Ce soir l’Orchestre National Avignon-Provence nous offre un programme comme on les aime, original et percutant, associant avec élégance voire jubilation, le méconnu enivré [Sohy], l’éblouissant jubilatoire [Mozart], avec pour corolaires, les vertiges émotionnels si contrastés d’un Mahler nostalgique et dans son printemps prometteur [mouvement Blumine] émerveillé par un chant nocturne que sublime la prière suspendue de la trompette aux lointains…
Le fil rouge en serait le format median de l’Orchestre dans un effectif moyen [une quarantaine d’instrumentistes], entre symphonisme et chambrisme qui expose magnifiquement chaque timbre en particulier chez Mahler dont le génie des couleurs et des timbres, semble dialoguer avec le Mozart visionnaire de la Jupiter…
Révélation portée de longue date déjà par Debora Waldman et l’Orchestre qui les a même enregistrées, les mélodies de CHARLOTTE SOHY, remarquablement réalisées et dans ce format orchestral, idéalement articulées. De Charlotte Sohy, aux côtés de quantité d’autres compositrices françaises récemment ressuscitées, avec un égal bénéfice [Augusta Holmès, Marie Jaell, Rita Strohl, Elsa Barraine …], les oeuvres jouées dévoilent un métier impressionnant, autant dans son écriture instrumentale que dans son sens de la construction dramatique.
DÉBORA WALDMAN déploie même en le ciselant, une écriture crépitante qui est celle d’un tempérament de braise, fusionnant l’imagination instrumentale de Berlioz et le bouillonnement psychique de Wagner… Entre l’épaisseur vénéneuse d’un Chausson et le génie dramatique du meilleur Massenet, Charlotte Sohy se révèle à nous, elle expose avec un passion lumineuse toutes les émotions de ses héroïnes qui à travers le chant fauve, crépusculaire de l’excellente mezzo-soprano AUDE EXTRÉMO, – pythonisse ardente, spectrale, incantatoire et pourtant souvent d’une tendresse enchantée,… captive de bout en bout. On aurait souhaité goûter le sens des paroles et l’enjeu des situations en temps réel, grâce aux sous-titres… hélas absents. La voix est large et profonde aux teintes sépulcrales, qui semble fouiller et faire surgir des sentiments enfouis ; toute une mémoire de ressentiments et d’épreuves cachées affleurent et nourrissent le très riche terreau instrumental ; elle a cette capacité à incarner des puissantes figures dramatiques dont l’opéra romantique et post romantique regorge et nous régale. Il faudrait compter aussi avec Charlotte Sohy, créatrice majeure de la Belle Époque, qui a composé pour l’opéra. Une piste future pour Debora Waldman ? … nous l’espérons.
De l’écoute des mélodies choisies [Trois chants nostalgiques, puis les deux mélodies : « Trois anges »,- qui donne le titre du concert, et « Ton âme »] se confirme une sensibilité en réalité captivante qui paraît taillée pour le théâtre et les situations hautement dramatiques.
L’activité de l’Orchestre sertie dans une remarquable orchestration, dévoile une compositrice de première valeur qui dans un format court édifie de véritables scènes opératiques dont la charge émotionnelle et la tension d’un orchestre psychologique s’avèrent captivantes : les cuivres [cors], les vents et les bois accompagnent et enveloppent cette voix hallucinée à la fois incarnée et suggestive ; ils en font jaillir toutes les nuances psychiques… D’autant que Debora Waldman ne manque ni de finesse ni d’intensité, ce dans chaque séquence idéalement caractérisée.
CHARLOTTE SOHY a le sens du théâtre, la maîtrise naturelle de la structure dramatique, sachant exprimer toute la passion et le dévoilement des sentiments les plus divers voire contradictoires, mais dans une langue orchestrale d’une voluptueuse cohérence… Inspirée, la cheffe sait détailler en maîtresse des accents ; Débora Waldman éclaire autant d’idées instrumentales raffinées, dans la transparence d’un orchestre où brille et dialogue chaque pupitre. La cohérence du son, l’équilibre des réponses entre les familles d’instruments, surtout l’art des nuances entre chaque séquence confirment la virtuosité et d’abord l’accord en complicité de Debora Waldman et les instrumentistes de l’Orchestre.
