L’ouverture de la saison par les Prem’s a continué ce dimanche 7 septembre à la Philharmonie de Paris (voir notre article du 3/9 avec le Gewandhaus de Leipzig dirigé par Andris Nelsons). Empruntant le système des Proms de Londres, ces concerts proposent 700 places debout à prix très réduit sur l’ensemble du parterre. Également à l’image de concerts de pop/rock dans les stades, cette formule attire beaucoup de jeunes. Nous tenons à applaudir cette initiative de la Philharmonie qui permet de faire rayonner l’art de la musique classique auprès des jeunes, élargissant l’accès non seulement à la culture mais à ce que la culture à de meilleur à donner sur le plan de la musique classique. Mais venons-en à l’événement du jour…
Riccardo Chailly, mythique chef milanais, vient à Paris interpréter avec son Orchestre et Chœur de la Scala de Milan les plus belles pages de deux grands maîtres de l’opéra italien : Verdi et Rossini ! Et cette unité absolue tient ses promesses d’émotion et de jouissance. Les célèbres ouvertures de Rossini sont entendues comme on voudrait qu’elles le soient toujours : une version qui ne peut pas faire débat ! Le chef et l’orchestre les connaissent par cœur, tout cela leur est parfaitement naturel. Le public des Prem’s applaudit à tout rompre ces tubes qui méritent de l’être. 200 ans après leur création, il est beau de voir que ces pièces continuent de nous enthousiasmer et de nous rendre heureux aux larmes. Si on peut comparer l’Orchestre Philharmonique de Berlin à la meilleure des voitures de courses, l’Orchestre de La Scala est quant à lui un cheval. De course ou de spectacle équestre, il se différencie par son humanité, sa vie intérieure, sa fragilité, son élégance, une âme à nulle autre pareille. Riccardo Chailly en est le cavalier délicat. Il fait faire figures et tours de piste à l’orchestre sans jamais tirer sur le mors, toujours avec une souplesse qui transpire la bienveillance.
Ce programme mettait d’autant plus en valeur l’orchestre qu’il regorgeait de soli pour tous les instruments. On ressent très clairement que cet orchestre écoute depuis toujours les plus belles voix du monde. Alors, chaque musicien, à son tour, chante, fait chanter son instrument. Il n’est pas un motif musical, que ce soit en solo ou en tutti qui ne paraisse chanté ; comme si chaque ligne mélodique avait un texte propre, fait de consonnes et de voyelles, et porteur d’un sens véritable.
À propos de chant, le chœur se fait, comme souvent chez Verdi, la voix du peuple. Un peuple très nombreux (une centaine de choristes !), fervent, tantôt joyeux, belliqueux et surtout patriote. S’ils chantent presque tous dans leur langue maternelle, la diction n’est cependant pas toujours précise. Mais pour une fois cela n’a pas d’importance. Un humanité hors norme pour nos oreilles trop policées se dégage de cette masse chantante, éblouissante de justesse (de sens et de diapason), et rythmiquement en place comme on l’entend rarement sur les scènes d’opéra.
Maestro Chailly donne à cet ensemble de musiciens une unité dont il fait savamment varier les couleurs. Il est un maître de la nuance comme on en rencontre peu, de l’orchestre en général, et des pupitres en particulier – de manière à faire apparaître clairement mais sans vulgarité telle ou telle ligne musicale.
Nous tenons à remercier encore une fois la Philharmonie de Paris de proposer toujours de nouvelles formes de concert pour donner accès au meilleur du meilleur de la musique classique à tous. La résonance de cette musique populaire que sont les chœurs et ouvertures de Verdi et Rossini, que nos arrières grands-parents appelaient « grande musique », dans cette configuration, est une très émouvante réussite, et sûrement la clé du salut de notre art.
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CRITIQUE, Concert. Philharmonie de Paris, le 7 septembre 2025. ROSSINI / VERDI : Chœurs et Ouvertures. Orchestre et Chœur de la Scala de Milan, Riccardo Chailly (direction). Crédit photographique. Crédit photo © Antoine Benoît-Godet / Cheese






