Thomas Hengelbrock propose un programme sculptural, où le Pulcinella de Stravinsky fait écho aux couleurs vives du baroque de Haendel – avant de céder à la clarté classique de Mozart. Le Concert de plein air de l’Orchestre de Chambre de Paris dans la Cours de l’Hôtel de Sully devient alors le socle d’un dialogue subtil entre époques et styles au coeur des jardins évocateurs d’un des plus beaux sites patrimoniaux de Paris.
La suite de Pulcinella se déploie ici comme un théâtre musical, où Hengelbrock capte l’ironie insérée par Stravinsky dans cette parodie baroque. L’orchestre, alerte et affûté, fameux du geste, saisit la pulsation dramatique, éclairant chaque moment de tension avec une élégance presque factuelle. La partition résonne plus comme une épure de marbres que comme un simple pastiche, révélant une nouvelle profondeur. On entend le théâtre et ses personnages se déployer dans toute leur jactance et leurs facéties.
Le Concerto grosso de Haendel gagne en fluidité et en noblesse sous la baguette du chef allemand. Thomas Hengelbrock veille à l’équilibre entre virtuosité collective et dialogue intime avec le continuo. Les couleurs scintillent, la théorbe dialoguant avec les cordes, dans une ligne sonore limpide et rythmée . On entend une architecture musicale d’une clarté presque architecturale, tout en résonance vocale, marque de son travail profond sur la vocalité. Ce qui aurait pu paraître comme un ajout quelque peu étrange dans le programme s’avère être une clef pour comprendre à la fois Mozart et Stravinsky.
Clôturant le programme, la Symphonie n°34 en ut majeur se déploie avec une grâce souveraine. L’orchestre trouve un équilibre adapté aux nuances rosées du crépuscule débordant de ramiers et de martinets : vivacité effleurée, halos pastoraux et silences sculptés. Les vents s’élèvent en couleur, la pâte orchestrale respire — sobre, poétique, affirmant un Mozart qui fait sens, sans artifices, révélation d’une pureté dramatique.
Depuis sa prise de fonction en tant que directeur musical en septembre 2024, Thomas Hengelbrock réussit pleinement son pari : imprimer à l’Orchestre de Chambre de Paris une écriture plus souple, où chaque musicien devient artisan sonore. La dimension chambriste est ici sublimée par sa culture baroque, son énergie intarissable et une sensibilité de timbres.
Ce concert est une vraie réussite : une dramaturgie savante, une direction à l’architecture sonore fine, un orchestre en osmose. Le néoclassicisme stravinskien, le baroque élégant de Haendel, et la pulsation classique de Mozart se répondent en un parcours cohérent, éclairé par la présence inspirée de Hengelbrock. Une soirée de haute tenue, alliance de clarté intellectuelle et de plaisir sensoriel — la promesse talentueuse d’une saison musicale exigeante et surprenante, cette fois-ci sous les mascarons survoltés de l’Hôtel de Sully.
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CRITIQUE, concert. PARIS, Hôtel de Sully, le 4 JUILLET 2025. STRAVINSKY, HÄNDEL, MOZART. Orchestre de Chambre de Paris, Thomas Hengelbrock. Crédit photo © Droits réservés





