musiques choisies et interprétées par le violoniste Pavel Vernikov (directeur artistique de la manifestation valaisanne depuis 2013), aux côtés de sa camarade Svetlana Makarova et de l’Orchestre du festival. Tandis que le comédien lit des textes écrits spécialement par Olivia Seigne, qui visent à célébrer le mystère de la vie, les plasticiens projettent des images vidéos créées en direct à partir d’une étonnante maquette miniature placée derrière l’orchestre qui montre tour à tour l’intérieur d’un foyer, la vue d’un village de montagne, un étrange manège sur lequel sont disposés des animaux, pour revenir à la fin à l’intérieur d’un foyer domestique où est allumée une télé qui diffuse le film “Notorius” d’Hitchcock – et sa célébrissime scène du plus long baiser de l’histoire du cinéma, avec comme protagonistes Cary Grant et Ingrid Bergman. Et entre deux textes, de superbes pièces de musique contemporaine étaient interprétées par les deux solistes et l’orchestre, les Fantaisies de Leonid Hoffmann et Uri Brener, mais surtout l’hypnotisante partition qu’est “Blessed sadness” de la compositrice ukrainienne Victoria Poleva, présente dans l’assistance et à laquelle son compatriote a rendu un vibrant hommage (amplement mérité !) au moment des saluts.

 

Le Festival de Sion dure jusqu’au 3 septembre, et parmi les nombreux concerts qui y seront donnés, citons la venue du Naghash Ensemble, le 20/8, pour un programme (arménien) intitulé “Songs of exile”, du violoncelliste Mischa Maisky le 25, du trompettiste Sergei Nakariakov le lendemain, ou encore de la célèbre violoniste Janine Jansen pour le concert de clôture le 3 septembre !

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CRITIQUE, concert. SION, Ferme-Asile, le 18 août 2023. DVORAK / KREISLER / BOCCHERINI / POLEVA… E. Unseld / C. Melkonian / L. Haatainen /Orchestre du Festival / P. Vernikov / S. Makarova. Photos (c) Emmanuel Andrieu

 

VIDEO : Niek Baar interprète la Romance en fa mineur d’Antonin Dvorak

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