jeudi 17 septembre 2026

CRITIQUE, concert. ANGERS, Centre de congrès, le 16 juin 2026. MAYER, TAILLEFERRE, BEETHOVEN… Orchestre national des Pays de la Loire, Sascha Goetzel [direction]

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Dans le superbe auditorium du Centre de Congrès d’Angers, l’Orchestre National des Pays de la Loire sous la baguette de son directeur musical, Sascha Goetzel, ouvre le programme en abordant deux compositrices ; d’abord l’impressionnante Émilie Mayer qui dans son ouverture de « Faust », montre un tempérament orchestral spectaculaire et puissant, taillé pour l’opéra et qui s’inscrit idéalement dans le sillon des grands romantiques germaniques Mendelssohn, Schumann, Wagner. L’urgence et l’énergie impérieuse que le chef imprime à l’ensemble préfigure ce qui va suivre avec la 9ème Symphonie de Ludwig van Beethoven. C’est un lever de rideau idéal qui transporte et enivre.

 

Entre les deux, c’est Germaine Tailleferre, dont l’orchestration solaire, les rythmes et la finesse toute roussellienne, révèle une autre facette de l’Orchestre ligérien : précis, coloré, doué de climats méditerranéens [La Sicilienne]. Les instrumentistes [célesta et trompette bouchée entre autres…] expriment dans la Petite Suite pour orchestre [1957] son charme gracieux, joyeux, sincère. En somme une excellente première partie avant l’Everest qui suit dans la seconde…

Conclusion spectaculaire et fraternelle à Angers
L’ONPL joue la 9ème de Beethoven

L’interprétation de la Symphonie n°9 en ré mineur, opus 125 est une expérience qui transcende le simple concert. C’est un spectacle total qui depuis son début emporte et saisit autant par la puissance impérieuse de sa forme orchestrale (ses ruptures, contrastes et coups de sang) que le sens du texte final signé Schiller, cet ode « À la joie », prière fraternelle pour une humanité pacifiée, bienveillante, respectueuse. Beethoven le compositeur se double ainsi d’une pensée transcendante qui nous parle toujours avec force.

La célébration de la fraternité universelle ne pouvait trouver meilleurs ambassadeurs que les musiciens de l’ONPL sous la conduite de leur directeur musical ; Sasha Goetzel connaît [et maîtrise] suffisamment l’œuvre pour la diriger sans partition; une implication totale qui lui permet au demeurant de bouger en toute liberté, réalisant une danse communicative sur le podium, gestuelle précise et souple qui se ressent dans sa direction, laquelle demande et obtient de tous les pupitres.

Le défi est d’autant plus éprouvant pour tout orchestre qui se voit ainsi et pour la première fois dans le genre symphonique, renforcé d’un chœur imposant et de 4 solistes… La partition est aussi orchestrale que lyrique et chorale : le chœur exprimant d’une seule voix, la foi en l’humanité, exhortant l’audience dans la joie et la réconciliation fraternelle, enfin unis dans un monde pacifié. Oser concevoir la musique comme acte militant, trouver l’écriture musicale qui en rende le message atemporel et juste, relèvent du génie le plus accompli : Beethoven l’a réalisé, alors au sommet de ses possibilités.

Maîtrise technique, profondeur émotionnelle, surtout cohésion globale, unitaire depuis le début… l’ONPL relève les défis d’une partition monde. Devant une salle comble jouant à guichet fermé, les instrumentistes immergent dans le grand bain symphonique, dans une architecture idéalement façonnée, selon la vision du chef qui s’appuie sur l’assise profonde et flexible des cordes basses – violoncelles et contrebasses… En particulier dans l’énoncé de l’Hymne à la joie, pierre angulaire du Finale, d’abord entonné pianissimo, comme surgissant de l’ombre… Formidable jaillissement qui va crescendo.

L’harmonie centrale [bois et vents] regorge de vitalité, de tonicité nerveuse, jouant et dialoguant avec les volons I et II, d’une souplesse et d’une unité sonore, remarquables. Les cuivres, cors, trombones, trompettes, tuba regorgent eux aussi de force fervente, imprimant à chaque développement, ce que cultive le chef en premier lieu : l’activité fiévreuse d’une impérieuse détermination. Et dans ce mouvement initial [Allegro ma. Non troppo, un po maestoso], rehaussée encore dans la ciselure des contrastes, les ruptures de rythmes, les accents et les syncopes sont d’autant plus percutants et expressifs que le chef soigne chaque arête vive de cette architecture contrapuntique à la fois complexe et aussi d’une volubilité… facétieuse.

Même le second mouvement [Molto Vivace] assume sa rythmique guerrière, pourtant jamais sèche ni âpre, d’un rebond impeccablement calibré. Où Beethoven après avoir éprouvé jusque dans ses retranchements les plus extrêmes, l’ensemble des pupitres [premier mouvement], semble y passer en revue ses troupes  comme une revue militaire, avec un feu intact, conquérant et ici, ce soir, furieusement… dansant.

Beau contraste avec l’Adagio [molto e cantabile] qui recueille toute l’espérance humaine, acte à la fois contemplatif et méditatif que Sascha Goetzel colore d’une subtile profondeur sans jamais renoncer pourtant à la fureur impétueuse qui s’est affirmée depuis les premières mesures.

Le Finale clarifie le sens et la tension progressive de tout l’édifice orchestral depuis son début. Le Chœur préparé par Valérie Fayet dont l’engagement indéfectible et la recherche de perfection ne sont plus à démontrer, se révèle idéal : soudé, impliqué, animé par la flamme d’un futur fraternel.  Le geste à la fois stimulateur et fédérateur du chef se réalise pleinement à l’aulne de la fugue finale qui révèle ainsi la fusion voix et orchestre avec jaillissant comme des gemmes vindicatifs et rassembleurs, les 4 solistes, tout aussi impliqués.

Voilà qui conclut avec panache la saison 2025 / 2026 de l’ONPL : une célébration collective pourtant affectée par le destin du chœur… Ce dernier apprenant l’arrêt brutal de ses subventions [automne 2025] déclarait par la voix de deux de ses membres, qu’il s’agissait de son dernier programme aux côtés de l’Orchestre… après 20 ans d’un compagnonnage artistique unique, au service des grandes œuvres du répertoire. À la fin de la 9ème, les saluts ont surtout rendu hommage aux choristes et à leur directrice Valérie Fayet. Une fin qui n’est qu’une étape car était annoncé dans la foulée, la naissance du « Chœur des Pays de la Loire », nouveau collectif prêt à continuer l’aventure…

 

 

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CRITIQUE, concert. ANGERS, centre de congrès, le 16 janvier 2026. MAYER, TAILLEFERRE, BEETHOVEN... Helen Kearns, Eva Zaïcik, Jinxu Xiahou, Benjamin Appl, Chœur de l’ONPL, Choeur mixte du Conservatoire CRR de Nantes, Orchestre national des Pays de la Loire, Sasha Goetzel [direction] – Photo © classiquenews 2026

 

 

 

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