mardi, février 7, 2023

CRITIQUE, concert. GSTAAD New Year Music Festival 2023, Launen (SUISSE), le 3 janvier 2023. Les 3 contre-ténors, Samuel Mariño…

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Après le choc des 3 ténors qui aura marqué la décade 1990, voici sa version « baroque », emblème applaudi de la riche offre culturelle proposée par le Château de Versailles. C’est une production 100% versaillaise que présente le festival de la princesse Murat ce soir dans la petite église pastorale de Launen (Pays d’En Haut, Canton de Berne, Saanenland, Suisse)), d’autant plus que la partie instrumentale est réalisée par l’Orchestre de l’Opéra royal ; homogénéité du son, motricité et agilité des attaques, rebonds, énergie continue, d’un bout à l’autre, sous l’impulsion frénétique du premier violon [ Stefan Plewniak] assurent un matelas à la fois élastique et trépidant, et d’une vélocité confinant parfois à l’hystérie, mais indiscutablement propre à soutenir et encourager l’engagement des 3 solistes.

 

 

 

Gstaad New Year Music Festival 

TOURNOI & VIRTUSOITÉ BAROQUES A LAUNEN
L’agilité triomphante du sopraniste Samuel Mariño

 

Différemment du cd dvd édité en 2022, 2 contre ténors inédits gravitent ici autour du sopraniste vedette, en lieu et place des Valer Sabadus et Filippo Mineccia : à Launen, Theo Imart et Eric Jurenas, ne manquent ni d’aplomb ni d’intensité, même s’il leur manque cette suavité charmante qui éclaire la prestation de celui qui est la vedette de la soirée [paillettes et maquillage à l’envi] : l’incontournable sopraniste Samuel Mariño.

 

 

 

 

Artiste Decca, le contre-ténor venezuelien [trentenaire en 2023] sous des airs de jouvenceau, n’en est pas à ses débuts ; il a constitué son propre ensemble [2018] et fait montre d’une facilité étonnante. Le chanteur a déjà construit son personnage scénique, n’hésitant pas à adopter tous les codes vestimentaires à la fois rock et queer, jouant fort pertinemment du trouble que suscite immanquablement ce chant au delà des sexes et des genres. Le résultat fonctionne à merveille tant la théâtralité et le délire spectaculaire des airs vertigineux pour la voix, sont assumés avec un naturel et une qualité de sincérité qui enchantent ; même captivent.

D’emblée, très à l’aise dans un programme qu’il chante depuis plus d’un an, le chanteur éblouit littéralement par la clarté et l’agilité d’un timbre rond, à la projection facile et naturelle, qui s’épanouit dans les aigus, autant dans l’acrobatie la plus vertigineuse que les [trop rares] épanchements sensuels. A ce titre, le bis qui propose une version à 3 du duo final Poppée / Neron du couronnement de Poppée [« pur ti miro »], laisse percevoir l’autre aspect de son chant dans davantage de profondeur et de nuances intimes. Car c’est la sincérité d’un chant rayonnant qui touche immédiatement et écarte la performance d’une pure démonstration pyrotechnique. Machine aux trilles, Samuel Mariño a certes une technique électrique maîtrisée sur un rythme effréné ; il a surtout une qualité émotionnelle qui tranche avec beaucoup de ses confrères. Du cœur et du sentiment qui écartent la vacuité du seul artifice. Trop rares qualités chez les contre ténors et falsettistes renommés, pour ne pas être ici soulignées.

 

 

Totalement dédié aux castrats napolitains et donc propice à la pure acrobatie vocale, le récital remplit son propos : L’âge d’or des castrats ou falsettistes de la grande époque surgit ; quand la Londres des rivaux Haendel et Porpora, s’enthousiasmait [un temps] pour l’opéra seria italien et ses fabuleux chanteurs aux voix d’enfants ou de femmes. Ainsi les legendes Farinelli, Senesino, Caffarelli, Carestini….
A Launen, lles airs se succèdent aussi longs qu’ornementés. En cela Mariño montre qu’il est le plus agile des 3, tempérament coloratoure assumé, plus que convaincant ; parfois bouleversant ; souvent touchant par la qualité de ses intonations. GRAUN [Cleopatra] puis HAENDEL [Berenice] sont réalisés dans l’intensité expressive, un abattage souverain, une musicalité et une justesse indiscutables.
À ses côtés, le contre ténor français Theo Imart ne manque ni de puissance ni de nuances chez HAENDEL (« lascia la spina ») et aussi en accord sidérant avec le timbre velouté de Marino dans le bis Poppée / Néron final ; tandis que l’américain Eric Jurenas malgré un timbre moins caractérisé que celui des ses confrères, dévoile une maîtrise technique indiscutable de plus en plus assurée en cours de soirée.

Plus malicieux et suggestifs en fin de soirée, les instrumentistes nous offrent une version décomplexée, naturelle, d’un Purcell très jazzy (« sound the trumpet ») qui réunit Imart et Jurenas, un brin trop polis et contrôlés quand les instrumentistes se lâchent totalement.

 

 

 

 

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CRITIQUE, concert. GSTAAD New Year Music Festival 2023, Launen, le 3 janvier 2023. Les 3 contre-ténors, Samuel Mariño… Orchestre de l’Opéra royal de Versailles.

 

 

 

AGENDA 2023

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RÉSERVEZ ! Château de Versailles Spectacles annonce la reprise du programme des 3 contre-ténors, lundi 13 mars 2023, Galerie des Glaces ; puis lundi 20 mars 2023, récital exclusif du sopraniste SAMUEL MARIÑO, Galerie des Glaces – pour ces 2 événements, réservez directement vos places sur le site  Château de Versailles Spectacles

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