dimanche 3 mars 2024

CRITIQUE, concert. PARIS, le 13 novembre 2023. Théâtre de poche. LA FONTAINE en fables et en notes. Brigitte Fossey, Danielle Laval. Jusqu’à mars 2024. 

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DANS LE CHARMANT THÉÂTRE DE POCHE à Montparnasse, ou règne encore l’ombre paternelle du regretté Philippe Tesson, qui en fut le directeur, vous irez dès 19h dans la petite salle en sous-sol. Jauge confidentielle adaptée à un spectacle où la proximité avec le texte du fabuleux fabuliste est essentielle. 

Brigitte Fossey s’implique, gesticule, prend à témoin, apostrophe, habite littéralement chaque fable d’un La Fontaine dont on reconnaît alors une perspicacité psychologique aussi affûtée que celle d’un Molière ou après eux, d’un Balzac. Celui qui fut banni de la cour versaillaise [parce qu’il avait trop soutenu l’orgueilleux Fouquet], brille par son acuité à révéler le caractère humain. En fieffé manipulateur, le renard revient souvent ; l’impérial héron aussi ; on souffre aux côtés des deux pigeons amoureux… Au récit délicieusement moral de chaque épisode, s’ajoute le chant oratoire et déclamé, le geste théâtral de la comédienne toujours amusée et soucieuse du mot le plus juste. Qu’importe si la langue fourche, l’esprit oublieux qui écarte un vers, déplace une fable à la place d’une autre – au risque de perturber la pianiste, Brigitte Fossey s’excuse, explique, reprend avec une honnêteté artistique exemplaire. Le sens de l’improvisation heureuse, le beauté de l’acteur sincère et scrupuleux, qui assume ses failles,… composent en définitive comme un laboratoire linguistique, meilleure expérience pour s’immerger dans l’imaginaire moralisateur d’un La fontaine qui a aussi le goût de la musique et du rythme verbal. 

De rythmes bienvenus et de ponctuations complices, Danielle Laval aussi inspirée, nous gratifie et nous abreuve ; la pianiste parfaite complice, se prête au jeu qui semble d’autant plus juste qu’il semble improvisé ; la pianiste joue comme de petites seynettes, interludes musicaux, chaque air pianistique ; ce que la poésie ne peut dire, la musique l’exprime totalement ; ainsi, Rameau, Ravel, ou Michel Legrand, creusent davantage encore la portée onirique et parfois cruelle mais toujours perspicace des fables choisies. 

En 1h de temps le spectateur vit littéralement chaque texte comme une petite pièce. Le charme opère. Incontournable. 

 

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CRITIQUE, concert. PARIS, Théâtre de poche. Chaque lundi à 19h. Et les dimanche de décembre 2023 sauf le 31 déc. A l’affiche jusqu’au mois de mars 2024. Infos et réservations : https://www.theatredepoche-montparnasse.com/spectacle/la-fontaine-en-fables-et-en-notes/

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