La prestation de la soliste est d’autant plus convaincante qu’elle a pu chauffer sa voix entre rugosité et velours, au cours des 4 Lieder de GUSTAV MAHLER qui précèdent (« Lieder eines fahrenden Gesellen », créés en 1896 ) ; le 4e lyrique exprimant un ample et irrésistible appel à la paix, issue espérée, attendue après l’expression des épreuves terrestres qui ont jalonné les 3 mélodies précédentes. Le soin de la baguette calibre idéalement le relief des timbres superbement associés : harpe, cors, flûte, hautbois et clarinette, sans omettre le chant grave et onctueux à la fois, de la clarinette basse. Les interprètes en détaillent le climat enchanté et tragique, jusqu’à la prière finale (et le trio conclusif magique : harpe, flûte, clarinette basse).
Complément royal à ce programme intense et dramatique, Débora Waldman réalise un final apollinien, solaire avec la « Jupiter » de MOZART, – ultime offrande au genre symphonique, joyau d’équilibre et de finesse structurelle dont la cheffe, grande mozartienne depuis ses débuts, éclaire l’énergie impérieuse, cette gravité tendre qui parcourt tout le 2ème mouvement auquel le balancement très nuancé du Scherzo apporte une autre couleur,… celle de l’humour et de la grâce d’une facétie très subtilement suggérée ; si ce dernier mouvement s’inscrit dans la tradition symphonique de Haydn, le Finale est l’apothéose du programme : un bouillonnement jubilatoire dont le caractère conquérant, impérieux rappelle l’excitation impatiente des Noces [ouverture] et aussi préfigure par l’autorité de son architecture, les conquêtes beethovéniennes à venir. Un bien beau concert, original, intense et élégant, servi par des maîtres interprètes, passionnant à plus d’un titre.
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CRITIQUE, concert. OPÉRA GRAND AVIGNON, ORCHESTRE NATIONAL AVIGNON PROVENCE, le 3 avril 2026. CHARLOTTE SOHY, MAHLER, MOZART… Aude Extrémo, mezzo soprano / Débora Waldman, direction
Charlotte Sohy
Trois chants nostalgiques
Deux poèmes : Les 3 anges, ton âme
Gustav Mahler
Lieder eines fahrenden Gesellen
Symphonie n°1 : II. « Blumine »
Wolfgang Amadeus Mozart
Symphonie n°41 en ut majeur KV 551 « Jupiter
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Mozart / Malher / Sohy (Les trois anges)
Débora WALDMAN, direction
/ Aude EXTRÉMO, mezzo-soprano
Opéra Grand Avignon / Avignon
vendredi 3 avril 2026, 20h
Durée : 1h40
LIRE notre présentation du concert LES 3 ANGES par l’Orchesrre National Avignon Provence / Débora Waldman : https://www.classiquenews.com/orchestre-national-avignon-provence-charlotte-sohy-les-3-anges-mahler-mozart-ven-3-avril-2026-debora-waldman-direction/
programme
Charlotte Sohy,
Trois chants nostalgiques, Deux poèmes
Gustav Mahler,
Lieder eines fahrenden gesellen
Gustav Mahler,
Symphonie n°1 : II. Andante allegretto «Blumine »
Wolfgang Amadeus Mozart,
Symphonie n°41 en ut majeur, KV 551, « Jupiter »
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prochain concert de l’Orchestre National Avignon Provence
à ne pas manquer :
Jean-François Zygel – Mon Beethoven à moi
Direction, Débora WALDMAN, vendredi 17 avril 2026, 20h (Opéra Grand Avignon / conception, piano et improvisation, : Jean-François ZYGEL : infos & réservations : https://www.orchestre-avignon.com/concerts/mon-beethoven-a-moi/
LIRE aussi notre présentation du concert « Jean-François Zygel – Mon Beethoven à moi »/ Orchestre National Avignon Provence : https://www.classiquenews.com/orchestre-national-avignon-provence-mon-beethoven-a-moi-17-avril-2026-jean-francois-zygel-pianodebora-waldman-direction/
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