samedi, septembre 23, 2023

CRITIQUE, concert. LILLE, le 1er juin 2023. Enesco, Saint-Saëns [Varvara, piano], Ravel… ON LILLE, Jean-Claude Casadesus.

A lire aussi

 

Somptueuse soirée symphonique tant sur le plan du scintillement des timbres et de la cohérence que dans le choix des œuvres. L’enchaînement indique une gradation dans l’effusion rythmique, le sens du swing, l’efflorescence des timbres… avec le sens des équilibres et de la clarté, cher au maestro Casadesus.
Ouvrir le concert avec la « Rhapsodie roumaine n°1 » d’Enesco (1903), son exubérance libre, sa joie jaillissante, ses citations de motifs populaires est une juste option qui appelle d’autres déploiements… ainsi, en résonance, cette autre ivresse sonore que porte et développe « Le Bœuf sur le toit » (1920) d’un Milhaud tout autant perméable aux folklores, ici portugais et évidemment brésiliens. Au delà de la compilation, de l’esprit des collages, la structure même de la partition sur un argument de Cocteau, fait un ballet musical chamarré, pétillant, bouillonnant même dont JC Casadesus sait distiller la subtile essence chorégraphique, le verbe électrique, la couleur énergique où tous les pupitres et chaque soliste brillent par leur intensité complémentaire. Photo © Ugo Ponte / ON LILLE / Orchestre National de Lille.

 

 

 

 

Varvara et Jean-Claude Casadesus © Ugo Ponte

 

 

 

Le 2 ème Concerto pour piano de Saint-Saëns est un chef d’œuvre du romantisme français [1868, deux ans avant la chute du second Empire] qui dévoile combien le brio, l’introspection, la virtuosité [qui font la synthèse de Chopin, Liszt, Schumann…] sont construits et assemblées par une pensée supérieure propre, marquée sous le sceau de l’élégance et de… la légèreté [de la ‘badinerie en particulier dans le 2ème mouvement indiqué « allegro scherzando« ].
Le premier mouvement saisit après sa formidable fureur du début [cadence du piano seul d’abord, tout en courage et en déclaration] par sa course introspective, une langueur parfois sombre et tragique (jusqu’aux dernières mesures, dans le mystère et l’oublieuse rêverie…). Quel contraste avec les deux derniers, tout en insouciance et d’une énergie de plus en plus aérienne jusqu’au « Presto »… facétieux. La pianiste née à Moscou en 1983 Varvara (1er Prix du 12è Concours Geza Anda, Zurich) retrouve le National de Lille, en énergie et en puissance bien ancrée dans le clavier ; son jeu investi trouve un point d’équilibre souverain entre chant et sens de la structure. Chacun des mouvements est saisi et affirmé dans son caractère (l’esprit du Caprice shakespearien dont parlait Cortot – dans le souvenir du Songe de Meldelssohn… : vif, léger, fluide, dans le 2è mouvement); associé à la baguette vif argent du maestro, le jeu souligne l’autorité rythmique, l’allant, la puissance sous l’élégance, ce passage qui fait passer de « Bach à Offenbach », intervalle vertigineux conçu par un Saint-Saëns tout sauf académique, comme nous l’a rappelé avec à propos, la pianiste très inspirée.

 

 

De Saint-Saëns à La Belle Époque…

Somptueuse élégance
Furieuse lascivité

 

 

Varvara et Jean-Claude Casadesus © Ugo Ponte

 

Le cadeau de la soirée demeure « Boléro », une pièce maîtresse de RAVEL (1928), elle aussi prétexte chorégraphique et devenu à juste titre, défi délirant de musique pure pour tout orchestre. Ce soir, chauffé par les pièces qui ont précédé, le morceau brille par son énergie, son éclat instrumental, sa fabuleuse épopée des timbres successifs et mêlés -opportunité pour mesurer la maîtrise et la personnalité de chaque instrumentiste du National de Lille, … entre autres, flûtistes, clarinettistes, hautboïste, tromboniste en tête.
Jean-Claude Casadesus convainc par l’expressivité et la précision, dans une conception qui prépare au cycle des ultimes tutti éruptifs, articulés avec un souffle saisissant. Le sens des équilibres, là encore, la gradation maîtrisée des contrastes, la tension et ces détentes enchaînées, immédiatement canalisées, produisent ce festival singulier entre élégance et furieuse lascivité. Monstre serpentin et cathédrale rutilante. Équation poétique, emblème esthétique que Jean-Claude Casadesus défend, exprime avec ce naturel et cet engagement inscrits dans la sincérité d’un geste d’une rare précision. Bravo Maestro !

 

Il est encore possible de vivre la fabuleuse expérience ce soir, ven 2 juin à l’Auditorium Nouveau Siècle légitimement baptisé « Jean-Claude Casadesus », à 20h :
https://www.onlille.com/saison_22-23/concert/la-belle-epoque/

 

 

 

____________________________________

CRITIQUE, concert. LILLE, le 1er juin 2023. Enesco, Saint-Saëns [Varvara, piano], Ravel… ON LILLE / Orchestre National de Lille, Jean-Claude Casadesus.

 

 

LIRE aussi notre annonce du concert : Jean-Claude Casadesus / Varvara / Orchestre National de Lille : https://www.classiquenews.com/lille-les-1er-et-2-juin-2023-on-lille-jc-casadesus-enesco-saint-saens-varvara-piano-ravel-bolero/

 

 

Jean-Claude Casadesus © Ugo Ponte / Orchestre National de Lille

 

 

 

___________________________________

 

 

- Sponsorisé -
- Sponsorisé -
Derniers articles

CRITIQUE CD événement. Jonathan TETELMAN : The Great PUCCINI : airs d’opéras (Manon Lescaut, La Bohème,Tosca, Il Tabarro, Turandot, La Rondine… PKF – Prague...

Ardente, puissante, mais aussi finement cuivrée sans les maniérismes automatiques de certains de ses confrères (parmi les plus célèbres),...
- Espace publicitaire -spot_img

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img